Entretiens
Sans être la Grèce, les États-Unis sont fortement endettés.
À quelques mois des élections présidentielles, Washington remet toute sa politique agricole en question. Paiements directs, assurances revenus, exportations, relève, accès à la terre, immigration, changements climatiques, R et D, biocarburants, bioéconomie… Dans un contexte de revenus agricoles nets records, enregistrés en 2011, le prochain Farm Bill prévu pour 2013-2018 promet un sacré régime minceur.
Endetté jusqu'au cou, Washington doit sabrer le budget du prochain Farm Bill. Cette loi, qui définit la politique agricole américaine tous les cinq ans, doit être renouvelée en 2013. Comme la moyenne d'âge des producteurs américains est de 60 ans, la prochaine génération d'agriculteurs est conviée à prendre la relève. En aura-t-elle les moyens?

« Nous allons devoir faire preuve de créativité dans le prochain Farm Bill pour attirer les jeunes dans la profession agricole », a lancé Tom Vilsack. Le secrétaire américain à l'Agriculture s'adressait à un auditoire de 2000 personnes venues des quatre coins du monde pour assister à la conférence sur les perspectives agroalimentaires, qui se déroule chaque année, en février, à Washington. Mais il s'adressait en particulier aux membres de la Future Farmers of America (FFA), présents pour fêter le 150e anniversaire du USDA.

Un anniversaire célébré sous le signe de l'austérité. Les États-Unis, sans être la Grèce, croulent sous les dettes. Comment rester la première puissance agricole du monde dans un tel contexte? Tous les programmes de soutien à l'agriculture seront scrutés à la loupe par le Congrès, où républicains et démocrates se livrent une guerre de tranchées en vue des élections présidentielles de novembre prochain.

Comment remplacer les paiements directs? Comment fondre la sécurité du revenu dans un seul programme d'assurance? Comment stabiliser l'industrie laitière en crise? Comment protéger et conserver la terre et l'eau? Comment soutenir l'agriculture régionale et la biologique? Comment promouvoir les cultures de spécialité? Et surtout, comment passer le flambeau à la prochaine génération, la moyenne d'âge actuelle des agriculteurs américains étant de 60 ans? Vilsack espère attirer 100 000 nouveaux jeunes dans la profession en ce début de XXIe siècle, au moment où l'agriculture élargit sa vocation : productions de denrées de base et de moulées animales, certes, mais aussi de biocarburants, de bioénergie, de fibres et de produits chimiques.

Nourrir le monde
La nouvelle génération de producteurs américains peut compter sur l'augmentation de la population mondiale – plus de deux milliards d'habitants d'ici 2050 – pour vendre ses produits. Selon l'économiste en chef du USDA, Joseph Glauber, les prix élevés du maïs, du soya, du blé, dus en partie à la demande mondiale de viande, ont pour résultat que l'agriculture restera lucrative plusieurs années encore, malgré la hausse des prix de l'énergie. C'est le nouvel appétit des classes moyennes du BRIC – Brésil, Russie, Inde et Chine – pour les ailes de poulet, les côtelettes ou le steak qui tire les prix à la hausse.

La faible valeur du dollar américain par rapport aux autres devises stimule aussi les exportations de denrées états-uniennes. Et du coup, elle atténue les effets négatifs d'une reprise économique planétaire anémique et de la crise de la dette européenne. Glauber prévoit qu'en 2012 les exportations agroalimentaires seront les secondes en importance de l'histoire des États-Unis : 131 milliards $ US, soit à peine 1 milliard de moins que les résultats historiques de 2011. Idem pour les revenus nets des producteurs, estimés en 2012 à 96,3 milliards $ US, comparativement aux 108,8 milliards perçus en 2011.

L'administration Obama entend continuer de faire tomber les barrières non tarifaires et de signer des ententes de libre-échange pour ouvrir des marchés à ses futurs producteurs. Trois ententes de ce genre ont récemment été conclues avec le Panamá, la Colombie et la Corée du Sud. u

Assurance et crédit agricoles
Si les États-Unis veulent attirer de jeunes producteurs dans la profession, il leur faudra revoir les programmes actuels d'assurance et de crédit agricoles. « L'assurance et le crédit agricoles sont faits pour les entreprises bien établies. Si vous êtes un jeune producteur et qu'un désastre naturel s'abat sur votre entreprise lors de votre première année d'établissement, cela peut signifier la faillite », a averti Tom Vilsack.

