Lait
Israël Comment font-ils  pour produire autant de lait?
Un groupe de producteurs laitiers et d'intervenants de six provinces canadiennes (de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique) ont participé, du 18 au 28 novembre dernier, à un voyage agrotouristique en Israël. Ce voyage a été organisé par les Progressive Dairy Operators (PDO), un organisme à but non lucratif ontarien qui a pour mission l'éducation et la formation continue en production laitière. Notre délégation a pu observer le contraste entre la modernité de l'agriculture israélienne et le traditionalisme de certains aspects de ce pays.
Le territoire israélien s'étend sur seulement 600 km du nord au sud et sur au plus 100 km d'est en ouest. Une partie de ce territoire est également occupée par les Palestiniens (la Cisjordanie et la bande de Gaza). Le pays est vallonné et aride. La température varie entre 25 et 39 °C l'été, et entre 9 et 21 ºC l'hiver. Les régions en altitude peuvent recevoir de la neige. La population, qui augmente de 2 % par année, est de 7,6 millions de personnes. Le PIB par habitant se chiffre à 28 550 $ US. La majorité des Israéliens sont laïques. La religion juive orthodoxe est pratiquée par moins de 20 % de la population (surtout dans les villes).

L'agriculture ne représente que 2 % du PIB et le niveau d'auto­suffisance est de 80 %. Environ 70 % de la popu­lation vit près de la mer Médi­ter­ranée. La super­ficie cultivée s'élève à 440 000 hectares (irrigués à 65 %), soit 20 % de l'ensemble du territoire. Pour pallier la pénurie d'eau, on procédera au dessalement de l'eau de la Méditerranée d'ici deux ou trois ans.


La production laitière israélienne
Environ 120 000 vaches sont réparties dans 970 fermes laitières. Quelque 60 % de la production est réalisée par 163 coopératives, aussi appelées kibboutz (voir l'encadré en page 30), comptant en moyenne 360 vaches. Le reste de la production est assurée par 773 fermes familiales, possédant en moyenne une soixantaine de vaches.

La production laitière est gérée par un système de quotas très semblable à celui du Canada. L'augmentation rapide de la consommation de lait a permis d'accorder 5 % de droits de production supplémentaires en 2011. Plusieurs participants ont souhaité connaître la valeur du quota israélien. Vu le faible volume de quotas vendus, nos hôtes ont eu du mal à nous donner une valeur précise. Leur estimation tournait autour d'un tiers du prix du P5, avec un prix du lait aux environs de 62 $/hl.

Marc Quesnel, administrateur à La Coop fédérée, en compagnie d'Eduardo Mesnik, gérant du troupeau laitier au kibboutz Messilot.
Le prix du lait est calculé en fonction du coût de production moyen, du salaire du propriétaire et du capital investi. En raison des grands écarts de température entre l'hiver et l'été, une prime de 30 % est attribuée pour la portion de quota produite l'été qui n'a pas été produite l'hiver. Avec une production officielle par vache de 11 900 kg de lait à 3,6 % de gras et 3,2 % de protéine, Israël est le pays le plus performant au monde, et ce, sans utilisation d'hormones de croissance. Une question revenait souvent à l'intérieur du groupe : « Comment font-ils pour produire autant de lait? » La réponse se précisait de visite en visite.

Une génétique adaptée
La base génétique provient de vaches locales syriennes (Damascus), croisées depuis plus de 80 ans avec des Holstein. Le résultat est appelé « Israeli-Holstein ». La production (lait, gras, protéine) représente 56 % de l'indice de sélection; la fertilité, la longévité, la persistance et la facilité de vêlage, 31 %; et le comptage leucocytaire, 13 %. Notez que la conformation ne fait pas partie du programme de sélection. Cette façon de faire a donné des vaches capables de produire dans des conditions difficiles, avec une espérance de vie semblable à celle de nos vaches.

