Entretiens
Les coopératives, 	une puissance  économique et sociale
Le 5 juillet dernier, à La Pocatière, se tenait le deuxième séminaire à l'intention des membres de coopératives d'utilisation de matériel agricole (CUMA). Compte-rendu.

Au Québec, la formule CUMA est encore jeune. Elle a vu le jour il y a une vingtaine d'années. On dénombre aujourd'hui environ 70 CUMA réparties un peu partout en province. Des observations terrain révèlent toutefois que le mouvement qui consiste à mettre en commun de l'équipement agricole semble s'essouffler. En effet, peu de nouvelles CUMA auraient été mises sur pied au cours des dernières années. « Auraient-elles déjà atteint leur vitesse de croisière? Ou ont-elles encore beaucoup de potentiel à réaliser? » s'est demandé La Coop fédérée, instigatrice de ce séminaire qui a attiré une cinquantaine de membres de CUMA. Quelles sont les pistes à explorer pour donner un nouveau souffle à cette façon de travailler qui mise sur la coopération et l'entraide? Des représentants de La Coop fédérée et de la Fédération nationale des coopératives d'utilisation de matériel agricole de France ont fait part de leurs points de vue.

Denis Richard
« Nous accompagnons les CUMA en leur procurant des services juridiques, d'administration et de formation afin qu'elles puissent améliorer leur rentabilité et façons de faire », a indiqué Denis Richard, président de La Coop fédérée et cofondateur, en 1994, de la CUMA de Leclercville. « Le contexte de libéralisation de l'époque nous avait incités, à Leclercville, à nous regrouper afin de nous procurer de la machinerie performante et d'abaisser nos coûts de production face à la menace américaine. Cette menace est toujours présente. Dans ce contexte, les CUMA demeurent tout aussi pertinentes. » La Coop fédérée compte 19 CUMA membres auxiliaires.

Faire le point pour mieux préparer l'avenir

Ateliers d'exploration : regards croisés Québec-France
« Le partage des expériences de chacun a permis de voir si, en CUMA, on pouvait envisager de coopérer au-delà du simple partage de machinerie, indique Colette Lebel, directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. Les ateliers ont servi à faire partager des témoignages de gens (Français et Québécois) qui ont choisi d'aller plus loin, en amont ou en aval de leur ferme, avec l'outil coopératif. Il y avait les volets d'exploration "cultiver ensemble", "pooler la production", "transformer ensemble" et "développer des énergies renouvelables". »

Les CUMA
à l'heure de l'économie verte


Avec un potentiel de trois à cinq millions de tonnes, la biomasse agricole pourrait s'avérer un marché d'avenir pour les CUMA. La filière combustion recèle un potentiel immense. Tout comme celle de la bioraffinerie, qui permettrait de créer de nombreux produits. Les exemples de CUMA que l'on pourrait mettre sur pied concernant ces nouvelles façons de faire ne manquent pas : séchoir à biomasse, Biobaler à saule, presse à grosses balles rectangulaires à plus haute pression, camions et équipement de manutention, centre régional d'entreposage de biomasse. Les astres s'alignent pour le développement de la filière biomasse, a conclu Cyrille Néron.

La protection des bandes riveraines

L'experte du domaine a fait un tour d'horizon des bénéfices sociaux et économiques que représente l'implantation de bandes riveraines. Elle a également incité les producteurs à réfléchir à la possibilité de semer, pour ce faire, des plantes qui pourraient être récoltées et utilisées comme source de biomasse énergétique. Dans un autre ordre d'idées, la directrice agroenvironnement a mis en garde les membres de CUMA concernant l'ériochloé velue, une mauvaise herbe originaire d'Asie qui a fait son apparition aux États-Unis au cours des années 1950 et que l'on commence à voir de plus en plus chez nous. C'est une mauvaise herbe à déclaration obligatoire. On la retrouve principalement dans les cultures de maïs et de soya. Coriace et pouvant atteindre d'un à deux mètres, elle est très difficile à éradiquer. Le partage de machinerie ne doit donc pas être pris à la légère. On recommande de bien nettoyer les machines avant des les acheminer à ses collègues sociétaires.

Stéphane Gérard

Stéphane Gérard, président de la Fédération nationale des coopératives d'utilisation de matériel agricole (FNCUMA)

Le président de la Fédération nationale des coopératives d'utilisation de matériel agricole (FNCUMA) a dressé le portrait des CUMA en France et fait partager la réflexion stratégique, amorcée en 2008, à laquelle l'organisation s'est adonnée (« Préparons les CUMA de demain ») vu le contexte actuel de l'agriculture, plus volatil et exigeant. La FNCUMA regroupe aujourd'hui 12 500 CUMA, auxquelles adhèrent 230 000 agriculteurs français. Elle emploie 250 personnes, partagées également entre les services de comptabilité aux membres et l'animation terrain.

