Mise en marché
Oléagineux
Comme la plupart des denrées agricoles, le prix des oléagineux – tels que le soya et le canola – se maintient à des niveaux sans précédent depuis quelques années. C'est vrai même lorsque les prix sont exprimés en termes réels pour corriger l'impact de l'inflation. On est loin des creux observés au tournant des années 2000. Voici un bref tour d'horizon des perspectives de ce secteur.
Pour le futur, l'ensemble des signaux pointent dans la même direction. Les principes à l'origine des prix actuels devraient rester : croissance économique et démographique des pays émergents, biocarburants, limite de nouvelles terres arables, gains de rendement au ralenti, faibles niveaux des stocks…

Une demande vigoureuse
Sans aucun doute, la croissance économique vigoureuse de plusieurs pays émergents, en parti­culier du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), a largement influencé les prix agricoles au cours des dernières années, dont ceux des oléagineux. La raison en est fort simple. Chaque année, 70 millions de nouvelles personnes (deux fois la population du Canada) se joignent au rang de la classe moyenne dans ces régions. Cet enrichissement crée un changement de régime alimentaire. Leur alimentation tend à se rapprocher de celle des pays développés : plus de calories, de viandes, d'huiles végétales et de produits laitiers.

Et le secteur des oléagineux profite largement de la vague. Dans les pays du BRIC, leur consommation a doublé en 10 ans, passant de 75 à 150 millions de tonnes par an, tandis qu'elle stagnait en Europe et aux États-Unis. La demande a été forte pour les deux produits issus de la trituration des oléagineuses : le tourteau pour combler l'expansion de l'industrie de l'élevage, et l'huile végétale pour l'alimentation humaine et le biodiésel.

D'ailleurs, l'huile végétale figure parmi les denrées agricoles ayant connu la plus forte hausse de consommation durant les années 2000, avec des gains annuels de l'ordre de 5 %. Non seulement la consommation par habitant augmente dans plusieurs pays très populeux mais, en plus, l'industrie du biodiésel est en pleine expansion. Plus de 10 % de l'huile végétale dans le monde est maintenant utilisée comme biodiésel. L'Union européenne en est le principal utilisateur, avec les deux tiers de la consommation mondiale (10 milliards de litres par année).

Tant que la croissance des pays du BRIC se poursuivra à la cadence actuelle, la pression sur la demande devrait se maintenir pour les oléagineux. Mais selon la FAO et le Département américain de l'Agriculture, les produits de la trituration ne suivront pas le même rythme de croissance. La demande sera plus forte pour l'huile végétale que pour le tourteau. L'écart de prix entre ces deux produits devrait donc s'accentuer à l'avantage de l'huile.

En effet, la croissance du marché des huiles végétales, principalement l'alimentation humaine et le biodiésel, devrait poursuivre sur sa lancée des dernières années. Entre autres, la consommation de biodiésel en Europe devrait doubler d'ici 2020.

Ce n'est pas le cas du tourteau, où l'on prévoit un ralentissement. D'une part, l'industrie de l'élevage, principal débouché du tourteau, a ralenti son expansion dans plusieurs régions productrices à cause des coûts élevés d'alimentation. D'autre part, le tourteau doit concurrencer des produits de remplacement, comme la drêche de distillerie. C'est ainsi que l'utilisation totale de tourteau de soya, aux États-Unis, a baissé en moyenne de 2 % par année depuis le milieu des années 2000.

Des superficies agricoles limitées
La production de graines oléagineuses est dominée par un petit nombre d'acteurs. Le trio États-Unis–Brésil–Argentine produit la moitié des oléagineux et accapare près de 90 % des exportations de soya et de ses produits dérivés. La production canadienne représente moins de 5 % du tonnage mondial, malgré le fait que le canola y soit la deuxième culture en importance après le blé, avec plus de sept millions d'hectares.

Les défis pour combler la demande future ne manquent pas. Les superficies cultivées pour les céréales et les graines oléagineuses plafonnent depuis plusieurs années dans les pays agricoles dits « traditionnels », comme les États-Unis et l'Europe. C'est surtout en Amérique latine, principalement en Argentine et au Brésil, où les superficies cultivées ont augmenté dans la dernière décennie. Il y reste d'ailleurs plusieurs millions d'hectares potentiels à cultiver, tout comme dans la région de la mer Noire. Toutefois, le coût d'exploitation de ces nouvelles terres est plus élevé et leur mise en culture ne se justifie que si le prix des grains est élevé.

Prenons l'exemple du Brésil. Les régions actuellement productrices de soya se retrouvent dans le sud du pays, dans les zones plus rapprochées de l'Atlantique. Les possibilités d'expansion se situent de plus en plus à l'intérieur du continent. À cause des infrastructures, le coût de transport des grains (surtout par camion et par train) devient un frein à l'expansion. Ainsi, dans la province de Mato Grosso, où se produit le plus de soya brésilien, les coûts de transport représentent en moyenne 100 $ la tonne et peuvent atteindre 150 $ la tonne.

Si on veut répondre aux besoins de la population mondiale, qui atteindra le cap des neuf milliards en 2050, les gains de productivité devront compenser les superficies limitées de terres arables. Mais les gains de rendement du soya ne suivent pas la même cadence que ceux du mzaïs aux États-Unis. Ils ont même tendance à plafonner depuis quelques années. Si cette tendance se maintient, cela ne peut que contribuer à mettre de la pression à la hausse sur le prix.


Une volatilité accentuée par
de faibles stocks

Les stocks de grains et d'oléagineux sont histo­­­riquement faibles. Le ratio stock : utilisation se situe au même niveau qu'au milieu des années 1970, époque où le prix des denrées agricoles avait atteint un sommet.

Des gains de production sans précédent ont pourtant été réalisés au cours des dernières années. Et cette tendance se poursuit. Les signaux positifs du marché font en sorte que, cette année, 935 millions d'hectares seront consacrés à la culture de céréales et d'oléagineux dans le monde. Une première !

Malgré cela, la FAO ne prévoit pas de redressement du ratio stock : utilisation dans un proche horizon, à cause de la vigueur de la demande. Les marchés devraient donc continuer d'être nerveux. Une situation à laquelle il faudra vraisemblablement s'habituer… 
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