Entretiens
« Rien à perdre, tout à gagner » « Rien à perdre, tout à gagner » « Rien à perdre, tout à gagner »
Le Ve Congrès mondial des agronomes* se tiendra à Québec du 17 au 21 septembre. Le thème choisi cette année est « Nourrir le monde », un sujet qui n'interpelle pas que les agronomes. C'est pourquoi tous ceux qui sont concernés ou intéressés sont invités à y participer. Pour souligner la tenue de cet événement, Le Coopérateur agricole présente une série d'entrevues, notamment avec des agronomes qui nous font part des causes qu'ils ont défendues, des enjeux auxquels ils doivent faire face et des défis qui les attendent, ainsi que les faits saillants de la petite histoire de l'Ordre des agronomes du Québec.

Première femme     agronome au Québec

Le Coopérateur agricole Qu'est-ce qui vous a poussée vers cette discipline?
Hélène Alarie Je ne suis pas née dans une ferme, mais mon père, Albert Alarie, était agronome, enseignant, spécialiste des sols et très « bio » avant le temps. Il a été un guide, presque spirituel.
La matière organique, j'ai vécu avec ça! J'étais très intéressée par la biologie et la médecine.
J'ai commencé à La Pocatière, puis terminé à l'Université Laval. Je trouvais ça tellement agréable! L'agriculture touchait une foule de domaines. On n'était pas obligés de se spécialiser dès le départ. On pouvait être des touche-à-tout, un tempérament que j'avais. Pour une curieuse, c'était parfait.
CA Quel accueil avez-vous reçu dans un milieu alors essentiellement masculin?
HA Avec les gars et les professeurs, ça s'est très bien passé. Et puis, il n'y avait rien de désagréable à être entourée de garçons. J'ai bien aimé ce milieu-là. Je n'ai que de bons souvenirs.

CA Avez-vous inspiré d'autres femmes à faire de même?
HA Où je crois avoir inspiré le plus de filles, c'est quand j'ai enseigné la biologie au secondaire, au cégep de Sainte-Foy, puis à la Faculté d'agriculture d'Alger, pendant trois ans. Beaucoup m'ont dit : « On a fait agronomie à cause de vous. Vous aimiez tellement ce que vous faisiez. » Je leur faisais partager mon cheminement et mes expériences personnelles. Ça m'a plu énormément de savoir ça.

CA Cette expérience à l'étranger vous a-t-elle sensibilisée à l'agriculture mondiale?
HA Ça sensibilise à beaucoup de choses. Je n'avais que 27 ans à l'époque, dans les années 1970. J'ai eu des étudiants vraiment intéressants. Les Algériens avaient des connaissances très poussées en viniculture et viticulture et en œnologie. J'avais vu là de belles connaissances à transmettre ici. J'ai plus tard fondé une association Canada–Algérie quand j'étais à Ottawa. Les agronomes n'ont pas à hésiter à s'ouvrir sur le monde.

CA Comment la pratique de l'agronomie a-t-elle changé depuis votre entrée à l'OAQ?
HA Il y a plusieurs années, en remettant un prix à des étudiants, je leur ai dit que les trois quarts des cours qu'ils suivaient n'existaient même pas quand j'étudiais. On parlait très peu d'horticulture légumière et aucunement d'horticulture ornementale. C'était avant l'avènement des moyens techniques et des ordinateurs. Aujourd'hui, c'est un monde absolument différent. On fait en 10 minutes une expérience qui nous prenait 10 jours à l'époque. Mais ça demeure une science basée sur des constantes fondamentales : le sol, l'air et l'eau. J'ai toujours continué à suivre des cours, en droit, en grandes cultures et en aménagement du territoire agricole, et à faire des visites de fermes. Je n'ai jamais décroché de la réalité. Je trouve les techniques modernes fantastiques.

