Entretiens
Chez Mathieu
Le regard allumé, toujours prêt à rire, Mathieu Couture a le sens de la famille. Issu d'une fratrie de 12 enfants, il aime se rappeler les grandes tablées où tous étaient réunis. Six garçons d'un côté, six filles de l'autre, bien alignés selon l'ordre des naissances. Avec les parents assis aux deux extrémités de la table nourricière.
L'administrateur au conseil de La Coop fédérée croit que son esprit coopératif lui vient de ces moments de partage du pain quotidien. « Malgré le nombre – et la turbulence! –, l'ordre régnait, se rappelle Mathieu. Mes parents n'étaient pas sévères, mais stricts. Tous étaient servis équitablement. Pas question de prendre la part de l'autre. On ne peut pas être individualistes quand on est 12 autour d'une table. » Tout comme au conseil de La Coop fédérée, où siègent 15 administrateurs.

Père de quatre enfants – les jumelles Audrée et Marie-Pier, 22 ans, Félix, 20 ans, et Patrick, 16 ans –, Mathieu revit avec Danielle, sa conjointe, ces instants précieux qui transpirent l'amour. « En comptant les copains et les blondes, on est souvent neuf à table le vendredi soir. Il y a quelques années, une bouteille de vin suffisait. Il en faut maintenant trois pour contenter tout le monde », dit-il avec le sourire. On discute ouvertement de tout, on se taquine, on rit beaucoup. Un pur bonheur pour cet homme intense et fébrile, de cœur et d'émotion.

« C'est un grand cœur sur deux pattes », lance son ami Jean Tanguay, qui a partagé un appartement avec lui lorsqu'ils étaient étudiants à l'Université Laval. « Quand il s'engage dans un projet, il se donne à fond. Avec sa famille et ses amis, c'est la même chose. Il y met toute son âme. »

Les études d'agriculture à l'Université Laval, de 1979 à 1983, sont des années marquantes pour cet agronome de formation, qui exploite aujourd'hui une ferme laitière avec Marie-Pier et un employé, Patrick Busque, dans le paysage vallonné de Saint-Éphrem-de-Beauce. « Ç'a été les plus belles années de ma vie », dit-il avec une étincelle dans les yeux. Quatre années de découvertes, de rencontres et d'amitiés.

Était-il engagé dans des causes? « Non, dans les partys! » dit en s'esclaffant ce fan de musique country. Blague à part, Mathieu, infatigable boute-en-train, que l'on surnomme affectueusement Matibou, collabore à mettre sur pied plusieurs activités : la Semaine de l'agriculture et le club de zootechnie, notamment, qui proposent aux étudiants des visites de fermes et d'expositions agricoles. Sportif passionné, grand admirateur du Canadien et des Expos, il n'hésite pas à chausser les patins, dès 5 h le matin, pour disputer une partie de hockey avec son équipe, Les Toupillons de bio-agronomie, avant d'aller à ses cours. Ou encore à écouter, en classe, à la radio, un match crucial de la série mondiale de baseball pendant que les profs dissertent devant les étudiants. À l'image de ses relations familiales, ses liens avec son groupe d'amis étaient très étroits. Et le sont toujours. Des amis auxquels il peut se confier sans détour.

« J'étais dans mon élément, et les gens qui m'entouraient étaient passionnés d'agriculture. J'ai beaucoup appris à l'école, mais tellement plus de toutes ces relations, dit-il. C'était aussi une forme de coopération, d'entraide et de partage. »

« Faire un travail d'équipe avec lui était toujours une expérience intéressante, indique son ami Simon Baillargeon. Il est un incroyable générateur d'idées et veut toujours comprendre les choses à fond. Il a de l'ambition et des rêves. Aujourd'hui, son rêve, c'est de faire progresser la coopération. Mathieu fait partie de ce véritable cercle d'amis qu'on garde toute une vie. »

Après ses études, il est embauché comme expert-conseil à la coopérative de Saint-Casimir. Il y travaille une année et s'ouvre à de nouvelles façons de faire. Les contacts avec les producteurs l'enrichissent, et il emmagasine un bagage d'information qui lui sert encore.

Jean-Yves Lavoie l'a accompagné sur la route lors d'un stage dans le cadre de ses études. « C'était un feu roulant, se rappelle le directeur général de Groupe coopératif Dynaco. Il faisait tout à la course, mais de façon précise et efficace. Il avait réussi en peu de temps à établir une grande proximité avec les producteurs. Il m'a beaucoup inspiré. Je me suis dit : c'est comme ça que je veux travailler. »

Ces expériences à l'extérieur de la ferme familiale confortent ses convictions. Mathieu, qui a horreur de la routine, a toujours su qu'il vivrait d'agriculture et de coopération. Son père, Jean-Philippe, décédé en 1998, a été un des membres fondateurs de La Coop Alliance. « La coopérative est à deux minutes de la ferme, dit Mathieu. Elle est bâtie sur des terres nous ayant déjà appartenu. L'engagement, je l'ai un peu dans les gènes. »

« Ne vous demandez pas ce que votre coopérative peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre coopérative : cela résume bien l'attitude de Mathieu par rapport à la coopération », dit son frère Philippe.

