Entretiens
La filière avicole La Coop sort de sa coquille

Il paraît que ce bon vieux Gallus gallus domesticus n'a pas fini d'évoluer. La dernière lignée Shaver White, de Hendrix Genetics, aussi appelée Shaver D pour « docile », est vantée comme étant moins stressée, plus calme. Une camomille avec ça ?

Les oiseaux reproducteurs d'aujourd'hui résultent d'intenses efforts de sélection génétique. Leur haute productivité s'explique donc aisément. Oui, ils ont toujours 39 paires de chromosomes et entre 20 000 et 23 000 gènes (à peu près le même nombre que les humains), mais ces chromosomes portent de petits segments d'ADN qui peuvent faire toute la différence entre des animaux rentables au poulailler et d'autres qui ne le sont pas (ou ne le sont plus).

La nouvelle Shaver
Production élevée d'œufs, bonne persistance de la ponte, taille des œufs, résistance de la coquille et conversion alimentaire sont les principales caractéristiques faisant l'objet de la sélection chez les pondeuses. Chacun de ces caractères est soupesé selon son importance économique pour le producteur. C'est également le cas de la nouvelle lignée Shaver White, dont la distribution a commencé au Québec il y a deux ans.

Auparavant, la Shaver White avait tendance à pondre des œufs de moins bonne qualité en fin de carrière. Assez nerveuses, les pondeuses s'affolaient aussi plus facilement quand un stress survenait. « C'était certainement un aspect irritant, un point faible chez cette poule », fait valoir René Bergeron, représentant des ventes à La Coop fédérée pour les poussins à chair et les poules pondeuses. Bref, il y avait là de belles pistes d'amélioration pour Hendrix Genetics et sa filiale ISA (Institut de sélection animale), qui s'enorgueillissent de détenir à eux seuls environ 50 % du marché mondial de la génétique d'oiseaux de ponte.

La Bovans, une autre lignée de pondeuses commercialisée par Hendrix Genetics, est souvent vantée pour son caractère calme et sa rusticité. L'hybrideur a donc voulu offrir aussi à la Shaver cet attribut de docilité pour en faire un oiseau plus complet et équilibré, capable d'être performant même dans des environnements stressants (luminosité déficiente ou excessive, chaleur, ventilateurs bruyants, employés aux mouvements brusques, etc.) et de mieux « gérer ses relations » avec ses congénères.

En plus de cette docilité, le responsable des ventes pour l'Amérique du Nord chez Hendrix, le docteur en génétique aviaire Eugene Fridman, souligne d'autres attraits de cette pondeuse, dont sa maturité sexuelle précoce et sa conversion alimentaire exceptionnelle. « Cette poule pond rapidement des œufs de bonne grosseur. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir des troupeaux avec un taux de ponte de 90 % à 21 semaines d'âge. De plus, comme nos travaux de sélection portent sur une poule capable de pondre sur une longue période sans mue – jusqu'à 90 semaines –, les producteurs canadiens sont automatiquement gagnants, puisqu'ils peuvent espérer plus de semaines avec un taux de ponte supérieur à 90 %. Enfin, le corps compact de la nouvelle Shaver permet une faible consommation moyenne journalière de l'ordre de 104 g par jour. »

Pondre des poules pondeuses

Fondée en 2005, la société Hendrix possède la filiale ISA (Institut de sélection animale), qui est chargée d'améliorer les lignées Shaver (Brown, White et Black) ainsi que les lignées Bovans de ces mêmes couleurs.

Jusqu'à la mise en œuvre des méthodes de la génomique (cartographie du bagage génétique), l'amélioration génétique des pondeuses commerciales s'effectuait seulement par sélection. En gros, les sélectionneurs croisent des lignées pures grands-parentales entre elles et observent les phénotypes (les performances) des femelles issues de ces croisements. Or, le cycle d'amélioration peut être très long avec cette technique. La sélection assistée par la génomique vient circonscrire les possibilités en faisant se reproduire entre elles seulement les meilleurs individus porteurs de gènes d'intérêt (60 000 marqueurs génétiques inventoriés). Le but de la sélection assistée par l'information et les méthodes statistiques reste le même : trouver une perle rare parmi des milliers d'individus. Les méthodes de clonage et de modifications génétiques ne sont pas utilisées.

Le programme de sélection de la nouvelle Shaver White a fait intervenir quatre lignées, deux du côté maternel et deux du côté paternel, explique Eugene Fridman, docteur en génétique aviaire chez Hendrix.

« La production avicole d'aujourd'hui est un processus d'amélioration continuelle où l'on doit prévenir les problèmes à tous les âges », assure Luc Normand, expert-conseil de La Coop Unicoop.

Les lignées passent, l'homme reste : du haut de ses 25 ans d'aviculture, René Bergeron affirme que la nouvelle lignée Shaver White est la plus performante qu'il ait vue.

Selon René Bergeron, produire une nouvelle lignée performante peut prendre jusqu'à 10 ans. Il y a d'une part le travail de sélection et d'hybridation (croisements) en amont, mais d'autre part celui de multiplication en aval pour pouvoir offrir les oiseaux à la grandeur de la planète (Hendrix vend dans plus de 100 pays). Ce travail de multiplication, c'est l'affaire de la ferme Embry-Œuf, de Nancy Lafrance et Donald Desharnais, à Princeville, qui abrite les parents des poules Shaver White (9000 reproducteurs) et Bovans White (également 9000 reproducteurs) vendues dans le réseau La Coop. Les œufs de ces animaux sont expédiés en Ontario afin d'y être incubés dans un couvoir spécialisé pour ce type de production. Les grands-parents, quant à eux, se trouvent dans une ferme ontarienne à Cambridge, au sud de Guelph.