CA Quels défis l'agronome doit-il relever?
HA Appliquer le principe de précaution, ne pas se lancer à grande échelle si on n'est pas sûr des résultats, se réactualiser, ne pas tirer des conclusions hâtives, observer pour comprendre et rester à l'affût. Le rang où j'habite et les rangs voisins ont été des laboratoires sociaux. La diminution du nombre de producteurs, l'augmentation de la grosseur des fermes, les problèmes de relève agricole se vivent dans le monde entier. Je crois que divers modèles d'entreprises peuvent coexister, les grandes fermes comme les petites. Lorsque j'étais en politique, j'avais présenté un projet de loi sur les petites fermes que m'avait inspiré une loi américaine, le Small Farm Bill. On disait qu'aux États-Unis 10 % des fermes mettaient en marché la totalité des bovins de boucherie et que ces entreprises étaient approvisionnées à 90 % par des petits fermiers qui leur fournissaient des bovins de 400 lb. Le Small Farm Bill avançait que si on ne soutenait pas les petits, on coupait le pipeline qui approvisionne les gros, avec toutes les conséquences que cela comporte. J'aurais aimé qu'on mette dans une loi la définition de la ferme familiale et qu'on indique comment la soutenir. Pour protéger la petite entreprise, il faut entre autres protéger la gestion de l'offre.

CA En tant que députée du Bloc, vos responsabilités étaient l'agriculture et l'agroalimentaire. Quel était votre cheval de bataille?
HA J'en ai eu trois principaux. Le premier a été la tremblante du mouton. On a réussi à faire indemniser les producteurs et à faire en sorte qu'on cesse de tuer des moutons. Le deuxième, c'était les OGM. Et le troisième, le projet de loi pour les petites fermes. Les agronomes gagnent à avoir des idées innovatrices et à les mener jusqu'au bout.

CA Vous avez beaucoup milité contre les OGM. Ne pensez-vous pas qu'ils puissent faire partie de la solution pour « nourrir le monde », le thème du Congrès mondial des agronomes?
HA Pas du tout. Nourrir le monde n'est pas un problème de production, mais de répartition. Avec de l'eau, du soleil et de la terre, tu peux faire n'importe quoi. Il faut acheminer la nourriture au bon endroit, au bon moment, sous la bonne forme. Une énorme volonté politique est nécessaire pour y arriver. Je militais avec passion pour l'étiquetage des OGM. Et il y avait des corollaires : l'éducation de la population, des recherches scientifiques indépendantes, etc. Ça interpelle beaucoup de monde. Je déplore que l'Agence canadienne d'inspection des aliments utilise les protocoles de recherche des entreprises qui produisent des OGM pour décider de mettre ou non ceux-ci en marché. Les recherches sont financées par les gens qui paient pour avoir des réponses à leurs questions. Il n'y a pas de contre-expertise. La recherche indépendante fait pitié.

CA Aujourd'hui, quel est votre cheval de bataille?
HA Les projets de ventes de terres agricoles à des étrangers me tracassent énormément. Ça se passe en Abitibi, au Lac-Saint-Jean, en Gaspésie, un peu partout. Nous avons un réservoir de fonds de terre extraordinaire. Les terres vont devenir une ressource de plus en plus prisée. Il y a une loi, ici, qui en interdit l'achat par des intérêts étrangers. Mais il y a une brèche dans cette loi, qu'il faut colmater. On ne peut pas faire indirectement ce qu'une loi ne permet pas de faire directement.

CA Avec les producteurs agricoles en première ligne, l'agronome est-il, selon vous, un des professionnels les mieux positionnés pour participer au grand défi de nourrir le monde?
HA Oui, je le crois. Son rôle est grand, mais il faut demeurer très vigilant. Il faut aller au-delà des concepts. Éviter de stagner. Parfois, on est un peu lymphatiques et on ne prend pas de risques. Ça me choque. On devrait être des leaders dans la société, ce qu'on n'est pas. Par exemple, outre l'étiquetage des aliments, il y a leur provenance qu'on devrait surveiller. On devrait se rebeller qu'on ait rogné dans l'inspection des aliments. On est mous, pour ça.