Chaque ferme reçoit un rapport annuel comparant ses résultats de santé et de reproduction avec la moyenne nationale.
En 2010, 14 vaches israéliennes ont atteint le cap des 150 000 kg de lait produits au cours de leur vie. Les inséminateurs du Centre d'insémination coopératif Sion s'occupent de 98 % des troupeaux israéliens. Une attention particulière est portée au contrôle de la consanguinité. L'inséminateur ne peut inséminer une vache avec un taureau si le croisement donne un indice de consanguinité supérieur à 3,125 %. La moyenne nationale n'est que de 2,3 %.

La santé
En 1919, les pionniers des kibboutz ont fondé une coopérative de services vétérinaires nommée Hachaklait. Aujourd'hui, plus de 40 vétérinaires travaillent pour cette coopérative. Le producteur membre reçoit chaque semaine deux ou trois visites de son vétérinaire. Le coût des services varie : 1 $/tête/mois pour les troupeaux de plus de 700 têtes; 2 $/tête/mois pour 40 à 700 têtes; 3 $/tête/mois pour 40 têtes et moins. Et dans le cas d'une urgence, il n'y a aucuns frais supplémentaires.

La condition de chair est prise trois fois par année sur chaque vache. Chaque ferme reçoit un rapport annuel comparant ses résultats de santé et de reproduction avec la moyenne nationale. Les médicaments sont vendus par l'entremise d'une coopérative au prix coûtant d'opération. La première insémination s'effectue entre 80 et 90 jours de lactation pour les deuxièmes veaux ou plus, et après 90 jours pour les premiers veaux. L'âge moyen au premier vêlage est de 24 mois.

L'augmentation de la production amène sa part de défis. Le taux de succès à la première insémination est passé de 35 % il y a 10 ans à 29 % en 2010. Du côté des maladies infectieuses, le pays est aux prises avec la maladie de la langue bleue (la fièvre catarrhale) et la fièvre aphteuse, car les pays voisins ne vaccinent pas de façon systématique. La paratuberculose a été détectée, mais sa prévalence n'est que de 3 %. Le pays est exempt de brucellose.

Un programme national de contrôle de la mammite a été mis en place. Le service d'analyse du lait pour détecter les bactéries et les mycoplasmes est gratuit. Il se finance grâce à une retenue sur les payes de lait. Les échantillons sont donnés au transporteur de lait, qui les achemine au laboratoire. Les résultats sont transmis au vétérinaire, qui fera le suivi. L'analyse bactériologique de la litière, de l'efficacité des bains de trayons et des salons de traite ainsi qu'un volet éducatif complètent le programme. Cette initiative a contribué à diminuer le comptage leucocytaire moyen. Il est passé de 350 000 en 1998 à 200 000 en 2010.

La gestion
Toutes les fermes israéliennes sont en stabulation libre, la plupart sur une accumulation de fumier composté que les producteurs aèrent à l'aide d'une herse au moins deux fois par jour.

Les technologies de gestion d'élevage sont largement utilisées en Israël. Deux entreprises se partagent le marché local, Afimilk et SCR Engineers, et 90 % des fermes sont équipées de leur technologie.

Les étables à logettes sont supplantées par les étables à litière accumulée.
Afimilk a été fondée en 1977 dans un kibboutz et a mis au point la première balance à lait électronique, il y a plus de 25 ans. Depuis, cette entreprise a conçu le premier détecteur (AfiLab) capable d'analyser le gras, la protéine et les cellules somatiques du lait en temps réel. Ce système permet également de détecter les vaches atteintes d'acétonémie durant les premiers jours de lactation ainsi que les vaches ayant une montée rapide de leurs cellules somatiques. Il transmet les informations de la salle de traite à une barrière électronique, qui permet d'isoler l'animal. AfiLab utilise en plus des podomètres pour évaluer le niveau d'activité des vaches et faire savoir au producteur quelles vaches doivent être inséminées ou examinées.

