Entretiens
Louise Dallaire
Afin de polliniser correctement une culture, les colonies d'abeilles fournies par un apiculteur doivent être de qualité. Certains printemps étant plus difficiles, les colonies sont souvent plus faibles. Il arrive donc que l'apiculteur doive jumeler des colonies afin de répondre aux besoins particuliers d'une pollinisation hâtive.

Collaborations spéciales

Sébastien Paradis,
agronome et agroéconomiste
Services agronomiques Paradis

Émile Houle,
technicien apicole
CRSAD

Domingos de Oliveira,
professeur et chercheur retraité
UQAM

La première pollinisation au Québec est celle du pommier, au début du mois de mai. On considère qu'une colonie commence à être réellement active en pollinisation lorsqu'elle possède un minimum d'environ six cadres complets d'abeilles. Par contre, plus la colonie est forte, plus elle est active, car dans une colonie en bonne santé, il existe un noyau d'abeilles de base qui sert principalement à l'entretien et à l'élevage. Ces abeilles ne sont pas encore des butineuses. Une colonie forte compte une proportion de butineuses plus grande. Par exemple, une colonie de 15 000 individus aura seulement 2000 butineuses, tandis qu'une colonie forte de 45 000 individus en aura environ 18 000 (F. Beauchesnes, 1980). Il est donc plus avantageux pour l'agriculteur de payer un peu plus cher pour louer des colonies fortes.

Dans certaines productions, comme le bleuet sauvage, le producteur s'attend à recevoir des colonies fortes. Au mois de juin, l'apiculteur doit donc fournir des colonies comptant en moyenne 12 cadres d'abeilles et 8 cadres de couvain (le couvain étant les cadres d'œufs et de larves qui deviendront de futures abeilles). Notez qu'il serait difficile de fournir des colonies aussi fortes pour la pollinisation du pommier au mois de mai. Une colonie a besoin de pollen pour nourrir son couvain. Les butineuses provenant d'une colonie qui contient de bonnes quantités de couvain ont ainsi tendance à récolter plus de pollen. Des travaux effectués en 2005 par Domingos de Oliveira, professeur et chercheur de l'UQAM maintenant à la retraite, ont permis entre autres de démontrer l'impact économique de la pollinisation par l'abeille au Québec. Cette activité représentait, en 2005, 88 millions $, et cela s'est accru depuis. Il a été démontré que des productions comme la pomme, la canneberge et les citrouilles sont attribuables à 90 % au travail de pollinisation des abeilles. Pour la production du bleuet sauvage, c'est 80 %. Ainsi, pour chaque dollar que la pollinisation rapporte en production de miel, elle en génère 14 en produits de toute sorte à la ferme.

Les pollinisateurs rendent de grands services aux plantes. En les pollinisant, l'insecte leur permet de produire des fruits, et ce service est aussi très profitable à l'insecte. Il lui permet de recueillir du nectar et du pollen. Le nectar est composé d'eau et de sucre, et une fois évaporé, il devient la principale source d'énergie de l'insecte. Le pollen, quant à lui, est son unique source de protéines, formées d'acides aminés – des molécules essentielles au maintien de la vie. La quantité de pollen et de nectar peut varier beaucoup d'une plante à l'autre. Pour combler ses besoins essentiels, un insecte pollinisateur devra butiner une diversité importante de fleurs.

Selon l'Institut de la statistique du Québec, en 2010, 25 % des revenus des apiculteurs ont été attribuables à la pollinisation. Celui qui décide de faire de la pollinisation doit assumer les frais liés au transport des colonies. Les périodes de pollinisation sont assez épuisantes pour cet éleveur d'insectes, le transport des colonies devant être effectué rapidement au cours de la nuit, lorsque les abeilles sont de retour dans les ruches. Il faut, par ailleurs, qu'il envisage des baisses de rendement en miel chez les colonies utilisées. Mais le prix de la location compense habituellement cette perte.

Trois principaux pollinisateurs sont offerts : le bourdon, l'abeille et la Megachile rotundata (abeille solitaire ou mégachile). Le producteur peut louer les colonies d'abeilles, mais il doit acheter les colonies de bourdons et les dômes ainsi que l'équipement pour les mégachiles.