CA Vous avez été décorée du titre de Commandeur de l'Ordre du mérite agricole. Comment avez-vous réagi?
HA Ç'a m'a beaucoup honorée. Il y avait bien du monde autour de moi qui le méritait. Où ça me touchait énormément, c'est que mon père l'avait également reçu. On se rejoint dans ce qu'il nous a enseigné, il y a une continuité. Je l'ai reçu en son nom et au nom de mes camarades de classe, car ils m'ont quand même endurée et, des fois, je ne suis pas endurable! J'en suis très fière.


Première édition de la revue Agriculture, publiée en 1944. Elle a gracieusement été prêtée par Laval Lapointe, producteur laitier d'Adstock, en Beauce.

1937-1946
- L'année 1937 marque la fondation de la Corporation des Agronomes du Québec.
- Elle comprend 315 agronomes. Son président est Henri-C. Bois, qui sera directeur général de La Coop fédérée de 1943 à 1957. C'est à lui qu'on doit la devise de la Corporation : « Servir ».
- Huit sections sont organisées : Montréal, Québec, Lac-Saint-Jean, Nord-ouest du Québec, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Rimouski, Cantons-de-l'Est et Trois-Rivières.
- En 1939, l'agronome Adélard Godbout, membre fondateur de la Corporation et chef du Parti libéral provincial, devient premier ministre du Québec.
- La Corporation travaille activement sur son projet de charte, qu'elle veut faire reconnaître par le gouvernement. En 1942, la Corporation compte 698 membres.
- On met sur pied un fonds de bourses d'études à distribuer à des étudiants en agronomie aux études supérieures. Quatre bourses variant entre 1200 et 2000 $ sont offertes.
- Publication de la revue Agriculture, avec Roland Lespérance comme rédacteur en chef.
- En 1945, le « bill 48 » du gouvernement Duplessis modifie la charte des agronomes. Il n'est plus nécessaire d'être agronome pour travailler en agronomie au gouvernement.

1947-1956
- En 1947, le gouvernement provincial hausse les salaires des agronomes de 2600 à 3000 $.

Henri-C. Bois a été président fondateur de la Corporation des Agronomes du Québec. Il sera, de 1943 à 1957, directeur général de La Coop fédérée.

- Invité au congrès annuel de 1950, le premier ministre Duplessis appuie la Corporation dans ses revendications salariales.
- En 1950, le 1000e candidat est admis à l'exercice.
- Le premier ministre du Canada, Louis Saint-Laurent, assiste au banquet lors du congrès de 1951. En 1956, le maire de Montréal, Jean Drapeau, est l'invité d'honneur du congrès.
- Raphaël Rousseau, un des cinq premiers agronomes engagés au gouvernement, est le premier décoré de l'Ordre du Mérite agronomique.
- Deux comités sont créés : Jeunes et Éthique professionnelle.
- Une brochure bilingue – Carrières agronomiques –, rédigée en collaboration avec l'Institut d'agriculture du Canada, est publiée en vue d'intéresser les jeunes à l'agronomie.

- Le Comité interprofessionnel de l'enseignement agronomique – auquel collaborent la Corporation des agronomes de la province de Québec, l'Union catholique des cultivateurs (aujourd'hui l'UPA) et La Coop fédérée – est créé pour promouvoir l'enseignement agronomique universitaire.
- La victoire des libéraux, en 1960, permet à l'agronome Alcide Courcy de devenir ministre de l'Agriculture.
- Une première réunion a lieu entre la Corporation et l'Institut d'agriculture du Canada. Il est convenu que la Corporation est la seule association autorisée à agir et à parler au nom des agronomes du Québec.
- En 1961, l'agronome Paul Comtois est nommé lieutenant-gouverneur de la province de Québec.
- À la suite de la fermeture de l'Institut agricole d'Oka, le gouvernement provincial décide, en 1962, de construire la nouvelle Faculté d'agriculture à l'Université Laval.
- Le code d'éthique est adopté au congrès annuel de 1962.

