Entretiens
« Rien à perdre, tout à gagner » « Rien à perdre, tout à gagner » « Rien à perdre, tout à gagner »

Samuel Benoit et Geneviève Manseau, ainsi que leurs six enfants, sont établis dans une ferme laitière, à Saint-Nazaire-d'Acton, que les parents de Samuel, Jérôme et Danielle, sont en voie de leur transmettre. Ils sont jeunes et ils ont du succès. Mais les défis qu'ils ont à relever n'en sont pas moins nombreux.

Geneviève Manseau et Samuel Benoit


Geneviève (déjà mère de deux enfants) et Samuel se rencontrent alors qu'ils étudient au DEP en production laitière, à Saint-Hyacinthe. En 2001, une fois leurs études achevées – lui n'a alors que 17 ans et elle en a 26 –, ils s'installent dans l'entreprise, la Ferme Jérôme Benoit s.e.n.c. On y produit 17 kg/jour et une cinquantaine d'hectares de foin et de pâturage. Ils sont la cinquième génération à vivre de cette riche et généreuse terre de ce village de la Montérégie, situé entre Saint-Hyacinthe et Drummondville, qui compte un millier d'habitants. Jusqu'en 2011, le jeune couple multiplie les investissements. « En 10 ans, tout a doublé, dit Samuel : le quota, la terre, les équipements. » Et la famille, aussi! Ils ont fait progresser l'entreprise à ce rythme pour permettre d'accueillir les enfants – Myriam (15 ans), Guillaume (13 ans), Gloriane (7 ans), Sandrine (5 ans), Gabrielle (3 ans) et Sarah (1 an) – qui souhaiteront un jour s'y établir. « Pas d'obligation de ce côté, précise Samuel. Chacun sera libre de faire ce qu'il veut. » Myriam, membre des Jeunes ruraux, souhaite poursuivre dans cette voie. Elle aide régulièrement à faire la traite et connaît bien le comportement de même que les caractéristiques des 37 vaches Holstein du troupeau.

Myriam et Guillaume participent activement à la traite et à l'alimentation du troupeau.

Bien-être et production
Exploiter au mieux les installations de la ferme et faire preuve, malgré tout, de sobriété dans les investissements a été le crédo des deux jeunes entrepreneurs. Le couple a troqué son système d'alimentation à base d'ingrédients simples (cinq ingrédients servis trois fois par jour) pour une ration totale mélangée (RTM). « Ça prend le même temps pour alimenter le troupeau, soit environ une heure, mais avec la RTM, les vaches ne font pas de triage dans les ingrédients. » Guillaume donne un bon coup de main de ce côté. C'est bien souvent lui qui, après l'école, prépare et distribue la ration à tous les sujets. Il s'occupe aussi très bien des veaux. « À son âge, je n'étais pas aussi autonome », dit son beau-père. Un système de ventilation tunnel a été installé pour offrir plus de confort aux vaches. Puis, en construisant un ajout à l'étable pour y loger les taures (ces dernières étaient abritées dans un autre bâtiment) et les vaches taries, on a amélioré la gestion et la santé du troupeau.

Aménagé sur accumulation de litière, cet espace permet aux animaux de faire plus d'exercice, ce qui s'est traduit, en peu de temps, par une meilleure consommation d'aliments et, pour les vaches taries notamment, par une plus grande facilité de vêlage.

Outre cet avantage indéniable, la nouvelle section a éliminé le va-et-vient entre l'étable et l'ancien bâtiment d'élevage, une importante économie de temps pour Samuel.

Enfin, le transfert des vaches taries de l'étable vers ce nouvel espace a permis de garder cinq vaches en production de plus dans l'étable et, du coup, de l'emplir au maximum de sa capacité. Bref, « un bon move pour les vaches et les taries », s'accordent pour dire Samuel et Geneviève.
Les génisses n'ont pas été laissées pour compte. Elles ont été confortablement installées dans des huches à l'extérieur de l'étable. Résultat : « elles sont plus belles, plus vigoureuses et boivent plus de lait », dit Geneviève. « Le confort, c'est important, mais il n'est pas nécessaire d'investir énormément pour l'améliorer », ajoute Samuel.

