Lait
Le défi de la transition
Lors de l'élaboration de rations pour les vaches taries et les vaches en transition, nous devons souvent faire face à deux problèmes. Le premier, récurrent depuis plusieurs années et plus courant dans certaines régions : la concentration élevée en potassium des fourrages. Le deuxième, plus spécialement lors des deux dernières années : des fourrages trop riches en protéines et en énergie pour les besoins moindres des vaches taries.
On a souvent entendu ce commentaire ces deux dernières années : « Depuis le temps que vous me dites de faire de bons fourrages, et là ils sont trop bons?! » Un peu paradoxal, en effet, mais n'oublions pas que la quantité de foin nécessaire pour la transition ne représente que 5 % des besoins totaux. Nous y reviendrons.

On connaît tous l'importance de la préparation au vêlage, tant du point de vue nutritionnel qu'en matière de conduite du troupeau et de confort. Le problème lié au potassium en préparation au vêlage vient du fait qu'un apport élevé de ce nutriment augmente le bilan cation-anion (BCA), bilan théorique dont le calcul est le suivant :
BCA = (K + Na) – (Cl + S)
Bilan cation-anion =
(potassium + sodium) – (chlore + soufre)

Cette augmentation du BCA risque fort de provoquer une hypocalcémie et, à la limite, une fièvre du lait. Dans la base de données du dossier de santé animale (DSA), un logiciel utilisé par les vétérinaires pour suivre les bilans de santé des troupeaux, on rapportait 2,6 % de fièvre du lait en 2010. Par ailleurs, on évalue à 500 $ les coûts d'une fièvre du lait, soit pour les traitements, la perte de lait, l'effet négatif sur la reproduction, la réforme et la mortalité.

Figure 1
Fréquences relatives de la fièvre du lait et de l'hypocalcémie (DSA 2010)
Or, on estime que pour chaque cas de fièvre du lait on aurait 10 cas d'hypocalcémie, ce qui peut entraîner des conséquences fâcheuses (figure 1). Une concentration plasmique de calcium égale ou inférieure à 5,6 mg/dl diminue la contraction des muscles lisses, la force de contraction de la caillette de 50 %, la contraction du rumen et, par conséquent, la consommation de matière sèche, ce qui a pour effet d'augmenter l'utilisation des réserves. Toutes ces réactions peuvent provoquer d'autres désordres métaboliques. Une fièvre du lait ne représente que la partie visible de l'iceberg.

Le paradoxe
Le paradoxe du potassium, c'est qu'il est grandement nécessaire à la vache en lactation. La figure 2 démontre les résultats positifs sur la production d'un bilan cationique élevé en lactation pour des rations faibles en concentré (LC) et élevées en concentré (HC).

Figure 2

BCA : Bilan cation-anion
mEq : Milliéquivalent
(une valeur des charges des ions)
LCLD = ration faible en concentrés, BCA bas
LCMD = ration faible en concentrés, BCA moyen
LCHD = ration faible en concentrés, BCA élevé
HCLD = ration él evée en concentrés, BCA bas
HCMD = ration élevée en concentrés, BCA moyen
HCHD = ration élevée en concentrés, BCA élevé

Source : Apper-Brossad et al., 2010

Production de lait en fonction du BCA et du pourcentage de concentrés

Plusieurs autres recherches ont démontré des effets bénéfiques sur la consommation volontaire de matière sèche, la production de lait et de gras.

Par ailleurs, la fertilisation des champs en potassium, qui entraîne une plus grande concentration en potassium des fourrages, comporte des effets positifs sur la qualité, le rendement et la résistance des luzernières à l'hiver ainsi que, finalement, sur la production laitière, grâce à leur apport élevé en potassium.

Doit-on se priver de tous ces avantages du potassium – production laitière, qualité et rendement des fourrages (souvent un des points faibles des entreprises laitières) – pour combler de façon efficace 5 % de nos besoins? Bien sûr, ces 5 % pour les vaches en transition sont essentiels, voire cruciaux, mais ils ne représentent tout de même qu'une petite proportion des besoins fourragers d'une ferme laitière.