1967-1976
- La Corporation contribue à la réalisation du pavillon de l'agriculture à l'Expo 67.
- La faim dans le monde préoccupe les agronomes.
- La Corporation s'oppose au projet de l'Université McGill de déménager son campus de Montréal au collège Macdonald.
- Elle intervient à propos du « bill 64 » sur le syndicalisme agricole en faisant voir les avantages offerts par les coopératives.
- La Corporation se préoccupe de la qualité de l'environnement sur les aliments et l'air.

1973 : L'agronome Marc Cayer, prisonnier au Viêt Nam, revient au Québec après cinq ans d'absence.
- La nouvelle Loi sur les agronomes entre en vigueur. La Corporation devient l'Ordre des agronomes du Québec. Son mandat est la protection du public.
- L'Ordre prend position sur la crise agricole qu'ont éprouvée les agriculteurs en 1974-1975.
- Mémoire de l'Ordre à la Commission parlementaire des affaires municipales sur l'érosion des terres et le patrimoine agricole.
- Création par l'Ordre de la Médaille d'excellence agronomique.
- L'Ordre prend position en faveur de l'adoption de la loi sur le zonage agricole.

1977-1986
- L'Ordre énonce sa politique en matière de formation continue.
- De plus en plus de femmes sont diplômées en agronomie.
- Plusieurs comités sont créés : action de la femme agronome, promotion de la profession, environnement, énergie.
- En 1981, on dénombre 2000 agronomes. Pour développer la sécurité financière des agriculteurs, le gouvernement met l'accent sur trois piliers de soutien : le financement agricole, l'assurance récolte et l'assurance stabilisation. De nombreux agronomes trouvent de l'emploi dans ces domaines.
- En 1982, l'Ordre et les diététistes organisent un colloque commun sur l'agronomie et la nutrition. L'expérience est répétée en 1984. On y traite de transformation des aliments.
- L'Ordre s'intéresse à l'agronomie en pratique privée.
- L'Ordre dépose un mémoire à la Commission parlementaire sur la relève, le financement et l'endettement agricoles du Québec.
- En 1986, la moitié des agronomes ont entre 25 et 34 ans.

1987-2012
- Le concept d'agroenvironnement entraîne l'élaboration d'outils, tels que les lignes directrices et grilles de référence pour l'encadrement de l'acte agronomique.
- Un syndic, qui reçoit les plaintes en déontologie, est officiellement nommé en 1990. On cherche du coup à préciser ce qu'est un acte agronomique réservé.
- On revoit la notion d'inspection professionnelle. Elle est davantage axée sur l'acte agronomique et s'effectue par champ de pratique.
- En 2002, on procède à une révision importante du Code de déontologie des agronomes.
- L'Ordre met en place une politique de surveillance professionnelle des technologues qui effectuent des actes agronomiques. À ce jour, elle suscite encore un débat. La politique a entraîné un changement dans la loi quant aux actes agronomiques accomplis par des personnes autres que des agronomes.
- Un nombre croissant d'agronomes venant d'autres pays s'établissent au Québec. On élabore des outils pour leur permettre de bien comprendre la pratique et ses obligations déontologiques.
- Le projet Compétences est mis sur pied. Il définit les compétences de base de tout nouvel agronome. Le projet se penche notamment sur le dossier de la mobilité de la main-d'œuvre au Canada.
- L'organisation Agronomes Canada, qui regroupe les différents ordres de la profession agronomique au Canada, verra officiellement le jour au Ve Congrès mondial des agronomes, en septembre 2012.
- Il cherchera notamment à bien faire connaître la profession dans tout le Canada.
- La notion d'assurance responsabilité professionnelle devient un incontournable de la pratique, car de plus en plus d'agronomes travaillent à leur compte.
- On travaille sur la refonte de la Loi sur les agronomes en raison de nouveaux secteurs d'activité : revalorisation des sols, agriculture urbaine, aménagement du territoire, conservation du milieu.
- En 2012, l'Ordre des agronomes du Québec compte 3300 membres.


