Lait
Les génisses
Doit-on considérer l'alimentation des génisses comme une dépense ou un revenu ? On peut tenter de réduire les coûts ou encore d'investir durant leur période de croissance en anticipant un revenu futur. Le problème, c'est que l'impact de la décision choisie ne sera visible que deux ans plus tard !
Comme bon gestionnaire, il est normal de vous poser la question. À l'aide des résultats de plusieurs recherches, vous constaterez qu'il est avantageux d'investir principa­lement dans la première phase de la croissance. Il est démontré que les génisses, qui ont un gain de poids supérieur en présevrage, produiront aussi plus de lait une fois en lactation si on les nourrit mieux durant la première phase de croissance et vous offriront ainsi une meilleure rentabilité.

Objectif : un vêlage à 24 mois
Le principal avantage de réduire l'âge au vêlage est d'amener nos taures à générer des revenus le plus rapidement possible, tout en réduisant les coûts d'élevage. Cependant, pour y arriver, il existe plusieurs options – tous les chemins mènent à Rome –, mais qui impliquent des durées et des coûts différents et une renta­bilité qui variera selon l'option choisie.

Le colostrum
La pierre angulaire pour la santé et le développement des génisses est la régie du colostrum. Des recherches ont démontré qu'une plus grande quantité de colostrum ingérée durant la première heure suivant le vêlage favorisait une plus grande production de lait une fois les génisses en lactation. Cela serait possiblement la conséquence d'une réduction des désordres digestifs et respiratoires pour les génisses ayant plus d'anticorps (IgG) dans le sang.

10, 20 ou 30 % du poids vif en lait ?
Le juste milieu ?

Des recherches effectuées à l'université Cornell avec une quantité de lait servie correspondant à 20 % du poids vif par jour ont démontré que davantage de lait en bas âge favorisait un gain de poids plus élevé avant le sevrage, de même qu'un vêlage plus hâtif si le sevrage et l'alimentation post-sevrage étaient adaptés à cette croissance rapide.

Le réseau La Coop, grâce à son association avec le réseau Cooperative Research Farms (CRF) et à son étroite collaboration avec ses chercheurs, a été le premier au Canada à formuler une alimentation basée sur la croissance accélérée avec son programme XLR. Ce programme s'appuie sur la distribution de huit litres par jour d'un lactoremplaceur riche en protéines et en acides aminés et faible en gras. Le lactoremplaceur stimule la consommation d'aliments secs, et ce, en dépit de l'importante quantité de lait servie. On introduit ensuite des aliments secs spécialement formulés pour soutenir le maintien de ce gain de poids en présevrage. Il a été démontré qu'il était rentable d'investir dans l'alimentation de cette période de croissance pour obtenir de meilleurs revenus une fois en lactation.

D'autres recherches du réseau CRF comparant un programme traditionnel avec un programme accéléré de croissance de la naissance au vêlage ont confirmé les résultats des chercheurs de l'Université Cornell. Ceux-ci démontrent que les veaux qui ont le plus important gain de poids avant le sevrage produiront aussi le plus de lait une fois en lactation. La bonne santé d'un jeune animal plus « costaud » en bas âge, ayant moins de troubles digestifs et pulmonaires, n'est pas étrangère à ces meilleures performances.

La question qui tue : y a-t-il un avantage à investir encore plus durant cette période critique de présevrage, par exemple en donnant encore plus de lait – soit jusqu'à 30 % du poids vif de l'animal ? Aucune étude publiée en Amérique du Nord dans des revues scientifiques n'en corrobore les effets positifs sur la production future.

Avec une quantité de lait aussi élevée, il faut penser qu'il faudra un jour sevrer la génisse et bien la préparer à consommer des aliments secs, sinon elle pourra avoir des comportements déviants comme l'« intertétage »(inter sucking). Ce phénomène se produit lorsque les génisses ingèrent une quantité trop faible d'énergie digestible, soit en raison d'une consommation insuffisante de lait ou d'une consommation trop faible d'aliments solides attribuable à l'ingestion d'une quantité trop élevée de lait. Une telle situation ne favorisera pas une consommation suffisante d'aliments solides au moment du sevrage. Les extrêmes sont toujours plus difficiles à gérer !