La Fédération exploite également un centre de recherche technique sur le matériel agricole. La question centrale de la réflexion stratégique était : quels avenirs pour les CUMA en 2020? Huit scénarios ont émané de cette démarche. Les adhérents de CUMA ont considéré que deux étaient des tendances lourdes : la CUMA business, « une formule classique dans une logique d'efficience économique avec dirigeants et adhérents clients qui consomment un service », et la CUMA territoire, qui vise à « profiter des nouvelles occasions de projets en commun qu'offrent les collectivités locales, les artisans, les restaurateurs, les associations, etc. » La FNCUMA tire son financement de trois sources : une cotisation des CUMA adhérentes, un soutien de l'État français dans le cadre de projets de développement et services, et une contribution des constructeurs de matériel agricole. Membre du réseau Coop de France, la FNCUMA souhaite se faire reconnaître comme un acteur clé du développement et du maintien de l'agriculture.

La récupération
des plastiques de ferme


Les vieux plastiques d'enrobage de balles rondes sont une nuisance à la ferme et pour l'environnement. Leur récupération pourrait se faire dans une vision de développement durable, c'est-à-dire environnementale, économique et sociale, a fait savoir Luc Turbide. Le réseau La Coop et les CUMA seraient alors mis à profit. Comment? D'abord, en compactant le plastique, à la ferme ou à une coopérative du réseau, à l'aide d'un équipement permettant de produire des balles de haute densité, qu'il serait alors plus économique de transporter. L'objectif consiste à produire un matériau réutilisable à la ferme.

La collaboration des distributeurs et constructeurs de machinerie

« Les distributeurs et constructeurs de machinerie voient généralement d'un bon œil le réseau des CUMA », indique Stéphane Gérard. Les CUMA se dotent d'un équipement de qualité, performant et de dimension plus importante que s'il n'était utilisé que par une seule entreprise agricole. De plus, puisque les machines sont fréquemment en usage, les CUMA les renouvellent plus souvent. C'est sans compter l'entretien plus régulier dont elles font l'objet et qu'effectuent les concessionnaires d'équipement.

CÉROM

Une visite des parcelles d'essais de La Coop fédérée (effectuées en collaboration avec CÉROM, le Centre de recherche sur les grains), aménagées au Centre de développement bioalimentaire du Québec, a permis aux participants d'apprendre sur les caractéristiques agronomiques de plantes telles que le panic érigé, le barbon de Gérard, l'alpiste roseau et le saule à croissance rapide, utilisés pour la production de biomasse.

1947

Les premières CUMA françaises ont vu le jour en 1947 dans la foulée du plan Marshall (Programme de rétablissement européen), un substantiel plan d'aide américain lancé pour contribuer à la reconstruction de l'Europe, détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les machines agricoles, entre autres, qui sont alors acheminées en France, le sont en quantité insuffisante pour satisfaire les besoins de tout un chacun. Des producteurs se regroupent alors pour en gérer l'utilisation et le partage. Les premières CUMA sont nées.

Pour en savoir plus :

FNCUMA
www.france.cuma.fr

Entraid'
Le magazine des CUMA,
www.entraid.com

Commentaires de participants

« C'est la deuxième fois que je participe au sémi­naire sur les CUMA. C'est une belle initiative de la part de La Coop fédérée, qui mérite d'être poursuivie. Ça nous amène à l'extérieur de notre milieu pour connaître et échanger de nouvelles façons de faire. La rencontre avec les Français a été très enrichissante. Ils sont très avancés. Ce point de vue extérieur donne des idées à mettre en application ici. La visite des parcelles de démonstration de plantes pour produire de la biomasse était très intéressante. »

Claude Blais
CUMA L'Oie Blanche
Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud


« J'ai beaucoup apprécié ma journée, car au Québec, nos CUMA sont toutes indépendantes et on n'a pas beaucoup de liens entre nous. Donc, quand nous avons la chance d'échanger, c'est positif. J'ai particulièrement aimé le conférencier français qui nous a parlé de leur démarche d'anticipation sur l'avenir. Pour les CUMA au Québec, toute démarche pour se coordonner serait bénéfique pour leur permettre d'évoluer. J'espère que ce séminaire aura amorcé cet intérêt. »

Serge Boivin
CUMA de la région de Coaticook


« C'était la première fois que j'assistais à une rencontre inter-CUMA. J'ai bien aimé les ateliers de discussion ainsi que les commentaires de nos confrères français. La conférence de Stéphane Gérard, qui portait sur les différents modèles de développement des CUMA, fut intéressante, et je trouve que ramener l'exercice en conseil d'administration sera très enrichissant. Enfin, la visite des parcelles était très intéressante et nous a donné des idées. Ça aurait pu s'étendre sur une demi-journée, tellement il y a eu de questions du groupe sur les différentes plantes que l'on peut utiliser pour produire de la biomasse. »

Hugo Bérubé
CUMA de la Rocaille
Sainte-Hélène (Kamouraska)

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés