Entretiens
Grâce à la chèvre laitière, Rémi Hudon et Catherine Lord ont pu réaliser leur rêve de s'établir en production laitière, non sans difficultés.
Catherine, diplômée en sciences animales de l'Université Laval, et Rémi, diplômé en technologie des productions animales de l'ITA, campus de La Pocatière, avaient « fait leurs expériences » chacun de leur côté avant de se rencontrer : Catherine avec des moutons, des lapins, des chèvres et des chevaux de trait Belge (qu'elle élève toujours – voir l'encadré, page 27); Rémi avec les bovins de boucherie et les anguilles (qu'il pêche toujours – voir encadré). Amoureux des animaux? C'est peu dire! Les tourtereaux se sont rencontrés lorsqu'ils étaient experts-conseils à Groupe coopératif Dynaco.

Les deux amis des bêtes voulaient vivre d'une production animale stable et rentable par unité de surface, car la ferme familiale de la famille Hudon ne comportait que 53 hectares cultivables. Heureusement, de gentils voisins du chemin de la Petite-Anse – un rang entre terre et mer où l'on se serre les coudes – vendent du foin aux jeunes, car ils disposent de superficies excédentaires.

Le premier réflexe de Rémi fut donc de miser sur le cheptel bovin que ses parents et lui bâtissaient un peu plus chaque année depuis 1975. En 2008, il pouvait déjà compter sur 95 vaches réparties en quatre lieux. Mais les revenus espérés, aussi bien que les terres nécessaires pour faire progresser l'entreprise, faisaient cruellement défaut dans les environs de Rivière-Ouelle, ce qui obligea Rémi à reconsidérer la production bovine. Comment rentabiliser 53 hectares en élevant des bêtes?

Puis surgit cette idée : la production laitière caprine. Or, au Québec, où la production vendue à l'extérieur de la ferme est réglementée, les nouveaux venus doivent posséder un contrat d'approvisionnement avec une usine de transformation et un contrat de transport du lait avec un transporteur. Deux barrières à l'entrée qui ne découragent pas de nouveaux établissements en production caprine au Québec, comme en font foi les données de l'Institut de la statistique du Québec (voir le tableau au bas de la page 27).

En effectuant leurs démarches exploratoires pour juger de leur intérêt et de l'à-propos de se lancer dans ce domaine, Rémi et Catherine conviennent de visiter quelques fermes. Dans leur périple, ils rencontrent Chantal Dumas et Pier Gagnon, de la Ferme Nigaera, à Laurierville. La visite se passe bien et se termine sur de bons mots d'encouragement.

Un mois plus tard, le téléphone sonne : Chantal et Pier sont prêts à se retirer au profit de ces deux jeunes ambitieux. Ils leur cèdent donc troupeau, équipement de traite et, surtout, ces précieux contrats sans lesquels démarrer et produire ne riment à rien. En prime : une foule de conseils judicieux. Novembre 2009 : une première traite se déversait dans le réservoir à lait.

Augmenter la production
S'ils ont pu démarrer en production laitière caprine, Rémi et Catherine n'ont qu'eux – la Ferme Nigaera et leurs fournisseurs – à remercier, car ils n'ont pas encore touché un sou des institutions financières. Oui, ils n'ont démarré qu'en s'appuyant sur leurs propres économies et sur la patience de leurs fournisseurs, qui acceptent un étalement des paiements strictement basé sur la confiance… et l'entregent contagieux de Rémi!

L'étable a été convertie en chèvrerie et des parcs à litière accumulée y ont été aménagés. Une aile perpendiculaire a été construite pour recevoir la laiterie, un bureau, une pouponnière et une salle de traite. Cette dernière pourra d'ailleurs accueillir un quai de traite plus grand, car c'est l'objectif : « tirer » plus de chèvres pour tirer plus de revenus. Avec 183 chèvres laitières en lactation et une relève de 220 chevrettes prêtes à passer en production, Rémi et Catherine n'attendent que des nouvelles du Syndicat des producteurs de chèvres du Québec et de La Financière agricole du Québec pour faire passer leur projet à une vitesse supérieure. On aimerait construire une deuxième section pour augmenter le nombre de chèvres laitières et héberger une partie des chevrettes actuellement élevées à Saint-Pacôme.



Augmenter la productivité

Employé de soutien efficace, le chien berger Border Collie, nommé Cognac, aide à déplacer les chèvres vers la salle de traite – et gare à celles qui traîneraient la patte!

Les deux anciens représentants ne lésinent pas sur les moyens pour mettre en valeur le potentiel de leurs animaux. Les chèvres en lactation, sous contrôle supervisé de Valacta, sont notamment divisées en trois groupes pour qu'on puisse bien répondre à leurs besoins nutritionnels au moyen d'aliments complets et de fourrages.

