Productions végétales
La faim des haricots
La Coop Comax fait profiter ses membres et ceux d'autres coopératives d'une nouvelle culture, écoulée par le biais de la coopérative ontarienne Hensall District : les haricots secs. Si ces haricots font travailler des gens d'ici, c'est toutefois sur le marché de l'exportation qu'ils trouvent preneur. Une culture avantageuse, selon les personnes rencontrées lors d'une tournée de champs.
Les contrats des producteurs québécois proviennent de Hensall District Coope­rative. L'entreprise ontarienne fait affaire avec La Coop Comax et le technologue Hugo Giard, qui répartit les contrats de haricots secs, notamment parmi les membres de La Coop Profid'Or, dont plusieurs possèdent des sols loameux, aérés, bien drainés et nivelés, idéaux pour une levée uniforme.

Les principaux haricots secs cultivés sont de quatre types : l'adzuki (de couleur rouge, c'est un produit de base au Japon), le blanc (pour la confection des « fèves au lard » en Angleterre), le noir (populaire au Mexique) et le canneberge (reconnaissable à ses mouchetures rouges sur fond blanc).

Culture très populaire en Ontario et dans l'Ouest canadien (voir l'encadré à la page 38), les haricots secs sont peu présents et en régression depuis les cinq dernières années au Québec, où ils n'occupaient plus que 3 500 ha en 2009. Qu'à cela ne tienne, les acheteurs ontariens ont des marchés bien établis et en font profiter les producteurs d'ici.

Comme le soya… ou presque

Alors que les haricots blancs et noirs peuvent être cultivés en semis direct, les haricots de couleur (adzuki et canneberge) réussissent mieux sous un travail de sol « conventionnel ». Pour les haricots adzuki, un taux de semis de 188 000 à 213 000 graines à l'hectare permettra la meilleure couverture de la superficie. Semés à une profondeur variant entre 2,5 et 4 cm, les haricots adzuki bénéficieront en outre d'une fertilisation en bande comprenant 30 kg/ha d'azote et 2 kg/ha de zinc.
Les doses de phosphore et potassium seront dictées par les analyses de sol et la grille de fertilisation du CRAAQ.

Semés fin mai ou début juin, les haricots adzuki, avec leurs 110 jours entre le semis et la récolte, et les haricots blancs (90 jours) permettent des travaux de chaulage, drainage et nivelage de même que le semis d'un engrais vert ou d'une céréale d'automne.

Les haricots étant peu compétitifs face aux mauvaises herbes, le désherbage devient un point de régie crucial. Premièrement, le maïs comme précédent cultural est idéal, puisque le large éventail des herbicides pour cette culture permet l'obtention d'un champ propre. Ensuite, l'application d'un herbicide à effet résiduel en présemis ou prélevée semble être la méthode la plus sûre pour éviter l'envahissement, comme ce fut le cas lors de la saison 2010, quand le désherbage en postlevée a donné des résultats plus que mitigés chez les clients que conseille Stéphane Galarneau, de Profid'Or.

Les haricots peuvent subir les attaques de plusieurs maladies fongiques et bactériennes, dont la principale est la sclérotiniose (ou pourriture blanche). Une rotation de trois ou quatre ans avec des espèces différentes (maïs et céréales à paille, pas de soya) diminue la pression de cette maladie, qu'on traite aussi par des fongicides. Stéphane Galarneau suggère un espacement entre les rangs de 30 pouces pour les haricots de couleur, question de prévenir la sclérotiniose grâce à une bonne circulation d'air et à un assèchement rapide du feuillage. Cet espacement permet aussi d'effectuer les traitements de postlevée en minimisant les dégâts causés à la culture.


Les superficies ensemencées en haricots secs par les membres de La Coop Profid'Or ont chuté de 550 ha en 2010 à 445 ha
en 2011.

Les types et les variétés de haricots sont légion (voir l'encadré à la page 38). Certains types de haricots sont à croissance déterminée et présentent un port bas (canneberge), mais la plupart sont à croissance indéterminée, avec un port grimpant ainsi que des tiges qui poussent même après la période de floraison et qui restent vertes longtemps en automne (adzuki). Pour pouvoir récolter sans devoir attendre les premiers gels automnaux, on recommande donc l'application d'un herbicide à action dessiccative et défoliative (glyphosate, carfentrazone-éthyle, diquat) quand les grains ont atteint moins de 30 % d'humidité (gousses jaune-brun) pour favoriser l'assèchement des gousses, stopper les maladies fongiques et éliminer les mauvaises herbes qui pourraient être encore vertes et venir tacher les haricots. L'adzuki se récolte avec une moissonneuse-batteuse munie d'un tablier à soya, alors que le haricot canneberge doit être fauché et andainé pour le récolter au taux d'humidité optimal (14 %).