Sécheresses, inondations, feux ont ravagé plus de 22 millions d'hectares en cultures et forcé l'administration américaine à dédommager les producteurs sinistrés et les assureurs pour une somme de 20 milliards $ US au cours des trois dernières années. L'économiste en chef du USDA n'a pas caché que ses prévisions d'une deuxième récolte historique en 2012, après celle de l'année dernière, étaient sujettes aux sautes d'humeur de plus en plus violentes de Dame Nature.

Agriculture de proximité
et biologique

Le Congrès devra aussi revoir les aides à l'agriculture en fonction des récentes tendances de la consommation américaine. Les ventes directes de produits locaux de la ferme aux consommateurs et les ventes de produits biologiques équivalent à celles combinées du riz et du coton, soit plus de 8 milliards $ US. Cette tendance s'est accentuée d'autant plus que le nombre de marchés de producteurs a doublé au cours des trois dernières années. L'entente de réciprocité sur l'appellation et la réglementation des produits biologiques, tout juste conclue entre les États-Unis, l'Union européenne et le Canada, va aussi offrir de nouveaux marchés. (Plus de 80 % des produits biologiques vendus au Canada proviennent déjà des États-Unis.)

« De nombreux jeunes agriculteurs se lancent dans l'agriculture de proximité pour faire de la vente directe au détail », explique Gary Matteson, un des conférenciers et vice-président aux prêts aux jeunes agriculteurs au Farm Credit Council (FCC). Le FCC, un des trois grands prêteurs du monde agricole américain, a consenti près de 11 milliards $ US à de jeunes agriculteurs (moins de 35 ans), aux agriculteurs débutants et aux petits agriculteurs en 2010. Cette institution finance par exemple de jeunes entrepreneurs qui se lancent dans des productions de fruits et de légumes sur des superficies variant de 5 à 80 hectares, ou encore prête à des coopératives d'agriculteurs. Sont exclus les projets requérant du grand capital, comme les usines d'éthanol et de biodiésel ou encore les start-up dans le nouveau secteur de la bioéconomie (voir l'article « Obama invite les agriculteurs à transformer les États-Unis en bioéconomie »).

Deux grands freins à la relève
Selon le secrétaire à l'Agriculture, deux grands enjeux, qui ne sont pas du ressort du Farm Bill, freinent l'entrée des jeunes agriculteurs dans le métier. Le premier est la main-d'œuvre. Si les productions de maïs, de soya, de blé ou de riz sont fortement mécanisées, ce n'est pas le cas des productions de fruits et de légumes. Dès que des jeunes se lancent dans une entreprise maraîchère ou prennent les rênes d'une grande ferme laitière, par exemple, ils doivent faire appel à de la main-d'œuvre étrangère, originaire en grande partie d'Amérique latine. « La triste réalité est que, faute de main-d'œuvre, des productions vont pourrir dans les champs encore cette année, parce que certains membres du Congrès diabolisent les immigrants », a indiqué Vilsack. Ce dernier invitait ses pairs à faire preuve de courage politique et à voter une réforme de l'immigration pour corriger une fois pour toutes « ce système défaillant ».

Le second enjeu, et non le moindre, est l'impossibilité pour les jeunes agriculteurs américains d'accéder à la terre en raison de l'actuel système d'imposition foncière. « Il n'y a pas de raisons pour qu'un jeune agriculteur ait accès à la propriété de ses parents seulement une fois que ceux-ci sont décédés. On doit faire sauter ce verrou! » a indiqué Vilsack. Qui plus est, si un jeune hérite de la terre ancestrale, il doit payer un impôt de 35 % sur la valeur actuelle de la propriété. Par exemple, pour une entreprise évaluée à 10 millions $ US en 2012, le nouveau venu devra payer un impôt de 3,5 millions $ US. Et pour s'acquitter de ce paiement, il devra vendre une partie de sa propriété, souvent à des promoteurs immobiliers.

« Nous devons nous engager auprès de la future génération d'agriculteurs comme nous l'avons fait auprès des futurs ingénieurs, scientifiques et professeurs, pour la bonne et simple raison que tous ces gens ne peuvent pas faire leur travail sans manger », a conclu Vilsack.



Des assiettes fabriquées à partir de pomme de terre, des ustensiles à partir de maïs, des tapis à partir de chanvre, de l'huile hydraulique pour ascenseurs et des lubrifiants pour camions et tracteurs à partir de soya, des meubles à partir de tournesol, des peintures, des crèmes pour la peau, des déodorants… Le président Obama entend relancer et transformer une économie américaine moribonde en la sevrant de la chimie pétrolière.

« Nous étions un exportateur de produits chimiques et maintenant nous en sommes le plus grand importateur », explique le secrétaire à l'Agriculture, Tom Vilsack, lors de la conférence sur les perspectives agroalimentaires 2012 du département américain de l'Agriculture (USDA). L'administration Obama entend gruger les parts de marché de l'industrie pétrochimique mondiale, dont le chiffre d'affaires annuel est de

1 trillion $ US.
Pour ce faire, toutes les agences fédérales sont invitées à doubler (de 9000 à 18 000) leurs achats de bioproduits offerts sur le marché grâce au renouvellement du programme BioPreferred, administré par le USDA. « Cette stratégie va favoriser l'enracinement et le développement de ce secteur », a dit Vilsack. Ce dernier n'a toutefois pas révélé le budget dont disposent les ministères fédéraux pour ce type d'achats. Mais depuis quatre ans, a-t-il indiqué, le nombre d'entreprises produisant des bioproduits est passé de 2000 à 3100 et le nombre de leurs employés a doublé, pour atteindre 100 000 travailleurs.

Source : USDA – programme BioPreferred

Cette volonté présidentielle survient au moment où Obama exige des coupes de l'ordre de 23 à 33 milliards $ pour la prochaine mouture du Farm Bill, qui s'amorce en 2013 (les États-Unis sont endettés à hauteur de 100 % de leur PIB). Cette loi, votée tous les cinq ans par le Congrès, définit la politique agricole de la première puissance du globe. En 2007, sous l'administration de George W. Bush, les États-Unis ont mis plein gaz pour produire de l'éthanol maïs, afin de se sevrer de l'or noir importé de pays ennemis (Iran, Venezuela et autres). Le nombre d'usines d'éthanol a doublé durant cette période, et 37 % de la production du petit grain jaune sera consacrée à la production d'essence « verte » en 2012. « L'Amérique a réduit ses importations de pétrole de 60 % à moins de 50 % au cours des trois dernières années », a indiqué Vilsack. Ce dernier a profité de sa tribune pour annoncer qu'une entente a été conclue entre le USDA, le département de l'Énergie et la marine pour approvisionner ses avions en biocarburants.

Malgré les coupes radicales prévues dans le budget du USDA, celui de « la recherche concurrentielle » sera augmenté de 23 %. Les chercheurs du USDA prévoient étudier plus à fond le génome des plantes et des animaux pour en augmenter les rendements. De nouveaux cultivars sont déjà à l'essai sur un peu plus de 20 000 hectares. Différentes plantes, biomasses forestières, lisiers sont aussi à l'étude pour la production non seulement de biocarburants et d'énergie, mais aussi de polymères et de fibres. La mutation de l'économie américaine en bioéconomie est toutefois conditionnelle aux résultats des élections présidentielles de novembre prochain. Dans une capitale polarisée entre républicains et démocrates, Vilsack a tenu à rappeler que les deux camps devraient mettre leurs différends de côté pour adopter rapidement le Farm Bill 2013. Après tout, a-t-il dit, « le président Lincoln a fondé le USDA et adopté de grandes politiques agricoles il y a 150 ans, en pleine guerre civile ».






Jon Caspers, producteur de porcs (naisseur-finisseur), dans l'État de l'Iowa.

Porc, plein cap sur les exportations
« On continue de mettre le cap sur les exportations, même si nos coûts de production sont à des niveaux historiques », explique Jon Caspers. Ce naisseur-finisseur de l'Iowa, qui met en marché 8000 bêtes par année, estime que les coûts de production seront presque aussi élevés en 2012 qu'en 2011, soit près de 87 $/100 lb. Un record historique attribué au prix exorbitant de la moulée composée de maïs et de tourteau de soya. Malgré ce handicap, les États-Unis entendent rester le premier exportateur mondial de viande de porc et devancer de loin l'Union européenne, le Canada, le Brésil et le Chili au cours des prochaines années. Les exportations américaines pour ce secteur ont bondi de 30 % de 2010 à 2011, (voir le graphique ci-contre) pour se chiffrer à 5,3 milliards $ US.

En réaction au boum des prix des grains suscité aussi par la crise économique et alimentaire de 2008, les producteurs de porcs américains ont concentré leurs efforts pour améliorer leur productivité. « Depuis quatre ans, les producteurs ont augmenté le taux de sevrage de 2 %, et obtiennent maintenant 10 porcelets par portée », a indiqué Caspers. Grâce à l'amélioration génétique, les éleveurs américains ont également augmenté le poids des animaux livrés aux abattoirs à près de 210 lb. Une plus grande quantité de viande livrée à l'abattoir a permis d'amortir les coûts fixes à la ferme.

Selon le producteur, les résultats de l'industrie porcine américaine cette année seront liés à plusieurs risques, dont : la santé économique intérieure et mondiale, le taux de change de la devise américaine, la taille des récoltes de maïs et de soya. Sans oublier le prix du pétrole, auquel est intimement lié le prix du maïs, surtout depuis que le petit grain jaune sert à fabriquer de l'essence. Devant une demande anémique en raison de la faiblesse de l'économie des États-Unis, Caspers prévoit que le pourcentage de la production américaine de porc destiné à l'exportation passera de 18 % en 2009 à 23 % en 2012, ce qui accentuera la domination états-unienne du marché mondial.


« Les Américains nous concurrencent comme jamais dans nos marchés d'exportation et ils nous rentrent dedans partout au pays! » a indiqué le directeur de Canada Porc International (CPI), Jacques Pomerleau. Si le Canada a enregistré des exportations records de 3,2 miliards $ en 2011, quelque 25 % du porc consommé au Canada provient majoritairement des États-Unis. Du jamais-vu! Établi à Ottawa, CPI regroupe les producteurs, les abattoirs et le Conseil des viandes du Canada. L'organisation a commandé une étude pour mettre au point une stratégie commune de défense. M. Pomerleau n'était pas en mesure de préciser quand cette étude sera prête.





Interviewé à l'aéroport Reagan, à Washington, sur la question des négociations du Partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership) juste avant qu'il ne s'envole vers Ottawa, le ministre de l'Agriculture du Canada a réitéré son appui à la gestion de l'offre. « Nous continuons d'appuyer fermement la gestion de l'offre dans le cadre de cette négociation. Pour le prouver, regardez nos antécédents en la matière! » a indiqué Gerry Ritz. Deux jours auparavant, un conférencier canadien, invité à la conférence sur les perspectives annuelles agroalimentaires du USDA, avait laissé entendre le contraire. « La Commission canadienne du blé est morte… Et il y a une brèche dans l'armure de la gestion de l'offre », avait soutenu Al Loyns devant l'auditoire. Appelé à clarifier son intervention, cet ancien professeur d'agroéconomie de l'Université du Manitoba avait expliqué que le Japon était le seul allié du Canada en matière de gestion de l'offre dans le cadre des négociations du Partenariat transpacifique. Le ministre Ritz ne participait pas à la conférence du USDA, mais était en visite dans la capitale américaine pour assister à une réunion internationale sur les grains.




John A. Noble, président de Noblehurst Farms, entreprise laitière comptant 8000 vaches dans l'État de New York.

« Nous envisageons de vendre de l'énergie produite à la ferme et de transformer notre lait en fromages », explique John A. Noble, pour contrer la crise récurrente qui bouleverse la planète laitière américaine. Président de Noblehurst Farms, ce producteur gère une ferme familiale de 1700 vaches et possède des intérêts dans quatre autres entreprises. En tout, son groupe gère 8000 vaches dans l'État de New York.

Le prix en yoyo du lait touche même les grandes entreprises laitières censées réaliser des économies de taille. En 10 ans, de 2000 à 2010, le nombre de troupeaux laitiers a fondu de près de la moitié aux États-Unis. Mais les troupeaux de plus de 1000 vaches ont doublé durant cette période, passant de 975 à 1680. Aujourd'hui, ces grands troupeaux produisent près de la moitié de tout le lait américain!

Le prix cyclique du lait, qui plonge tous les trois ans à moins de 12 $/100 lb, et la hausse vertigineuse du prix des grains réduisent les profits des fermes à quelques gouttes. À tel point que, cette année, le USDA envisage de déclencher un programme de subventions (Milk Income Loss Contract) pour venir en aide aux producteurs. Ce programme, évalué à 180 millions $ US en 2012, se traduirait par une aide de 25 000 $ US à la ferme de M. Noble. « Des peanuts », dit-il.





M. Noble montre du doigt le boum de l'industrie américaine de l'éthanol, fortement subventionnée, pour l'augmentation des coûts de production du lait. « On est rendu à exporter de l'éthanol au Brésil au lieu de produire du maïs à un prix raisonnable pour nourrir le cheptel américain. » Selon l'éleveur, le prix de 6 $ US le boisseau de maïs ajoute un supplément de 2,50 $ US aux coûts de production des 100 lb de lait. Ces coûts doublent s'il ajoute le prix du foin, des engrais, du diésel et des semences.