Le Coopérateur agricole Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans cette discipline?
Mélissa Bordeleau C'est ma passion pour le vivant qui m'a attirée vers l'agronomie. Les cours que ce programme contient cadraient avec mes centres d'intérêt.

CA Quel est, selon vous, le plus grand défi auquel la profession devra faire face?
MB L'agronome devra démontrer la pertinence de sa profession, tant dans les fermes que dans le reste de la société, où il est appelé à intervenir. L'agronome est là pour apporter des connaissances, de l'innovation. Il devra miser sur sa crédibilité et rehausser la renommée de sa profession. « C'est quoi ça, un "ergonome"? » m'a-t-on déjà dit. Des questions plus fondamentales me préoccupent aussi. L'accroissement de la population mondiale, la diminution des ressources en eau, l'innocuité des aliments, les questions de plus en plus pointues des consommateurs quant à la provenance des aliments et au bien-être des animaux.

CA Le cinquième congrès mondial a pour thème Nourrir le monde. Vous sentez-vous interpellée par cette mission?
MB La thématique m'interpelle au plus haut point. J'ai toujours eu à cœur de venir en aide aux gens, ici comme ailleurs. J'ai un fort penchant pour l'aide humanitaire. La santé et l'alimentation sont inextricablement liées. C'est pourquoi je souhaiterais, grâce à ma formation, sensibiliser les populations à une bonne alimentation. J'aimerais aussi contribuer à implanter l'agriculture là où elle rencontre le plus de difficultés à prendre forme, à mettre en place une agriculture locale de subsistance, ce dont la plus grande partie du monde a besoin – toujours dans le but de contribuer au bien-être des plus démunis.

Simon Cliche Diplômé en agronomie et producteur laitier Saint-Joseph-de-Beauce

Le Coopérateur agricole Pourquoi avez-vous choisi d'étudier en agronomie?
Simon Cliche Je me suis intéressé à l'agriculture dès mon jeune âge, parce que mes parents possédaient une ferme laitière. Le choix d'étudier en agronomie était un désir de perfectionner mes connaissances. C'était aussi une police d'assurance au cas où mes capacités physiques ne m'auraient plus permis d'exercer mon métier d'agriculteur.

CA La formation d'agronome vous apporte-t-elle des avantages comme producteur agricole?
SC Oui. Durant mes quatre ans d'université, j'ai développé une méthodologie, une façon de faire qui me sert tous les jours. Les connaissances acquises me rendent plus critique face aux nouvelles technologies et plus autonome pour prendre des décisions. Sur le plan pratique, la ferme me permettait de tester mes connaissances théoriques. La formation universitaire m'a aidé à être un meilleur gestionnaire et à mieux comprendre les enjeux.
CA Le thème du cinquième congrès mondial des agronomes, Nourrir le monde, vous interpelle donc en tant qu'agronome et en tant que producteur.
SC C'est sûr que l'on se sent interpellé. On n'était pas aussi sensibilisé à cette question il y a quelques années, mais on en entend parler de plus en plus. Ça va représenter un défi important.

Laval Lapointe Producteur laitier biologique Adstock, Beauce

Le Coopérateur agricole Qu'est-ce que l'agronome vous apporte à la ferme?
Laval Lapointe Il m'apporte un point de vue différent, que j'appelle « mon troisième œil ». Je vois l'agriculture d'une façon et lui, avec sa formation et son expérience, la voit d'un autre point de vue. Ainsi, il peut me faire voir mes forces et mes faiblesses.

CA Comment le métier d'agronome est-il appelé à changer?
LL Nous sommes des producteurs d'aliments et ces aliments ont un impact sur la santé des gens. Trop souvent, nos produits sont considérés comme une marchandise. L'agronome devra prendre conscience de cet aspect-là et être visionnaire pour agir en tant qu'agent de changement.

CA Le cinquième congrès mondial des agronomes a pour thème Nourrir le monde. Vous sentez-vous interpellé par cette mission?
LL Oui et non. Oui, car comme producteur, je contribue à nourrir les gens. Non, parce que le problème de nourrir la planète est un problème politique. Sur la planète, il y a beaucoup de ressources; le problème, c'est qu'elles sont mal distribuées.