Préparer et développer le rumen

Avec une alimentation lactée seulement (photo de gauche), on remarque qu'il n'y a pas de développement au niveau des papilles du rumen et du réseau (nid d'abeille), qui sont très lisses par manque de stimuli et d'acides gras volatils (AGV). Avec une alimentation lactée et des concentrés (photo de droite), on constate qu'il y a un développement important des papilles du rumen et du réseau, qui forment alors un « tapis » grâce à la stimulation des AGV, fruit des fermentations ruminales.

Source : Université de Pennsylvanie

Avec une nursette qui contient des aliments secs que le veau peut téter après le repas de lait, et de l'eau à volonté, on favorise ainsi le développement du rumen.

Il faut préparer le rumen à graduellement devenir une « cuve de fermentation ». On doit se rappeler que le lait servi contournera – ou court-circuitera – le rumen grâce à la gouttière œsophagienne et ira directement à la caillette pour y être digéré. Or, pour favoriser les fermentations ruminales, il faut de l'eau et de la chaleur, des éléments nécessaires à la multiplication des bactéries. Évidemment, si la génisse reçoit d'importantes quantités de lait, elle consommera moins d'eau et le développement du rumen sera alors retardé. Cela entraînera un sevrage plus tardif, le temps que la génisse commence à boire suffisamment d'eau et à consommer des aliments secs riches en éléments nutritifs pour elle et les bactéries de son rumen. Cela pourra alors équivaloir à une période plus longue d'aliments lactés. Avec la consommation d'aliments secs, la circulation sanguine s'activera au niveau du rumen et les papilles se développeront, principalement au contact des acides gras volatils comme l'acétate, le propionate et, tout particulièrement, le butyrate.

Idéalement, une génisse qui boit de l'eau et consomme des aliments commencera à ruminer vers l'âge de trois semaines. Cela lui donne encore quatre semaines supplémentaires pour mieux se préparer et consommer la quantité cible de 1 kg d'aliments pour veaux durant trois jours consé­cutifs. Il s'agit d'un critère à respecter pour effectuer un sevrage en douceur. Il faut également servir à volonté du foin sec de graminées de deuxième coupe ou plus dès le plus jeune âge.

Ce n'est pas parce qu'on gagne le 100 m (poids-cible à 3 mois) qu'on gagne nécessairement le 800 m (poids visé à 24 mois). Entre les deux, il y a le gain compensatoire pour les génisses dont le rumen est mieux préparé comparativement au ralentissement de gain post-sevrage des génisses qui ont reçu plus de lait. Une étude a démontré que les génisses qui avaient aussi eu le plus de gain après le sevrage étaient celles qui avaient produit le plus de lait une fois en lactation.

Pour stimuler la consommation d'aliments secs, la nursette est un outil indispensable. Elle permettra à la génisse après la buvée d'« inoculer » son rumen avec des aliments secs qui, combinés à l'eau, favoriseront les fermentations ruminales et le développement des papilles. Ces dernières, à leur tour, donneront un coup de pouce à la digestion de la fibre. La boucle est bouclée pour notre jeune ruminant !

Le Totalveau
Cet aliment est issu d'un concept unique à CRF et basé sur 38 recherches impliquant ce type d'aliment. Il ne s'agit pas d'un aliment comme les autres, puisque le Totalveau est un aliment complet. Il contient à la fois la fibre, les acides aminés et l'énergie nécessaires au développement des génisses jusqu'à 150 kg de poids vif. Il permet de le faire de façon uniforme et avec simplicité, afin de leur donner un excellent départ, tout en minimisant la charge de travail du producteur.

Les systèmes d'abreuvement hybrides (à flotte et à bouton pressoir) facilitent l'adaptation des veaux au système dont ils disposeront après le sevrage. Cela réduit le stress du sevrage et les risques de troubles reliés à ce stress, comme la coccidiose.



Environnement, conduite d'élevage
et génétique

En plus de l'alimentation et la génétique, il ne faut pas oublier l'importance que revêt l'environnement. La ventilation, la litière avec le facteur de nidation ainsi que la génétique influenceront le potentiel de croissance des génisses dans le but d'atteindre l'objectif d'un vêlage à 24 mois au poids désiré pour la race de la bête.

Des pas de géant avec Goliath
La maîtrise des facteurs discutés plus haut contribuera à réduire l'âge au vêlage tout en obtenant des performances à la hauteur de vos attentes. Ainsi, un programme d'élevage adéquat vous aidera à tirer plus rapidement des revenus de vos taures.
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