Entretiens
La star de Montmagny
La Coop Montmagny a remporté le titre Étoile-Coop 2012 pour s'être démarquée notamment sur le plan environnemental et pour les bonnes relations qu'elle entretient avec ses membres et ses employés. Portrait d'une petite coopérative qui joue la grande star.
« Nous avons été deux fois finalistes avant de gagner le premier prix », souligne Jérôme Landry, président de cette coopérative depuis deux ans et demi et administrateur depuis 12 ans. « Ce qui nous démarque, c'est l'important sentiment d'appartenance des membres », précise-t-il, en ajoutant qu'ils sont 150 membres-producteurs et que les deux tiers assistent régulièrement aux assemblées annuelles. « Un taux de participation élevé par rapport à la moyenne des coopératives du réseau », admet Daniel Pelletier, conseiller en gestion à La Coop fédérée.

La Coop Montmagny compte également près de 1000 membres auxiliaires.

Jérôme Landry a remplacé Simon Painchaud lorsque celui-ci est décédé subitement, en octobre 2009. M. Painchaud a joué un rôle important à une période où les relations avec les membres n'étaient pas aussi harmonieuses qu'elles le sont aujourd'hui. Il avait un talent de rassembleur. Ce n'est pas pour rien qu'il a été reçu membre de l'Ordre national du mérite coopératif et intrônisé au Temple de la renommée de l'agriculture du Québec.

Quant à l'ensemble du conseil d'administration, il est composé de cinq personnes, dont une femme. Tous sont âgés de moins de 45 ans. « Le dynamisme de cette jeune équipe de dirigeants est un atout, ajoute Daniel Pelletier. Ils ne s'assoient pas sur leurs lauriers. »

Denis Fournier, directeur général depuis 2007 – un autre jeune : 42 ans! –, raconte d'entrée de jeu que La Coop Montmagny a commencé le projet Chrysalide avant les autres. « À mon entrevue d'embauche, dit-il, on m'a demandé ce que je ferais avec la meunerie. » Il a répondu qu'il la fermerait pour trois raisons : le volume de production trop bas, la nécessité de faire des rénovations très coûteuses et l'avantage d'être situé à quelques kilomètres seulement de la meunerie provinciale de Saint-Romuald.

Lorsqu'il arrive en poste, il entend parler du projet d'optimisation des meuneries (qui deviendra Chrysalide). Cela lui confirme que son avis était le bon. L'idée fait son chemin au sein du conseil d'administration. À peine un an plus tard, la meunerie est fermée et le bâtiment est converti en entrepôt.

Chrysalide a aussi entraîné le regroupement des équipes de ventes pour les secteurs lait, végétal, porc et volaille, ainsi que la rationalisation du transport.

La petite histoire

Située à quelque 80 km à l'est de Québec, La Coop Montmagny existe depuis plus de 60 ans. Elle enregistre un chiffre d'affaires d'un peu plus de 10 millions de dollars. Son activité la plus importante est le secteur quincaillerie et matériaux, qui représente 50 % des ventes annuelles. Elle possède deux établissements dans ce secteur, l'un à Montmagny et l'autre, acquis il y a trois ans, à Cap-Saint-Ignace. Ces deux localités voisines comptent respectivement 12 000 et 3000 habitants.

La coopérative est aussi active dans les secteurs du pétrole, des productions végétales (intrants à la ferme) et des productions animales (commercialisation des grains et élevages de volaille). Elle offre en plus des services de PAEF, de pulvérisations à forfait et d'application de la solution azotée Solaz 32.

Au cours des dernières années, les dirigeants ont dû prendre des décisions aux conséquences parfois risquées. Comme celle de construire un nouveau bâtiment pour la quincaillerie, en 2003. En cours de construction, ils apprennent que le terrain est contaminé. Au lieu de tout arrêter, ils enclenchent des démarches auprès de l'ancien propriétaire, dont les activités ont entraîné cette contamination. Le litige se règle à l'amiable… en 2011. Le pollueur reconnaît sa faute.



Frédérique Bouchard-Paré, contrôleur; Denis Fournir, directeur général, et (assise) Lucie Godbout, adjointe administrative.

Mais une poursuite judiciaire de huit ans laisse des traces. Pendant ces années, les prêteurs ont réduit leurs risques en retenant une partie du financement, soit 400 000 $. La coopérative a dû assumer cette valeur comptable, en plus des frais occasionnés par les recours. Elle s'est donc toujours maintenue à flot, mais n'a jamais eu de marge de manœuvre pour investir et se développer, et ce, bien que la nouvelle quincaillerie ait fait doubler le chiffre d'affaires en moins de 10 ans.

En 2008, les dirigeants convoitent la quincaillerie de Cap-Saint-Ignace. Forts de l'expérience de Montmagny, ils font rapidement inspecter le terrain. Heureusement, car son sol est aussi contaminé. Le processus n'étant pas très avancé, ils acquièrent seulement les stocks et louent le bâtiment. « Ainsi, lorsque nos résultats le permettront, nous pourrons choisir de rester à cet endroit ou de nous installer sur la route principale », commente le directeur général.

Sara Lemieux et Margot Deschênes sont les deux décoratrices de la Boutique Inov.