Le poids des vaches est enregistré électroniquement après chaque traite. La perte de poids en début de lactation peut aussi être mesurée. Le système fournit plusieurs renseignements sur les paramètres de traite, tels que l'efficacité de la routine de traite, une alerte pour les vaches en surtraite, le nombre de décrochages, le nombre de raccrochages inutiles, etc. Ces informations permettent d'évaluer les employés et de leur suggérer des façons de s'améliorer.



SCR Engineers, fondée en 1976, a mis au point le système Heatime. Il s'agit d'un collier électronique qui évalue le niveau d'activité et la présence de chaleur pour augmenter le nombre de saillies fécondantes. Depuis 2009, un détecteur de rumination (HR-Tag) a été incorporé au collier. Un indice de santé est calculé à partir du nombre de minutes de rumination par jour, du niveau d'activité et de la variation dans la production de lait. L'animal est séparé du troupeau dès que son indice de santé est en deçà d'un niveau préalablement fixé par le producteur. Lors de la dernière World Dairy Expo, à Madison, l'AfiLab et le HR-Tag ont remporté les prix de l'innovation de l'année dans leur catégorie respective.



Du côté de la ventilation, le pays a depuis les années 1980 démontré les avantages d'investir dans le bien-être animal durant les canicules. Ses recherches montrent que les fermes équipées de systèmes de buses et de ventilation ont amélioré de 10 % leur efficacité alimentaire, comparativement à celles qui n'en sont pas dotées. En plus de ces systèmes éprouvés, nous avons observé d'autres innovations :
- Des ventilateurs en ligne que l'on peut orienter en fonction de la direction du vent.
- Un système de toit rétractable qu'on ouvre le soir en été pour rafraîchir les animaux et qu'on ouvre aussi le jour en hiver pour aider à assécher le compost.
Le confort des vaches n'est pas en reste, avec une superficie par vache de 20 m2 et un espace mangeoire d'un mètre par vache. Plusieurs exploitations visitées étaient dotées de mangeoires munies de grattes pour rapprocher les aliments.



L'alimentation
Le manque d'eau fait que le prix des fourrages est plus élevé que les sous-produits. Les rations des vaches hautes productrices se composent à 70 % de sous-produits. La base de fourrage est composée d'ensilage de blé, produit en hiver, et d'ensilage de maïs, produit en été. La pulpe d'agrumes, la drêche de blé et le tourteau de tournesol sont des sous-produits très utilisés dans l'alimentation des ruminants. Les taures sont alimentées principalement de paille et de litière de volaille. Les additifs alimentaires couramment utilisés sont la biotine, le bicarbonate de soude et le gras protégé. Notez que les ionophores sont interdits.

Le groupe de visiteurs devant les bureaux de l'office de mise en marché du lait d'Israël.
Un concept nous a étonnés : la plupart des fermes familiales achètent leur RTM de kibboutz appelés « feed centers ». Ces installations desservent les plus petites fermes environnantes en aliments complets. La RTM des vaches est livrée deux fois par jour, alors que les rations des taures et des vaches taries sont livrées une fois tous les deux jours à l'aide d'un camion muni d'une balance. Le coût d'une ration pour vaches en lactation oscillait autour de 8 $ pour 20 kg de matière sèche, soit environ 30 % de plus que nos rations. Cette pratique a pour résultat que la machinerie n'est pas sous-utilisée et que les rations servies aux vaches israéliennes varient peu d'une ferme à l'autre. La ration type pour les vaches en lactation ressemble à la canadienne, mais l'utilisation de grain étant très limitée, des sous-produits fibreux apportent une partie importante de la fibre et de l'énergie nécessaires.

En résumé, malgré des conditions difficiles, l'industrie laitière israélienne s'est donné les outils pour être performante. Il est intéressant de noter que les meilleures fermes canadiennes sont plus productives que les meilleures fermes israéliennes. Par contre, la pire ferme d'Israël est dans la moyenne canadienne! En Israël, les différences d'une ferme à l'autre sont très minimes. Grâce à la mise en commun d'autant de ressources, c'est comme s'il n'y avait qu'une seule grande ferme de 120 000 vaches!
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