Lait
Expo 67
Depuis 1967, année où feu Jean-Paul Petitclerc a présenté pour la première fois des animaux à l'Expo agricole de Montmagny, la famille Petitclerc vit pour et par les expositions agricoles. Aujourd'hui, fils et petits-fils ont repris la tradition de comparer leurs plus belles bêtes à celles des autres éleveurs dans les concours les plus prestigieux d'Amérique du Nord, non sans remporter un succès digne de mention.
En entrant chez les Petitclerc, on sent déjà une motivation plus forte que la visite du Coopérateur agricole en ce mercredi après-midi de février. Seul Réjean Petitclerc nous attend dans le bureau de travail. « Les garçons sont avec les taures », lance celui qui officie comme juge de bovins laitiers dans plusieurs expositions agricoles québécoises.

De fait, Maxime est au bout de l'allée en train de tondre une nominée All-Canadian qui vêlera dans quelques semaines. Quant à Dominic, il fait sa énième tournée des taures, toujours à la recherche d'un trésor caché qui pourrait mériter une promotion dans l'enclos des taures d'exposition. Martin Grenier, expert-conseil de La Coop Univert, le confirme : « C'est toujours comme ça ici. L'exposition, c'est à l'année. »

Les Petitclerc ont en effet érigé en vocation la participation aux jugements d'animaux. « Pour nous, préparer des animaux pour l'exposition est aussi important que d'aller semer, récolter ou traire les animaux, expose Réjean. On ne peut donc pas voir ça comme un surplus d'ouvrage. »

Manucurer, toiletter, dresser des animaux : voilà des occupations quotidiennes pour Dominic et Maxime, qui avouent avoir déjà manqué l'école pour prendre part à des concours. Expo-Printemps (Victoriaville), Trois-Rivières, Portneuf, Expo Québec, World Dairy Expo (Madison, Wisconsin), Foire royale d'hiver de l'agriculture (la « Royale » de Toronto) et Exposition internationale Holstein Québec (Saint-Hyacinthe)… Rentable, la participation à tous ces grands rendez-vous laitiers? Les Petitclerc admettent que les retombées de la vente de sujets et d'embryons réussissent tout juste à couvrir les frais d'inscription et de séjour. S'ils ont du succès sur le plan technique, le succès commercial, lui, ne fait que pointer son nez. L'avenir s'annonce toutefois prometteur.

Mais la rentabilité de cette activité ne semble pas contrarier le trio. Après tout, que valent un tout nouveau hall d'exposition avec vitrines, un bureau de travail et un bureau de vente avec planchers chauffants, murs en bambou et plafond cathédrale s'ils ne sont pas dignement revêtus du brillant des médailles, du satin des bannières, du panaché des rosettes et des trophées tous plus originaux les uns que les autres?

Éleveurs 3.0
Dominic, c'est l'énergique, à la discipline irréprochable (et célibataire, pour les intéressées). Ses journées sont réglées au quart de tour. Premier levé matin après matin, dernier à l'étable le soir, Dominic pousse son dévouement jusqu'à revenir faire son tour à l'étable après ses veillées! « Les Petitclerc sont vraiment des passionnés », estime Martin Grenier, qui effectue le suivi de l'alimentation depuis huit ans. « Ils ont une mémoire phénoménale pour les grandes lignées de vaches marquantes, et particulièrement Dominic, qui est une bible de la race, malgré ses 20 ans. On raconte même que lors du pique-nique Holstein tenu en 1998 à la Ferme Jean-Paul Petitclerc et fils, Dominic, alors âgé de six ans et demi, connaissait déjà par cœur toutes les bêtes du troupeau et leur place dans l'étable », raconte le conseiller technique.



