Entretiens
Aujourd'hui, l'agriculture moderne doit faire face à une réalité où performance, qualité et rentabilité sont devenues synonymes. Plusieurs outils et solutions nous sont proposés pour atteindre nos objectifs, mais arrivons-nous à nous y retrouver?
La fertilisation foliaire est un outil qui peut s'avérer très intéressant si l'on comprend bien son fonctionnement. Cette méthode date des années 1950 et, au fil du temps, s'est beaucoup perfectionnée. Un de ses principaux avantages, c'est que les éléments nutritifs sont absorbés plus rapidement que dans le cas d'une application au sol. De plus, dans certaines situations, les éléments présents dans le sol ne sont pas disponibles pour la plante au moment où elle en a besoin. Les résultats des analyses de sol ne correspondent pas toujours à ceux obtenus à la suite d'analyses foliaires.

La disponibilité des éléments pour la plante dépend de plusieurs facteurs, tels que la compaction, la profondeur, l'humidité et la température du sol. Ces facteurs limitants sont dépourvus de sens lorsque nous parlons d'application foliaire. Durant certains stades de croissance, la plante exige plus de nourriture que ce qu'elle est capable d'absorber; c'est pourquoi la fertilisation foliaire devient incontournable pour l'obtention de rendements supérieurs et de qualité.

Pour être efficace, une pulvérisation foliaire doit toutefois respecter certaines règles. Afin de pouvoir pénétrer à l'intérieur des feuilles, les éléments nutritifs doivent soit traverser la couche cireuse de la plante (cuticule), soit profiter de l'ouverture des minuscules bouches présentes à la surface des feuilles (stomates). Plusieurs facteurs peuvent influencer l'ouverture et la fermeture de ces petites bouches, comme la température, l'humidité et la présence de pathogènes. C'est pourquoi les pulvérisations foliaires appliquées sous le soleil de midi, à une température de 30 °C, risquent fort de ne pas être efficaces. Sous ces conditions, les stomates se ferment pour éviter la transpiration de la plante et ainsi mieux la protéger contre la chaleur. Il est donc important d'effectuer ce type de fertilisation durant une période où la plante sera réceptive.

Pour s'assurer d'une bonne réponse, on doit faire les applications tôt le matin ou après 17 h. L'efficacité du traitement sera accrue si on applique un minimum de 200 l de bouillie à l'hectare. Il est nécessaire de bien mouiller le feuillage pour répartir les éléments. Il est fortement recommandé d'utiliser de l'urée en combinaison avec les éléments mineurs, puisqu'elle favorise leur absorption. L'urée est constituée d'une substance hygroscopique (qui absorbe l'humidité de l'air) permettant de retarder l'assèchement du feuillage et d'assurer une meilleure assimilation des fertilisants. Il faut également s'assurer de respecter les doses recommandées, puisqu'une surdose pourrait occasionner un stress à la plante et provoquer la fermeture des stomates. Résultat : un pourcentage d'efficacité réduit.

Un autre point majeur à vérifier avant une pulvérisation, c'est la compatibilité des produits, puisqu'une petite erreur peut entraîner un problème majeur : le « jello »! Et la seule façon de le liquéfier sera d'utiliser un acide. Donc, des pertes importantes de temps et d'argent, qui auraient pu être évitées. Souvenez-vous que le phosphore et le calcium, entre autres, ne seront jamais amis. Des tests de compatibilité peuvent être effectués directement à la ferme. Renseignez-vous auprès de votre expert-conseil pour obtenir une charte.

Si plusieurs règles sont nécessaires au bon fonctionnement d'une pulvérisation foliaire, il faut aussi pouvoir déterminer quels éléments appliquer et à quel stade de la plante. Pour croître adéquatement et exprimer leur plein potentiel, les végétaux doivent pouvoir s'approvisionner en 17 éléments. S'il y a carence d'un de ces éléments, il y aura sans aucun doute des pertes de rendement et de qualité (voir le tableau 1 et le schéma 1 à la page 30). Il est possible de favoriser l'approvisionnement de ces éléments par de bonnes pratiques culturales et une gestion adéquate des fertilisants. Il est toutefois préférable d'opter pour une stratégie de prévention, et pour ce faire, l'utilisation d'analyses foliaires peut s'avérer un choix judicieux.

Ces analyses permettent de mieux comprendre et connaître les besoins de notre culture pour nous aider à appliquer les bons éléments avant que la carence ne soit visible.


Ce qui différencie un engrais foliaire d'un autre, c'est l'agent chélateur utilisé ainsi que les additifs qu'il contient. Le mot chélate tire ses origines du grec et signifie « griffe ». Les agents chélateurs emprisonnent les oligoéléments et les empêchent de précipiter. Ils permettent aux éléments d'être disponibles pour la plante. Chaque chélate possède son propre pouvoir de rétention et sa propre grosseur de molécule (voir le schéma 2).




Plus la molécule est petite, plus elle aura de facilité à pénétrer dans la feuille. Plus la force avec laquelle elle retient l'élément est élevée, plus la plante devra utiliser de l'énergie pour le libérer. À l'inverse, si le chélate a un pouvoir de rétention trop faible, il y aura des pertes. Certains chélates sont d'ailleurs plus appropriés pour une application au sol, alors que d'autres le sont davantage pour une application foliaire. Dans tous les cas, l'agent chélateur influe sur le pourcentage d'éléments qui pourra être assimilé par la plante. C'est ce qui détermine la qualité d'un engrais liquide. Avant de comparer le coût de ce type de produit avec un autre, il est important de considérer l'agent chélateur utilisé, le pourcentage d'éléments actifs et les additifs qu'il contient.

Les utilisations d'engrais foliaires sont multiples, autant dans les grandes cultures qu'en horticulture. Par exemple, le soya est une plante réceptive qui pourrait gagner en qualité et en rendement si on pulvérisait un complément fertilisant à certains stades critiques. Un apport d'oligoéléments dans le maïs pourrait s'avérer économiquement rentable, si la fertilisation est le facteur qui limite les rendements.

Dans le secteur horticole, cette technique est déjà répandue, mais il faut toutefois s'assurer d'effectuer les traitements durant les bonnes périodes de croissance et de respecter les règles. Pour ma part, ma philosophie a toujours été qu'une plante qui possède, au bon moment, tous les éléments qui lui sont essentiels sera plus en mesure de se défendre contre les stress climatiques et pathogènes, comme un être humain qui a toutes ses vitamines!

Il pourrait donc s'avérer très intéressant de travailler davantage avec les analyses foliaires afin de prévenir les carences plutôt que de tenter de les corriger. C'est prouvé : lorsqu'il y a des carences visibles, il y a des pertes économiques.  
 
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