À ce titre, René Bergeron roule sa bosse dans les poulaillers d'un océan à l'autre depuis plus de 25 ans. Des races, des lignées, des types de conduite et des bâtiments, il en a vu passer dans les campagnes canadiennes et québécoises. S'il dit que la nouvelle Shaver White l'impressionne, il faut donc le croire sur parole ! « C'est l'oiseau à battre, le standard de référence actuellement », déclare-t-il.


La Ferme Hellebecq
Emmanuel Destrijker est un homme d'action qui aime la performance. Dans son bâtiment d'élevage et son pondoir, respectivement construits en 2001 et 2011, d'excellents résultats sont au rendez-vous. Avec la nouvelle Shaver White, il a atteint plus de 97,5 % de taux de ponte pendant 14 semaines, dont 8 semaines à plus de 98 % ! Le taux d'œufs fêlés a aussi diminué de 1,5 %.

Les conseils avisés de Luc Normand, expert-conseil à La Coop Unicoop, y sont pour beaucoup, mais Emmanuel insiste pour mettre aussi en valeur le travail de ses employés, Paul Beauchesne, Pedro Garzon et Marleny Cuellar, avec qui le propriétaire de la Ferme Hellebecq dit entretenir une sincère relation de confiance, allant même jusqu'à leur faire imprimer des cartes de visite à leur nom. « Les rétroactions sont continuelles entre nous, en personne, par téléphone ou par courriel », explique Emmanuel, qui est aussi président du Syndicat des éleveurs de poulettes du Québec depuis 2007. Son bâtiment d'élevage a une capacité de 54 000 volatiles, alors que le pondoir peut loger 25 600 pondeuses.

La Ferme Hellebecq, un trio de bonnes idées

1) Le lieu d'élevage est isolé en plein bois et relié à la route principale (qui est déjà un cul-de-sac) par un chemin long de 800 m. Notons aussi que, sur place, tous les fils électriques entre les deux bâtiments de production (élevage en cages et pondoir) et le garage sont enfouis, de manière à limiter les dommages éventuels par le verglas ou les risques d'électrocution.


2) La ventilation est de type cheminée, une rareté au Québec. Des ventilateurs installés au faîte poussent donc de l'air vers le bas (flux descendant) alors que d'autres ventilateurs aussi au faîte tirent l'air vicié vers le haut (flux ascendant) pour l'expulser.


3) Un des employés de la ferme, l'astucieux Paul Beauchesne, a bricolé un petit échafaud roulant avec trois marches (pour atteindre la troisième rangée de cages) équipé d'une non moins astucieuse caméra de marque DeWalt (en vente dans les quincailleries Unimat !) positionnée de façon qu'on puisse zieuter le plancher des cages supérieures. Si une poule morte s'y trouve, Paul peut donc très bien l'aper­cevoir parmi les pattes.


Pour Emmanuel Destrijker de la Ferme Hellebecq, la Shaver White est le meilleur oiseau qu'il ait élevé jusqu'ici..

La génétique améliorée n'explique pas à elle seule les performances hors de l'ordinaire de la Shaver, mais Emmanuel est convaincu que c'est le meilleur oiseau qu'il ait eu dans ses bâtiments, lui qui a déjà expérimenté d'autres lignées avicoles. Il a observé que ses pondeuses étaient plus alertes et répondaient plus rapidement aux petites modifications, d'où l'importance d'une bonne communication dans l'équipe. Les bons résultats dépendent de l'attention constante aux petits détails, de l'observation attentive du comportement des animaux.

« Dans un contexte de gestion de l'offre, nous devons aller chercher le maximum de productivité par oiseau, clame l'éleveur. Faire mieux que les autres producteurs avicoles d'ici, oui, mais surtout être meilleur que soi-même d'un lot à l'autre. » Et faire mieux que les États-Uniens ? « Nous sommes déjà meilleurs au plan technico-économique », soutient cet homme aux origines wallonnes (Belgique). « Super-régie ? Super-résultats ! » conclut simplement René Bergeron.


Bilan du Forum aviaire mondial
La conférence, tenue en juillet dernier, a rassemblé plus de 250 vétérinaires et spécialistes de la production de volaille venus d'Europe, du Moyen-Orient, d'Amérique du Nord, d'Amérique latine et d'Asie afin de partager les dernières connaissances en matière de maladies immunosuppressives et de technologie de nouveaux vaccins vecteurs. Au-delà de la protection contre la maladie de Gumboro (IBD) et de la maladie de Marek (MD), de récentes études scientifiques ont validé le rôle du vaccin VAXXITEKMC HVT+IBD pour sa protection totale du système immunitaire chez les poulets de chair et les poules pondeuses, favorisant de meilleurs rendements dans la production avicole. Merial a la ferme conviction qu'il est essentiel d'apporter de nouvelles informations et des programmes éducatifs à l'industrie aviaire et s'est fixé pour objectif d'améliorer la santé et la production de volailles en organisant ce forum mondial de partage d'expériences vétérinaires de terrain. (Merial)

 
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