Toute cette histoire de sol contaminé n'a rien de très gratifiant pour cette coopérative qui aime faire les choses correctement. Mais un important projet risque de changer la donne. « Nous avons l'intention de valoriser le compost produit par le IGA Coop de Montmagny », explique Denis Fournier. Ce sont plus de 2250 kg (5000 lb) par semaine que l'épicerie génère et qui pourraient être commercialisés. « Nous sommes à la recherche d'une façon d'offrir ce produit sans devoir l'ensacher, ajoute-t-il, car nous n'avons pas d'installation d'ensachage dans la région et nous voulons réduire le transport au minimum. » Le projet est encore à l'étape embryonnaire, mais Denis Fournier parle déjà de composter le fumier de l'élevage de poulets de la coopérative.

Des employés stables
Transparence, bonnes communications, programme d'accueil des nouveaux employés, politique de qualité de vie au travail : les employés, au nombre de 26, sont bien traités, et ça se voit par leur stabilité et... leur sourire. « Ça fait 17 ans que je travaille à la coop », lance Marie-Claude Thibodeau, commis senior à la quincaillerie. Quant à René St-Pierre, à la quincaillerie et aux matériaux, il y travaille depuis 15 ans. Auparavant, il a été employé d'une autre coopérative du réseau pendant 21 ans. Guylaine Lacroix, caissière, compte 9 ans d'ancienneté.

Dans la foulée des regroupements, la coopérative a gardé un seul livreur et homme à tout faire : Germain Moreau. Il compte 15 années de service. Germain était d'accord dès le début avec le projet Chrysalide, raconte-t-il. « Ça avait plein de bon sens, mais c'est sûr que c'est une adaptation pour tout le monde. » Ce projet l'a mené à changer ses façons de faire. « On organise mieux nos déplacements. Au lieu d'aller deux ou trois fois chez un client, je planifie mieux pour y aller une seule fois. »

Samuel Pelletier, âgé de 29 ans, est directeur de tout le secteur quincaillerie. Employé depuis neuf ans, il aime l'orientation du conseil d'administration, qui vise le développement, et la philosophie des dirigeants, qui « aident les employés à réaliser leurs défis ». Visiblement, Samuel veut des défis. C'est pour cette raison qu'il a été nommé responsable de tout le secteur quand la coopérative a acquis Cap-Saint-Ignace. Depuis, pour l'aider, on a nommé une gérante à Montmagny, Anik Bibeau, qui, sous sa responsabilité, veille aux activités de cette succursale.

Samuel reconnaît que la concurrence est féroce, en raison de l'accessibilité des produits par Internet et d'une génération de consommateurs qui cherchent d'abord le meilleur prix. « Il faut être up to date », dit-il pour signifier que la coopérative doit s'adapter aux consommateurs.



Gouvernance et engagement
dans le milieu

Pour le conseil d'administration et la direction générale de la coopérative, le suivi des règles de bonne gouvernance est une priorité. « Dans un monde où les scandales de toutes sortes éclaboussent la réputation de dirigeants et d'organisations, disent MM. Landry et Fournier, il devient important de sécuriser nos membres en ayant une conduite irréprochable, en étant des modèles et des références en la matière. »

La Coop Montmagny est bien connue dans sa région. Lorsque Le Coopérateur l'a visitée, ce fut d'ailleurs une surprise de voir que les installations étaient loin de la route principale. Au moment de construire la nouvelle quincaillerie, « nous aurions bien aimé nous installer sur la 132 », souligne l'ex-directeur général, Michel Delisle. Toutefois, les loyers y sont beaucoup plus chers, trop chers pour la coopérative. « Ça fait bizarre de dire cela, mais si nous avions connu l'avenir et tous les coûts que la poursuite allait entraîner, raconte l'actuel directeur général, nous aurions pu construire sur la 132. »

La coopérative investit beaucoup dans la collectivité, notamment dans les activités sportives pour les jeunes, les écoles, les parcs, la santé, l'éducation. Le maire, Jean-Guy Desrosiers, qui est aussi préfet de la MRC, la considère comme une partie importante du développement de Montmagny : « Elle soutient le milieu et contribue à son essor économique. »

À titre d'exemple, par l'entremise du Fonds d'intervention économique régional (FIER), La Coop Montmagny a aidé un groupe d'employés de Whirlpool, entreprise qui a fermé ses portes en 2004, à se regrouper en coopérative de travail pour mettre sur pied une imprimerie, Les Presses du fleuve.

L'équipe de la quincaillerie de Cap-Saint-Ignace. Samuel Pelletier (deuxième à partir de la droite) dirige le secteur.

Mentionnons que Montmagny est une ville où les entreprises coopératives sont très présentes. En plus de La Coop Montmagny et du IGA, il y a les caisses Desjardins, un camping, une imprimerie, une compagnie d'assurances et un journal coopératifs. Bref, c'est suffisant pour qu'on ait érigé la fontaine de la Coopération dans un parc de la ville.

L'Année internationale des coopératives sera célébrée en grand durant la Semaine de la coopération. Les activités regrouperont toutes les coopératives de la MRC de Montmagny, ce qui inclut La Coop Rivière-du-Sud et La Coop Île-aux-Grues, qui font partie du réseau. « Nous préparons une mégafête pour montrer au monde le dynamisme économique des coopératives de la MRC, expliquent le directeur général et le président, et surtout pour faire connaître l'ampleur de ce mouvement au sein de notre collectivité. » Une bonne occasion pour La Coop Montmagny d'élargir la communauté des grandes stars.
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