Côté génétique, Catherine et Rémi sélectionnent leur troupeau de manière à n'avoir que des animaux de race pure ou des chèvres croisées dont la descendance sera amenée vers un sang pur par amélioration de niveau génétique au fil des générations. Leurs races de prédilection sont l'Alpine et… l'Alpine! Ils éliminent graduellement les autres races qui composent le troupeau. Le choix d'une race est très personnel et bien peu rationnel, estiment la bachelière en agronomie et le technologue, qui trouvent en leurs Alpine rustiques un caractère enjoué et sympathique… à leur image, serait-on tenté d'ajouter! Les couleurs de robe variées de l'Alpine facilitent la reconnaissance rapide des chevreaux.

Les chèvres sont gérées en groupe, comme en production ovine. Animaux assez désaisonnalisés, leurs chaleurs sont toutefois meilleures à l'automne, bien que la ferme réussisse à obtenir un bon taux de fertilité au printemps et au début de l'été. La lactation dure 305 jours. Les caprins, qui ont une gestation de cinq mois, sont mis à la saillie (au bouc) aux environs de 200 jours en lait, soit trois mois avant le tarissement. Celui-ci dure deux mois.

Dès leur naissance, Catherine retire les chevrettes de leur mère pour qu'elles ne puissent pas téter, pas même le colostrum, car le virus responsable de l'arthrite encéphalique caprine se transmet par le lait, et on veut progressivement éliminer cette maladie du troupeau. On doit donc administrer aux chevreaux un colostrum de remplacement bovin fourni par le Groupe coopératif Dynaco.

« Notre choix a été le bon, s'enthousiasme Rémi Hudon. Nous aimons les chèvres. Elles sont attachantes et productives. » Des attributs très motivants pour ces deux experts en zootechnie, qui jugent n'avoir pas choisi la facilité en optant pour ces petits ruminants. « J'ai « tiré » des vaches pendant 14 ans et je le dis : il est plus exigeant de s'occuper de 200 chèvres que de 20 vaches! » clame Rémi.

Pêcheur de trésors

Depuis 1770, la famille D'Auteuil-Hudon pêche l'anguille à l'automne sur la rive bas-laurentienne du fleuve, à la hauteur de Rivière-Ouelle. Rangez cannes et agrès de pêche traditionnels : l'anguille se capture plutôt à l'aide de filets tendus sur des piquets et des perches plantés perpendiculairement au rivage. Face au filet, les poissons descendent le courant et se trouvent pris dans un coffre, qui les emprisonnera jusqu'à l'arrivée, à marée basse – en tracteur ou en camion! –, du pêcheur-récolteur.

Les anguilles sont majoritairement vendues vivantes à un seul acheteur québécois, mais Rémi Hudon a voulu diversifier la mise en marché de ses captures. Il a donc cofondé, avec un couple d'amis pêcheurs – Simon Beaulieu et Josée Malenfant –, Les Trésors du Fleuve, entreprise qui transforme le poisson serpentiforme dans les locaux du Centre de dévelop­pement bioalimentaire du Québec, à La Pocatière. Anguille fumée et merrine – jolie façon de nommer une terrine fabriquée avec un produit de la mer – sont deux produits qui font découvrir cette espèce méconnue dans quelques points de vente du Kamouraska. Pour plus de détails : tresorsdufleuve.com.



Le troupeau Petite-Anse en chiffres
Production laitière moyenne par chèvre 828 kg (305 jours)
Production projetée des 1res lactations 837 kg
Production projetée des 2es lactations 909 kg
Production projetée des 3es lactations et + 810 kg
Âge moyen du troupeau 3 ans et 4 mois
Intervalle moyen entre les chevrottages 358 jours
Nombre moyen de chèvres en lactation 183
Période de tarissement 63 jours


La production laitière caprine au Québec (ISQ, 2012)
  2007 2010
Nombre d'exploitations laitières 113 141
Nombre de chèvres laitières 18 105 19 813
Volume de lait livré aux usines 8 200 000 l 10 200 000 l
Volume de lait transformé à la ferme 700 000 l 800 000 l
Production laitière moyenne
(contrôle laitier Valacta)
637 l/chèvre/an 715 l/chèvre/an
Prix de transaction (à l'usine) 91,77 $/hl 100,99 $/hl
Volume de lait produit en Ontario 15 500 000 l 24 500 000 l


Éleveuse de mammouths
En 1981, les parents de Catherine Lord entreprenaient l'élevage des chevaux Belge, une race au gabarit impressionnant. Aujourd'hui, Catherine a repris la Ferme des Rivières, qui compte sept chevaux, dont Elsa, qui, avec ses 18,2 mains de hauteur, ne peut être montée par Catherine qu'au moyen d'un tabouret! La diplômée d'agronomie est par ailleurs administratrice à l'Association des éleveurs de chevaux Belge du Québec.

Pourquoi tous ces chevaux… et autant d'estomacs à remplir? Surtout pour les concours dans les expositions agricoles (monte, licou, attelage), mais Catherine n'exclut pas la possibilité de les utiliser pour aller lever les filets et tracter la pêche de Rémi, comme ses ancêtres le faisaient avant l'invention du moteur à essence.
 
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