L'agronome et l'avenir

« La protection de l'environnement, l'agriculture urbaine, les OGM, la production d'aliments, le bien-être des animaux de la ferme, voilà certainement des sujets qui sont l'affaire de tous et dont tout le monde a déjà entendu parler. Cependant, il existe un professionnel qui intervient dans chacun de ces créneaux, mettant à profit son savoir et ses conseils : l'agronome! Cette profession au service des secteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire mérite d'être davantage connue du grand public pour sa grande utilité : des professionnels rigoureux et passionnés qui travaillent à développer des aliments sains, tout en aidant la cause environnementale, en y allant d'expériences et d'études... dans un laboratoire à ciel ouvert! »

(Source : Isabelle Saint-Jean, magazine Mode d'emploi, « L'agronomie, une profession prometteuse et engagée! »)

Pour en savoir plus :

www.oaq.qc.ca/fr/devenir-agronome/un-agronome-c-est.aspx
www.magazinemodedemploi.com



Richard Lauzier, agronome Conseiller en agroenvironnement, MAPAQ, Bedford

Pionnier de la conservation au Québec, Richard Lauzier a mis sur pied une coopérative de solidarité pour rehausser la qualité de l'eau du bassin versant de la rivière aux Brochets.

Le Coopérateur agricole Pourquoi avez-vous choisi cette profession?
Richard Lauzier J'ai toujours eu un faible pour le plein air, la nature et les plantes. Après un baccalauréat en économie, mes perspectives d'emploi me semblaient trop restreintes. Je ne me voyais pas enfermé dans un bureau « à faire des chiffres ». L'agronomie m'est apparue comme la profession la plus proche de mes aspirations.

CA Quels principaux changements y avez-vous vus depuis vos débuts?
RL Tout s'est complexifié et les champs d'intervention se sont élargis. L'apparition des OGM et la mainmise des multinationales de l'agrobusiness sur les semences sont des changements fondamentaux. Le statut social des producteurs a aussi beaucoup évolué. Ce ne sont plus « ceux qui n'avaient pas fait d'études et qui étaient de bons travailleurs » qui se lancent en agriculture. Ce sont des professionnels hyperqualifiés qui gèrent des entreprises dont la valeur s'est considérablement accrue.

CA Quel rôle le Ministère a-t-il joué dans l'évolution de la pratique agronomique?
RL Le MAPAQ a largement valorisé la profession. Il a longtemps été un des très gros employeurs des finissants en agronomie, notamment au sein des multiples secteurs qu'il chapeaute : assurances agricoles, assurance stabilisation, financement agricole, etc.

CA Quels sont les défis auxquels doit faire face la profession?
RL Ses membres doivent garder un esprit critique. Les sciences ont évolué énormément. Il y a de nouvelles technologies qui font énormément évoluer notre pratique. On parle du traitement des images satellitaires, de la microtopographie, des meilleures connaissances des sols. À travers cela, deux visions s'affrontent : le sol vivant et le sol comme simple support des technologies.

CA Vous croyez beaucoup au développement durable en agriculture. Comment a-t-il modifié le rôle de l'agronome?
RL Lors de mes études, on ne parlait pas d'environnement. C'est devenu un des sujets les plus importants depuis 10 ou 15 ans. En ce sens, le rôle de l'agronome a évolué et devra continuer à le faire.

CA Le cinquième congrès mondial a pour thème Nourrir le monde. Vous sentez-vous interpellé par cette mission?
RL Oui, mais je suis ambivalent. Je ne veux pas que les grosses entreprises se servent de l'argument de la faim pour mettre la main sur le vivant. On joue à l'apprenti sorcier en brassant un gros chaudron. Il ne faudrait pas oublier qu'on est dans le chaudron.

CA L'agronome de l'avenir, que sera-t-il?
RL Sûrement polyvalent et doté d'une vision mondiale, sur une petite planète que nous devons apprendre à gérer durablement.
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