Plus de productivité
Aujourd'hui, avec 34 kg/jour et 145 hectares servant à produire le maïs, le soya et les fourrages pour le troupeau, en plus de 20 000 balles de foin vendues pour l'alimentation des chevaux et du pressage-enrobage à forfait de balles rondes, le couple s'en tire honorablement. Des revenus bruts d'un peu plus de 400 000 dollars couvrent les dépenses et les salaires des actionnaires de la ferme : Samuel (50 %), Geneviève (20 %), Jérôme (20 %) et Danielle (10 %). Ce qui reste – encore trop peu, selon le couple – est investi dans le troupeau.

« Pour augmenter les revenus, on mise sur la productivité des vaches », dit Geneviève, responsable de la traite, de la gestion (santé, insémination, contrôle laitier) et de la comptabilité. « Il faut être plus efficace, on n'a pas le choix », poursuit Samuel, qui s'occupe de l'alimentation, des cultures et de la machinerie. « Avec 3800 $ de revenu net par vache, on est dans la moyenne, selon les résultats de Groupe conseils agricoles Progestion. Certains producteurs vont chercher jusqu'à 4500 $ par vache. On peut donc faire mieux. »

« Samuel et Geneviève sont très soucieux de leur efficacité, commente Jessie Favreau, expert-conseil en ruminants à La Coop Comax. Ils utilisent un tableau de bord mensuel pour obtenir un bilan global des résultats du troupeau, dont les coûts d'alimentation, et cherchent sans cesse à améliorer leur productivité. Ils se tiennent aussi bien informés des dernières technologies et façons de faire, tant aux champs qu'à l'étable. »

Réduire les coûts de production est une possibilité pour améliorer la rentabilité du troupeau, mais faire de meilleurs fourrages est, selon eux, un choix encore plus prometteur. Des fourrages plus jeunes, d'une qualité nutritionnelle supérieure, amélioreront les performances des sujets, croient-ils. C'est pourquoi, il y a quelques années, ils se sont dotés d'un bon équipement de fenaison. « Faire du bon foin, ce n'est pas facile, c'est stressant, même, assure Samuel. Faucher, mettre en rang, presser, il faut plusieurs machines, de la main-d'œuvre et du beau temps, ce qui n'est pas évident. En 2009, une année très pluvieuse, on a "scrappé" les trois quarts de la récolte. » Pour leurs cultures de maïs et de soya, ils font le même constat. La qualité d'abord. Il faut pour cela semer au bon moment et dans de bonnes conditions, afin d'obtenir le plus de rendement possible.

Avec le recul, qu'est-ce que vous ne referiez pas?

Samuel :
« J'investirais davantage dans l'amélioration des terres et moins dans la machinerie, même s'il fallait pour cela faire faire certains travaux à forfait. »

Geneviève : « Je ferais les mêmes choix, surtout celui d'avoir plusieurs enfants, puisque c'est la plus belle richesse que nous ayons. »


L'alimentation du troupeau

Jessie Favreau,
T.P
Expert-conseil en ruminants
La Coop Comax

Troupeau de 37 vaches
Moyenne de 10 004 kg de lait
MCR : 218-226-223
4,1 % de gras
3,41 % de protéine

Génisses (jusqu'à 2 mois)
Lactoremplaceur XLR
Goliath 22 % Deccox

Génisses (3 à 6 mois) Goliath 31 %
Maïs cassé

Génisses (6 à 14 mois)
Goliath 40

Génisses (14 mois et plus)
Foin de graminée et refus des vaches en lactation
Minéral 12-4

Tarissement (35 jours)
Transimil 15
RTM, groupe 2
Paille de blé

Vaches en lactation
Groupe 1

Ensilage de maïs
Ensilage de foin,
balle ronde 17-18 % pB
Supplément Synchro mix 50
Foin sec 1re coupe Maïs sec cassé
Minéral 18-5 T
Minéral STB

Groupe 2
Ensilage de maïs
Ensilage de foin,
balle ronde 18 % pB
Supplément Synchromix 50
Foin sec 1re coupe
Minéral 18-5 T
Minéral STB



Les plus jeunes veulent aussi mettre la main à la pâte... à leur façon!