Étoile montante, voici Petitclerc Goldwyn Alex (TB-88 2 ans, 11 549 kg à sa première lactation), qui ne loge pas sans raison dans un des parcs à l'entrée de la vacherie : cette beauté a été Championne junior de l'EIHQ, en 2010.
Maxime, 24 ans, est tout aussi amoureux des vaches, mais a également dû se lier d'amitié avec les tracteurs, les cultures et les dossiers agroenvironnementaux lors du décès, en 2009, de son grand-père Jean-Paul, fondateur de l'entreprise avec son épouse, Monique Richard. « C'était plus simple que mon père, Jean-Paul, transfère une partie de son expertise directement à Maxime. Ainsi, on économisait quelques étapes », signale Réjean. Mais même au volant d'un tracteur, Maxime avoue candidement toujours penser aux expos quand il fauche ou qu'il ensile, en se disant que c'est le lait dans le réservoir qui financera la participation aux expositions. Heureusement que sa copine, Jenny Henchoz, registraire et responsable du service aux membres chez Ayrshire Canada, partage sa passion de la haute génétique. Et des vaches noir et blanc?

En somme, voilà la troisième génération, qui permettra sans doute l'obtention d'un troisième titre de Maître-éleveur – fait rarissime en élevage laitier –, après les précédentes réussites, en 1987 et 2001. Les jeunes pourront toujours compter sur Réjean, éleveur au regard neutre, honnête, mais critique, à l'humeur pondérée, sorte de main de fer dans un gant de velours, antidote parfait aux personnalités affirmées de ses deux fils. Sans oublier leur mère, Carole Raymond, qui, en plus d'aider à la traite des vaches et à la comptabilité, exerce son métier de quincaillère à La Coop Univert, donnant aux garçons un exemple probant de ce qu'est une personne travailleuse.



D'une relève à une autre
Malgré les nombreux succès récoltés au fil des ans, les Petitclerc ne s'assoient pas sur leurs lauriers. Ils connaissent autant les points forts de leurs animaux que leurs faiblesses, s'il est possible d'en trouver dans un troupeau largement étoilé qui produit en moyenne 11 000 kg de lait par vache (4,0 % G, 3,2 % P, MCR de 236-250-243), mais qui aurait le potentiel d'en produire encore plus sans que cela nuise à sa longévité, selon le technologue Martin Grenier.

Méthodiques, les Petitclerc ont commencé par s'intéresser à l'élevage de la relève du troupeau (génisses et taures). Annuellement, sur la soixantaine de génisses nées, une vingtaine devront d'abord tomber dans l'œil des père et fils; ils en sélectionneront finalement une quinzaine, qui obtiendront les traitements royaux destinés à faire d'elles des reines de beauté.

Depuis 2003, les Petitclerc ont adopté la pratique de plus en plus généralisée d'élever la relève en stabulation libre, mais bien plus : leurs meilleurs sujets bénéficient aussi d'une ration riche en foin sec équilibrée avec un aliment complet, le genre de repas idéal pour soutenir le développement du rumen, donner de la profondeur aux côtes et favoriser la capacité laitière future des animaux. En plus, les meilleurs animaux sont logés en étable froide pour stimuler leur consommation d'aliments et leur croissance rapide.

Pour le reste, la recette du succès est simple, mais éprouvée : il faut y mettre du temps. « Durant la saison morte, je passe deux heures par jour à des activités liées à l'expo. Durant l'été, c'est au moins cinq heures par jour », calcule Dominic. « Un éleveur qui pense avoir du succès en préparant ses animaux seulement trois semaines avant un jugement provincial ou national se met le doigt dans l'œil, dit Réjean. Si c'était possible il y a 15 ou 20 ans, ce n'est vraiment plus le cas aujourd'hui, compte tenu de la qualité des animaux en compétition. »

Plus qu'un loisir, les jugements d'animaux sont pour les jeunes de la relève une raison d'exister; ils changent le mal de place et les aident à rester motivés. Graduellement, l'entreprise s'ouvre aussi à la génétique maternelle provenant d'autres fermes, ce qui plaît bien à Maxime et Dominic.

Le prochain Saint-Graal des Petitclerc se trouve en la constitution d'une vache parfaite, fonctionnelle, productive et longévive, capable de rafler un titre de Championne à la Royale de Toronto. C'est cette vache sacrée qui continuera alors à les pousser à quitter leur chemin de la Station, à Saint-Basile, dans Portneuf, pour poursuivre la coutume d'aller présenter des animaux sous leur meilleur angle, toujours dans l'angoisse du jugement.

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