Aviculture
Pousser plus loin la qualité des poussins
Les Québécois et les Canadiens mangent du poulet plus que jamais. Pour le Couvoir
La Coop, l'adéquation est simple : plus de poulet, donc plus de poussins et plus d'éclosions. Si le couvoir coopératif permet depuis 2009 de produire plus de poussins à chair, il permet également d'offrir des oiseaux d'une meilleure qualité. Quantité + qualité, démonstration par A + B. Deuxième article d'une série de deux sur la qualité des poussins à chair.
Gilles Lizotte est un drôle d'oiseau. À 53 ans, il cumule déjà 33 ans d'aviculture. Cet homme de terrain a tout fait : éleveur de reproducteurs et de poulets à griller, vaccinateur, sexeur, laveur, livreur, représentant régional pour la vente de poussins, agent d'approvisionnement pour Olymel, contremaître du couvoir et directeur des opérations. Ainsi, qu'on lui parle de problèmes zootechniques, mécaniques, commerciaux ou logistiques, il comprend tout!

Dans le grand bal d'incubations et d'éclosions qu'il mène, Gilles Lizotte est appuyé par Gilles Allard, responsable de la mise en incubation, qui place et déplace virtuellement des centaines de milliers d'œufs et d'oiseaux, pour bien répondre aux calendriers d'abattage d'Olymel notamment. Cathy Lambert, qui a assuré le contrôle de la qualité auparavant, occupe quant à elle le poste de contremaître aux éclosions, alors que Martin Lavoie dirige les incubations et Gilles Samson la logistique du transport des œufs et des poussins.

Au total, une cinquantaine d'employés travaillent au couvoir, dont le chiffre d'affaires avoisine 30 millions $. On y produit des poussins à chair de race Cobb (63 %), Ross (30 %) et Sasso (7 %), une race colorée qu'affectionnent particulièrement les producteurs avicoles qui évoluent dans des marchés de spécialité aux États-Unis et au Canada.

En mode croissance
Le Couvoir La Coop, à Victoriaville, en est à sa quatrième « éclosion » depuis 1969, année de sa construction. Rénové et agrandi en 1987 et en 2000, il a bénéficié de travaux majeurs en 2008, une cure de rajeunissement qui a coûté six millions de dollars et a permis plusieurs innovations :
• nouvelle salle de réception des œufs;
• nouveaux incubateurs et éclosoirs pour une gestion en tout plein, tout vide;
• quai intérieur de chargement des camions;
• robotisation de la sortie des poussins sur la chaîne de production et automatisation de l'empilement des boîtes de poussins;
• récupération de l'énergie pour réchauffer
le couvoir et préchauffer l'eau qui chauffe les incubateurs, d'où une efficacité
énergétique accrue;
• préparation des solutions de savons et désinfectants dans une zone centralisée et distribution par conduites partout dans le couvoir, ce qui évite les dégâts et les erreurs de dilution;
• réaménagement de la salle de traitement des poussins, avec 25 postes de sexage
qui permettent de classer jusqu'à
50 000 poussins par heure.
Grâce à ces améliorations, le nombre d'œufs incubés est passé d'une quarantaine de millions avant les travaux à 54 millions, ce qui fait du Couvoir La Coop le deuxième en importance au Canada, une envergure telle qu'il pourrait rivaliser avec les couvoirs de taille moyenne des États-Unis. On y produit même plus de poussins qu'avant, avec 28 employés de moins!

La capacité de production de 65 millions d'œufs du couvoir place donc son taux d'utilisation à 83 %. En conséquence, il pourrait incuber davantage d'œufs pour satisfaire des clients du Québec, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, où des camions de livraison se rendent déjà. Des coopératives font notamment affaire avec des couvoirs privés, ce qui chatouille la fibre coopérative des gens du Couvoir La Coop.



« Nous aimerions nous débarrasser de notre image de grossiste auprès de nos clients et des coopératives qui font affaire avec nous », explique Gilles Lizotte, une opinion largement partagée par Roger Ménard, surintendant des fermes de reproduction. « Nos représentants sur la route ont une excellente expertise technique. Si les éleveurs de poulets continuent à maintenir leur lien d'affaires avec leur coopérative locale pour l'achat de leurs oiseaux, nous désirons tout de même signaler que nous sommes là pour appuyer les experts-conseils avicoles et les directeurs des ventes dans leur offre de services-conseils. »

« Nous disposons d'un excellent réseau doté d'outils fantastiques – fermes de reproduction, ressources humaines spécialisées, couvoir hautement technologique – au service des éleveurs d'ici, soutient le premier directeur avicole, Sylvain Lefebvre. Mon seul souhait : que les éleveurs profitent davantage du réseau coopératif, ce qui le fortifierait encore plus. »

Un poussin bien ordinaire?
Non. Les poussins La Coop sont de la plus haute qualité et sont synonymes de bonne santé, uniformité, viabilité et vigueur, selon les gens du Couvoir La Coop.
Priorité qualité
Huit fois sur dix, après 21 jours d'incubation, un poussin perce sa coquille. Un petit miracle de la vie, accompli 43 millions de fois au Couvoir La Coop et 190 millions de fois dans l'ensemble du Québec.