Pour se protéger des aléas du marché, le producteur fait du hedging à la Bourse de Chicago. Cette opération de couverture consiste à vendre des contrats à terme de beurre, de fromages ou de poudre de lait à un prix qui lui permet de couvrir ses coûts de production. Ce qui n'est pas toujours facile.

Envisagerait-il l'instauration d'un système de gestion de l'offre à la canadienne dans son industrie pour stabiliser son revenu? « Non. Nous sommes des cowboys individualistes », dit-il en riant. L'éleveur mise plutôt sur les exportations actuelles et futures de produits laitiers pour générer des revenus : « Cent millions de personnes dans le monde se joignent chaque année à la classe sociale moyenne. Et elles sont friandes de protéines laitières ».

M. Noble croit que les producteurs laitiers de l'est des États-Unis sont mieux placés pour répondre à la demande internationale que leurs confrères de la Californie ou du Texas, aux prises avec de très sérieux problèmes d'approvisionnement en eau. Toutefois, tous les producteurs américains doivent faire face à deux enjeux majeurs. D'une part, la disponibilité et la conservation d'une main-d'œuvre compétente – il croit que la robotisation des fermes va s'accentuer pour pallier ce problème. D'autre part, la difficulté de transférer ces méga-entreprises laitières valant plusieurs millions de dollars à la prochaine génération. Pour assurer le transfert de sa propre ferme, sixième génération en place, M. Noble a créé un groupe d'actionnaires en 1997. Ce groupe est aujourd'hui composé d'une trentaine de personnes, dont sa femme, ses trois enfants et des employés de confiance. « La gestion des bêtes, des champs et du personnel est la clé pour assurer la pérennité de nos entreprises. Il est essentiel de retenir les meilleurs talents », dit-il.


Contrairement à Ottawa, qui dénigre la véracité des changements climatiques et licencie des chercheurs, Washington se préoccupe au plus haut point des effets des changements climatiques sur l'avenir de l'agriculture américaine. Relevant directement du président Obama, le United States Global Change Research Program doit remettre un important rapport l'année prochaine.

On sait déjà que la croissance du bétail est compromise par un plus haut taux de CO2 dans l'air ambiant et que le maïs résiste mieux à la chaleur que le soya. La possibilité d'invasion d'insectes et de nouvelles maladies dans les régions où elles n'étaient pas présentes inquiète au plus haut point John D. Robinson, un producteur de 400 hectares de maïs de l'Illinois. « Si je trouve de la flétrissure bactérienne dans mon maïs, je brûle mes champs! » a-t-il lancé aux chercheurs en prenant le micro durant un atelier sur les stratégies pour minimiser les impacts des changements climatiques. Celui-ci avait lieu dans le cadre de la conférence sur les perspectives annuelles agroalimentaires du USDA.

Les producteurs de l'Illinois pratiquent tous le semis direct pour mieux conserver les sols, a indiqué M. Robinson. Toutefois, le producteur soupçonne les résidus de tiges de maïs de pouvoir abriter des bestioles et organismes nuisibles. Et il croit que le labour permet d'enfouir et de se débarrasser des envahisseurs. Le hic, explique-t-il, c'est que l'on ne trouve plus une seule charrue dans tout l'État! La stratégie qu'il préconise (le brûlage de ses champs) a fait sursauter les chercheurs, qui y voient un net recul dans la lutte contre les changements climatiques. Mais pour M. Robinson, il n'est pas question de risquer de perdre les trois quarts de sa récolte à cause d'une bactérie.



En 2011, Washington a fermé le robinet des subventions aux raffineurs (crédit de taxe d'accise) et fait sauter le tarif protecteur sur les importations d'éthanol. En vertu de la Loi sur la sécurité énergétique de 2007, les États-Unis sont obligés de produire 13,2 milliards de gallons d'éthanol maïs en 2012. Mais l'industrie est en surproduction (14,75 milliards de gallons), ce qui a fait plonger les prix de l'essence verte. Seule une augmentation de 10 à 15 % du mélange obligatoire éthanol-essence à la pompe peut relancer les prix de l'éthanol à la hausse.

À condition que les Américains utilisent leurs autos, ce qu'ils font moins à cause de la crise économique. Résultat : près de la moitié de l'éthanol surproduit (hors mandat) l'année dernière avait été exportée au Brésil. Mais cette année, les Brésiliens n'ont pas l'intention d'importer autant de biocarburant. Aussi, le USDA prévoit une baisse de 50 millions de boisseaux de maïs consacrés à la production d'éthanol en 2012.
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