L'expérience coopérative
En 1992, à 30 ans, Mathieu est nommé administrateur à La Coop Alliance. En 1998, il accède à la présidence, poste qu'il occupe toujours. En 2011, il est élu au conseil d'administration de La Coop fédérée. « L'appui de ma famille m'a permis de m'impliquer l'esprit tranquille », souligne-t-il.

Lorsqu'il siège, il revit l'esprit de ses années d'étudiant. « On est une gang de personnes impliquées, qui aiment le milieu et le travail avec les producteurs, dit-il. Oui, tu parles de profits, c'est important, mais tu parles aussi de l'humain. »

Mathieu s'occupe de la relève agricole depuis de nombreuses années. Il a contribué à mettre sur pied le Cercle des jeunes ruraux de sa région. Il a été président de la Société d'agriculture et de l'Expo agricole de Beauce, où il a initié ses enfants à l'exposition. Il participe encore, en famille chaque fois, aux expos de Saint-Isidore et de Saint-Honoré-de-Shenley. Enfin, il est président de la Table de concertation de la jeunesse rurale du Québec qui rassemble l'association 4-H, l'Association des jeunes ruraux et la Fédération de la relève agricole du Québec. « En 2013, on souligne les 100 ans de la jeunesse rurale au Québec », dit-il avec fierté.

Vivre et laisser vivre
Mathieu et Danielle ont montré à leurs enfants le bon côté de l'agriculture, faisant la preuve que l'on peut s'y épanouir et y mener une vie bien remplie. « Malgré son côté un peu distrait et désordonné, mon père a su orchestrer agrandissements, rénovations et investissements pour que l'entreprise soit transférable », dit Marie-Pier. La Ferme Counard compte 250 hectares en culture, 150 sujets Holstein, dont 80 vaches laitières, et un quota de 80 kg. Ce dernier a été multiplié par six depuis que Mathieu s'est établi, en 1984.

Danielle, qui a longtemps travaillé dans l'hôtellerie, a toujours su faire un accueil chaleureux et généreux aux amis et à la parenté. L'équilibre travail-famille est, pour elle, un incontournable. Elle a appuyé Mathieu sans réserve dans ses projets d'entreprise, mais combien elle a dû insister avant qu'il n'ose se permettre une journée de repos! Grâce à Danielle, les choses ont évolué. L'été, c'est maintenant une tradition, toute la famille – les blondes et les copains aussi – file à Old Orchard pour cinq jours de bon temps au bord de la mer. Rien de tel pour retrouver son calme. L'hiver – encore une tradition –, tous se rassemblent pour un week-end de ski.

Félix a terminé cette année ses études à l'ITA et souhaite poursuivre sa formation à l'université, en agriculture. Il intégrera l'entreprise d'ici quelques années. L'objectif est de hausser le quota à près de 100 kg, de manière à ce que la ferme puisse faire vivre chacun et que le bel esprit qui les anime soit gardé bien en vie. Quant à Audrée, qui étudie à l'Université de Sherbrooke pour devenir enseignante en adaptation scolaire, et à Patrick, très doué pour le théâtre et l'improvisation, ils ont toujours donné un bon coup de main à la ferme et aux expositions.

Inspirant et inspiré
Le dynamisme de Mathieu en a inspiré beaucoup. Ses amis louangent sa bonne humeur, sa générosité, son ouverture d'esprit, sa façon positive de voir les choses. Vincent McConnell, un compagnon de classe, a mis sur pied il y a 12 ans une érablière de 500 entailles dans l'Outaouais, au profit d'une école de la région et que les enfants exploitent. « Elle est modelée sur celle de la famille de Mathieu, que j'ai visitée avec toute la bande d'amis lorsque nous étions à l'université », dit-il.

Bernard Lessard, longtemps directeur général de La Coop Alliance, a été en retour une source d'inspiration pour Mathieu. « Au début des années 1980, la coopérative n'avait plus d'avoir, rappelle ce dernier. Bernard l'a remise sur pied en travaillant sans coup d'éclat, en allant de l'avant, avec persévérance. C'est ce que je fais dans mon entreprise et dans les conseils où je siège. »

« On est tous là pour les producteurs et la relève, dit-il. Je veux bien gérer La Coop Alliance et La Coop fédérée, tout comme ma ferme, pour transmettre à la prochaine génération des entreprises en bonne santé et viables. » Homme d'action, tourné vers l'avenir, Mathieu n'oublie pas pour autant ses racines. « J'admire ceux qui nous ont précédés. Ils ont travaillé très fort pour bâtir et nous léguer ce que nous avons entre les mains. Je pense entre autres à ma grand-mère, qui est pour moi une véritable héroïne. À la mort de mon grand-père, elle a élevé seule neuf enfants tout en s'occupant de la ferme… On ne peut pas dilapider l'héritage des générations précédentes. »

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