Les génisses ont été installées dans des huches à l'extérieur de l'étable. Geneviève les trouve ainsi plus belles, plus vigoureuses et «elles boivent plus de lait », dit-elle.

Jeunesse et prouesse
Pour mener à bien tous ses travaux, le couple n'hésite pas à y mettre les heures nécessaires. Le matin, dès 5 h, Samuel et Geneviève sont à l'étable pour la traite et l'alimentation. Les enfants collaborent aussi beaucoup à l'équilibre de cette belle et sympathique aventure. À 6 h 30, les plus vieux se lèvent, déjeunent et aident les plus jeunes à manger et à s'habiller. Puis, à 7 h 30, tous prennent le chemin de l'école ou de la garderie. L'après-midi, au retour, Myriam et Guillaume participent à la traite et à l'alimentation, alors que Jérôme et Danielle jettent un œil bienveillant sur les plus jeunes, qui veulent aussi mettre leurs petites mains à la pâte. Ensuite, c'est le souper, les devoirs et les activités sportives. Le sport leur coule dans les veines. Geneviève est entraîneuse de soccer, sport que pratiquent cinq enfants du couple. Samuel, de son côté, est entraîneur de l'équipe de hockey de Guillaume. Gloriane joue également au hockey. La fourgonnette de huit passagers est aussi indispensable qu'un tracteur à la ferme. « Mes soirées sont plus dures que mes journées, lance Samuel en riant. Heureusement, mes parents nous aident beaucoup. Si on ne les avait pas, ça ne marcherait pas. »

« Aux enfants, on présente l'agriculture positivement, dit Geneviève. Il y a la ferme, mais il y aussi le plaisir des activités en famille. »

« Ça prend des congés à l'occasion, renchérit Samuel. L'agriculture, c'est le fun, mais si tu ne fais que ça, tu deviens fou. »

Pour s'établir, Samuel a bénéficié de l'appui du Fonds coopératif d'aide à la relève agricole, programme d'aide financière mis sur pied par le réseau La Coop en collaboration avec le Mouvement Desjardins. « Ça donne un vrai bon coup de pouce », dit-il. En plus de recevoir un pourcentage en argent sur tous ses achats à la coop, Samuel a pu suivre gratuitement plusieurs formations (budget, états financiers, leadership, gestion du temps, etc.).

Très présents, Jérôme et Danielle n'hésitent jamais à donner un coup de main au jeune couple, pour s'occuper des enfants ou travailler à la ferme. À l'occasion, pêche à la ligne et voyages sont aussi au programme!!

Producteurs engagés et avides de défis, les Benoit-Manseau consacrent beaucoup de temps à servir leur collectivité. Depuis plusieurs années, Geneviève s'implique auprès de la Société d'agriculture de Bagot, du conseil d'administration du Club optimiste de Saint-Nazaire et du Conseil d'établissement de l'école de cette municipalité. L'engagement de Samuel ne date pas d'hier non plus. À 18 ans, il a été nommé administrateur au syndicat de l'UPA Maska, poste qu'il a occupé durant près de 10 ans. Il a également été, pour La Coop Comax, délégué à l'assemblée générale annuelle de La Coop fédérée pendant trois ans. Depuis ce printemps, il siège au conseil d'administration de Comax.

« C'est stimulant, dit-il. Le réseau La Coop a beaucoup de potentiel. » C'est Luc Pelland, ancien président de La Coop Comax, qui, au moment de se retirer, lui a proposé de faire partie du conseil. Il en est le plus jeune membre. « Samuel veut apprendre, dit l'ex-président. Il pose de bonnes questions, même celles qui dérangent. Il n'est pas là que pour s'asseoir sur une chaise.

Il veut prendre des responsabilités. Ça va faire un bon administrateur. »

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