C'est l'attention portée aux petits détails qui permet d'atteindre ces chiffres astronomiques. De petits détails qui font la qualité. L'équipe du couvoir en est si bien convaincue que les nombreux rapports et registres qui jalonnent la production des poussins – de la réception des œufs aux livraisons de poussins quatre jours par semaine – sont là pour le prouver : la qualité est désormais érigée en système, avec des mesures objectives menées quotidiennement.

Depuis qu'il est entré en fonction, en novembre 2010, Sylvain Lefebvre s'est appliqué à remettre la qualité au cœur des discussions, en implantant un comité avicole au sein duquel le mot « qualité » est prononcé plus souvent qu'à son tour. Ce comité, qui se réunit toutes les six semaines, regroupe les gens des fermes de reproduction, du couvoir et les représentants qui sont constamment sur le terrain. Tout commentaire de la part d'un membre ou client est donc relayé directement au sommet.

Fraîchement éclos le matin, ces poussins seront livrés pas plus tard qu'à 16 h en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick.
La qualité est devenue un objectif de tous les instants. Des formulaires d'amélioration continue sont placés bien en évidence près de la cafétéria à l'intention des employés, sollicités pour relever l'efficacité des activités. Plusieurs séances de kaizen – mot japonais pour « amélioration continue » – ont aussi eu lieu afin, notamment, de repenser la gestion de la pharmacie (antibiotiques et vaccins), de faciliter le traitement des commandes et de revoir les procédés d'incubation. Enfin, pour épauler la gestion technicoéconomique du couvoir, la technologue avicole Édith Descarreaux est en train de systématiser l'emploi d'un logiciel qui facilitera la gestion des stocks de reproducteurs, d'œufs, de poussins et de poulets, et ce depuis l'élevage des oiseaux reproducteurs jusqu'à l'abattage des poulets.

La qualité de la masse d'œufs mise à incuber est cruciale. Des œufs sales, fêlés ou inversés dans les alvéoles risquent d'exploser, de se déshydrater ou de manquer d'oxygène. Les 10 fermes coopératives et indépendantes sont donc directement interpellées pour fournir une matière première de qualité. « On ne peut pas faire des poussins d'une meilleure qualité que celle des œufs dont ils sont issus », insiste Gilles Lizotte. Ce dernier n'exclut pas une certaine rémunération ou majoration du prix des œufs d'incubation en fonction de la qualité, car quand un œuf contaminé aux coliformes explose dans un incubateur, les pertes financières sont grandes.

Les nouveaux camions de livraison du couvoir comportent une ventilation de type centrale et horizontale plutôt que verticale, ce qui permet un apport d'air frais constant à l'ensemble de la précieuse cargaison.
Santé, uniformité, viabilité : voilà les principaux attributs d'un poussin de qualité pour le directeur du couvoir. En clair, on vise à sortir du couvoir des poussins qui ne sont pas déshydratés, dont la variabilité à l'intérieur d'un même lot est faible et qui sont vigoureux, le tout pour un démarrage rapide et sans souci chez les éleveurs de volailles. D'ailleurs, le faible taux de mortalité 0-10 jours des poussins observé chez les éleveurs est grandement dû à l'excellence du statut sanitaire des parents, qui ont, à 10 semaines près, le même âge.

Priorité propreté
« La base d'un couvoir, c'est la propreté, rappelle Gilles Lizotte. Nous entrons dans des chambres des matières vivantes à des degrés et des taux d'humidité qui favorisent le développement des embryons, mais également la prolifération des microorganismes. Il est donc essentiel d'effectuer de bons nettoyages et lavages, qui doivent primer sur la désinfection, qui n'est qu'une assurance de plus que les incubateurs et les éclosoirs sont propres. »

L'instauration prochaine d'un cahier des charges à l'intention des élevages reproducteurs permettra aussi d'améliorer encore plus la qualité des œufs incubés. Notamment, la filière avicole La Coop aimerait voir les producteurs d'œufs d'incubation systématiser l'utilisation des tests de fertilité à la ferme au moyen de mini-incubateurs. Ces tests facilitent la détection rapide des problèmes de fertilité des coqs, qui ne sont autrement révélés que mensuellement par l'envoi d'un rapport d'éclosion. Au surplus, les résultats des mini-incubations permettent de mieux planifier le nombre de poussins à naître au couvoir et de diminuer le nombre d'œufs incubés qui se révèlent non fertiles.

Autre nouveauté : sous l'impulsion de la nouvelle directive états-unienne d'interdiction des antibiotiques de Catégorie 1 chez les animaux d'élevage (par exemple Excenel, un produit aussi utilisé chez l'humain), le couvoir cessera l'utilisation in ovo de cet antibactérien à la suite d'une prochaine décision concertée sur le plan national. Par cette mesure, on désire diminuer chez les humains le risque de développement de résistances à ces antibiotiques.

Conséquemment, la charge microbienne des œufs et des poussins devra être plus faible, de manière à ne pas nuire au démarrage rapide des lots de poulets. Et il y a tout lieu de croire que l'ensemble du travail entrepris sur la qualité des œufs et des poussins en amont trouvera une fois de plus toute sa raison d'être.
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