Au fait, qu'est-ce que ça représente, au juste? Prenons l'exemple d'un troupeau de 100 vaches pour faciliter les calculs ainsi que les comparaisons avec des troupeaux d'autres tailles. Dans ce troupeau, il y aurait :
• 15 % de vaches taries
• 5 % de vaches en transition
• 12 kg de matière sèche fourrage
(MSF)/vache

Donc, pour un troupeau de 100 vaches,
on aura : 5 vaches en transition à l'année x 14 kg de fourrages (à 88 % de M.S.) x 365 jours = un besoin de 25 500 kg de fourrages.
Avec des balles de 15 kg, il en faudrait alors 1700 pour les besoins des vaches en transition (contre 32 400 balles pour les besoins des vaches en lactation).



Une solution possible
Le foin fertilisé au Chloromil permet de diminuer le bilan cation-anion du foin de 250 mEq/kg en moyenne. Haybec, regroupement de coopératives spécialisé dans la commercialisation de fourrages, a travaillé avec des producteurs et est en mesure de proposer du foin fertilisé au Chloromil. Ce foin spécial, nommé Transi-foin, est offert en bonne quantité et avec une analyse garantie (voir le tableau des analyses à l'adresse suivante : www.haybec.com).


Il en coûte environ 30 $ la tonne pour le transport de ce foin vers plusieurs régions du Québec. Récemment, il en a coûté 1000 $ pour livrer 33 tonnes de Rimouski à Joliette.

Les coûts de production réels du foin sont très variables d'une ferme à l'autre, mais selon Valacta, on peut l'évaluer à 178 $/tonne de matière sèche en moyenne. La différence de coût entre une ration qui contient des sels anioniques et une qui n'en contient pas (Transimil contre Transilac, par exemple) est de 20 ¢/jour de plus ou de 4,20 $ par vache pour toute la période de transition. Si on calcule le coût supplémentaire en Transi-foin pour des vaches consommant 12 kg de matière sèche fourrage, on a 92 ¢ par jour ou 20 $ par vache.

Donc, le coût total d'une ration avec anions et Transi-foin est de 24 $ de plus par vache, comparativement à une ration standard. Rappelons que les coûts d'une seule fièvre du lait s'élèvent à 500 $.


Il est difficile d'évaluer le coût réel des différents désordres métaboliques, mais si on regroupe plusieurs analyses, on constate que la plupart des intervenants s'entendent pour évaluer les pertes à entre 200 et 500 $, selon le type et la gravité des désordres. Les économies liées à la diminution de l'hypocalcémie en début de lactation – et, par conséquent, à la baisse de risques d'autres désordres métaboliques – ainsi que les bénéfices liés à un meilleur départ en lait sont donc indéniablement intéressants. Le BEN (bilan énergétique négatif) se transforme en BEP, bilan économique positif!

La commercialisation du foin ne fait pas partie de nos mœurs, mais elle permet de diversifier les activités de la ferme de façon très intéressante.

Certains auront remarqué que le coût de transport de 30 $ la tonne est valable pour un chargement de 33 tonnes. Or, s'il faut 25 tonnes de Transi-foin pour un troupeau de 100 vaches, il n'en faudra que 12,5 pour un troupeau de 50 vaches, ce qui est plus représentatif des troupeaux de certaines régions. Voilà donc l'occasion de régler l'autre problème dont on a parlé en début d'article : on a du foin trop riche pour les vaches taries! On pourra alors, dans une même livraison, se procurer un foin pour les vaches taries, ce qui permettra de diluer les fourrages pour arriver à bien équilibrer les rations des vaches taries. Rappelons que tous ces fourrages sont vendus avec une analyse garantie. Enfin, il pourrait aussi être intéressant de regrouper les besoins de quelques producteurs d'une même région pour réduire les coûts de transport.

En conclusion, l'achat de Transi-foin ou de foin pour les vaches taries peut s'avérer un choix économique pertinent. Mais au-delà de l'économie, il s'agit d'une solution simple dans le cadre de l'approvisionnement en fourrages particuliers pour les rations des vaches taries et en transition. Cette solution « clé en main » permet à l'entreprise de se concentrer sur les aspects positifs du potassium, tant pour la production des fourrages (fertilisation, rendement, survie) que pour celle du lait (CVMS, lait, matière grasse, etc.), sans se préoccuper d'avoir à produire des fourrages pauvres en potassium pour une petite partie de ses besoins.
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