Semaine des pollinisateurs
Du 18 au 24 juin


En visitant le site
www.pollinator.org, vous trouverez de l'information concernant l'implantation d'espèces végétales utiles pour les pollinisateurs dans l'ensemble des régions de l'Amérique du Nord. Consultez vos médias provinciaux et locaux pour vous tenir au courant des activités qui seront organisées au cours de cette semaine des pollinisateurs.

À titre d'exemple, dans le tableau ci-bas, on peut voir une comparaison de l'efficacité de ces trois types de pollinisateurs pour la pollinisation du bleuet sauvage. On peut conclure rapidement que le bourdon et la mégachile sont plus efficaces en pollinisation que les abeilles. Individuellement, c'est vrai. Un bourdon couvrira à lui seul 0,9 m2 (10 pi2), la mégachile 0,2 m2 et l'abeille, que 0,09 m2. Autrement dit, un individu pollinisera l'équivalent du nombre de fleurs contenues à l'intérieur de ces superficies.

Une grosse colonie de bourdons compte en moyenne 160 individus. Deux gallons de méga­chiles, à 100 % de cocons viables, contiennent 6600 femelles pollinisatrices. Une colonie d'abeilles de 30 000 individus contient en moyenne 7000 pollinisatrices. Ainsi, bien que l'abeille et la mégachile soient moins efficaces à l'unité, collectivement il en va tout autrement. Bref, pour obtenir la même « quantité » de pollinisation avec les bourdons, un producteur de bleuets devra dépenser entre 9 et 10 fois plus d'argent en colonies qu'avec des abeilles ou des mégachiles.

Lequel de ces deux pollinisateurs est le plus rentable dans une bleuetière? Si on se fie aux prix du tableau, la mégachile semble être plus abordable que l'abeille. Mais qu'en est-il de son efficacité au champ? Cet insecte est grandement influencé par la température et le temps qu'il fait. Il amorcera sa récolte de pollen à 22 °C. À part quelques années exceptionnelles, il est rare au Québec que l'on atteigne cette température pendant plus de quelques heures par jour au mois de juin. L'abeille, quant à elle, commencera son travail à 14 °C. La location de colonies d'abeilles est un peu plus coûteuse que l'achat de cocons de mégachiles. Par contre, sa sensibilité à la température et aux conditions de la météo fait de la mégachile un insecte qui remplit son rôle avec difficulté. L'abeille semble donc le meilleur choix pour effectuer une pollinisation efficace du bleuet sauvage sous nos conditions.

Depuis quelques années, on observe un déclin généralisé des populations de pollinisateurs un peu partout dans le monde. C'est pourquoi, depuis 2007, la North American Pollinator Protection Campaign (NAPPC) a mis en place la semaine des pollinisateurs, qui se déroulera cette année du 18 au 24 juin prochain. Cette semaine vise à sensibiliser la population à l'importance de préserver les abeilles domestiques, les oiseaux, les papillons et les autres insectes indigènes. Au Québec comme ailleurs, la survie et la santé des pollinisateurs passent par un usage plus rationnel des pesticides et par la remise en place d'une plus grande diversité végétale.

Comparaison des trois pollinisateurs
offerts pour la culture du bleuet sauvage

  Bourdon Abeille Mégachile
Couverture par individu en pieds carrés * 10
1 2,46
Nombre d'insectes requis/acre
1 623
16 277 6 600 femelles
Bourdons par quad (4 ruchettes)
160    
Butineuses/colonie d'abeilles de 30 000 individus
  7 000  
Mégachiles femelles pour 2 gallons à 100 % viables
    6 600 femelles
Température minimale de butinage (°C)
10 (pluie, vent)
14 19 (nectar)
22 (pollen)
Température maximale de butinage (°C)
31 (arrêt total)
34-35 (arrêt partiel)

Non disponible
Rayon d'action (m)
400*
1 000* à 3 500**
100*
Prix moyen ($)
265/quad (achat)
150/ruche-mère (location)
120/gallon + matériel (achat)
Unités requises et prix/acre
10,1/quads – 2 688,09 $ 2,3 colonies – 347,72$  
Unités requises si 100 % cocons femelles viables
    2 gallons – 240 $
Unités requises si 90 % cocons femelles viables
    2,2 gallons – 266,67 $
Unités requises si 70 % cocons femelles viables     2,9 gallons – 342,86 $

* University of Maine, Ministère de l'Agriculture du Nouveau-Brunswick, ** Travaux effectués au lac Saint-Jean
 
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