Les haricots canneberge, adzuki, blancs et noirs sont les principaux types de haricots cultivés pour le compte de la coopérative ontarienne Hensall District.

Les prix, qui oscillent entre 800 et 1100 $/t, suivent l'évolution des prix du soya IP pour consommation humaine. « Personnellement, je considère cette culture comme légèrement plus avantageuse que le soya, après comparaison des budgets de production », dit Stéphane Galarneau, conseiller reconnu pour ne pas avoir peur de suggérer de nouvelles cultures et de nouveaux outils de production, comme l'imagerie par satellite.

« C'est une culture un peu plus ardue à produire que le soya, notamment en raison de sa sensibilité aux maladies et des réglages plus minutieux à effectuer sur la machinerie de récolte, question d'éviter les chocs entre les grains. Le rendement des haricots secs est moindre que celui du soya : en moyenne, 2,2 t/ha pour les haricots, contre 3,5 t/ha pour le soya. Malgré cela, je calcule que sa rentabilité est toujours supérieure », soutient Stéphane, ce que confirme également Hugo Giard.

La faim des haricots vous gagne-t-elle? Les producteurs intéressés par cette culture peuvent entrer en contact avec Hugo Giard, de La Coop Comax.


Haricot, soya, Québec et Canada
La production des haricots secs subit d'importantes variations d'une province à l'autre, en fonction des contrats d'exportation perdus ou obtenus par les différents acheteurs canadiens qui produisent des haricots secs blancs, colorés et japonais (plus de 75 % de la production canadienne est exportée). Les superficies ensemencées en haricots secs essuient la compétition d'une culture de remplacement bien implantée au Québec, en Ontario et de plus en plus au Manitoba : le soya. Au Canada, l'Ontario, le Manitoba et l'Alberta sont les trois principaux producteurs de haricots secs.



Deux fois plus d'humains… et de haricots!
De 1961 à 2009, alors que la population mondiale doublait (de 3,1 à 6,8 milliards d'êtres humains),
la production mondiale de haricots secs suivait le même rythme (de 11,2 millions de tonnes à 20,7 millions). Encore et toujours, les haricots secs sont une culture vivrière pour de nombreux pays du monde, dont certains ne s'autosuffisent pas – d'où l'occasion d'exporter pour les pays en surproduction, comme le Canada.



Ce qu'ils en pensent?
Les Entreprises Adam 2000
Daniel Adam a semé 54 ha de haricots adzuki en 2010 et 60 en 2011, sur des loams argileux. De 2 t/ha la première année, le rendement s'est accru à 2,5 t/ha en 2011 chez cet agriculteur de Sainte-Élisabeth, qui a confiance dans cette culture. « Encore cet hiver, relate Daniel, après le dernier paiement de ma dernière livraison, Hensall m'a fait parvenir un chèque, parce qu'ils avaient vendu les grains déclassés après le deuxième criblage de ma récolte. J'ai trouvé ça attentionné de leur part. »

Ferme Diane & Denis Champagne
Denis Champagne cultive plus de 1000 ha dans son patelin, Lanoraie. En 2011, il avait entre autres 60 ha ensemencés de haricots adzuki. « L'an passé, quand la mauvaise herbe s'est mise à envahir notre champ de haricots, j'étais vraiment déçu. Toutefois, j'ai pu sortir 1,6 t/ha, assez pour me convaincre d'en refaire cette année, avec la perspective d'un meilleur rendement », dit-il. Et pour cause : son rendement fut de… 3 t/ha!


Ferme Agri-Vallée
Avec l'aide de son conseiller, Maxime Gratton, Alain Lavallée, de la Ferme Agri-Vallée, a semé 22 ha de haricots adzuki en 2011. L'an passé, son extraordinaire rendement de 2,7 t/ha n'a pas été le fruit du hasard. « Premièrement, pour bien réussir les haricots secs, il faut réserver ses meilleurs champs, dit Alain. Deuxièmement, on doit investir pour bien préparer les sols : nivelage, drainage, chaulage, tillage radish et avoine fourragère en engrais vert la saison précédente pour décompacter le sol, etc.

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