Entretiens
Les coopératives, 	une puissance  économique et sociale
Les 300 plus grandes coopératives et mutuelles du monde ont ensemble un chiffre d'affaires de 1600 milliards $ US. C'est l'équivalent du produit intérieur brut du Canada, classé comme la 10e puissance économique mondiale (en 2010). Pour souligner le Sommet international des coopératives, qui se tient à Québec du 8 au 11 octobre prochain, Le Coopérateur vous présente des entrevues avec des dirigeants qui parlent de leur distinction coopérative ainsi qu'un bilan de ce que représentent les coopératives dans le monde.

David Fournier a les deux yeux rivés dans son microscope. Il évalue la viabilité des 14 embryons donnés par Sablière Oblique Astéroïde, fille d'une des vaches les plus productives de son troupeau, Sablière Wilton Astre. À trois ans, cette star raflait le titre de Grande Championne de Réserve à la Foire royale d'hiver de l'agriculture (la « Royale»), à Toronto. À quatre ans, elle enregistrait une production exceptionnelle: 14 000 kg de lait (55 kg à 5,1 % de gras au pic de lactation). Pour cette fois, seuls quatre de ses embryons seront conservés. Deux ont été implantés dans des taures de 15 mois au moment de la visite du Coopérateur, le 4 juin dernier. Les deux autres ont été congelés sur place dans l'azote liquide pour usage ultérieur.

« De nombreux facteurs influencent le nombre d'embryons produits et leur viabilité : l'âge de la vache, son alimentation, et le hasard, bien sûr », fait savoir le docteur Sylvain Major, associé à l'Hôpital vétérinaire des Bois-Francs, tout comme David et cinq autres médecins. Le docteur Major est un spécialiste du transfert embryonnaire. Il conseille David dans cette démarche d'amélioration du statut génétique du troupeau.

Cela fait six ans que la famille Fournier pratique cette technique. « On veut développer de meilleures familles de vaches et atteindre une productivité moyenne de 9000 kg de lait par année », fait savoir David qui, depuis 2007, est associé dans l'entreprise à parts égales avec ses parents, René et Céline. René Fournier, 69 ans, alerte et toujours très actif à la ferme, a siégé 22 ans au conseil de La Coop des Bois-Francs, dont une décennie à titre de président, de 1991 à 2001.

La Ferme Sablière, installée à Saint-Rosaire, est une entreprise bien en vue dans le milieu de la Ayrshire au Québec et au Canada. Le préfixe Sablière est une valeur sûre. Ses propriétaires ont d'ailleurs décroché en 2011 le convoité titre de Maître-éleveur. Une reconnaissance qui en dit long sur leur foi en cette race originaire du comté d'Ayr, en Écosse, et qui fait preuve d'une grande facilité au vêlage.

Hormones,
oui ou non?


David ne voit aucun problème à l'usage d'hormones dans la technique du transfert embryonnaire. « Il s'agit d'hormones naturellement sécrétées par l'animal, dit-il. En les utilisant, on ne joue que sur le temps en accélérant un processus naturel et non pas sur la santé. Qu'une chaleur soit naturelle ou induite par traitement hormonal, c'est la même chose », assure-t-il.

À la fois modestes et affables, les propriétaires ne font pas grand étalage de cette ultime reconnaissance, même s'ils en sont plus que fiers. « C'est d'abord un accomplissement personnel », dit David, 35 ans, diplômé de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal en 2004. Un accomplissement qui prend sa source en 1898, alors que l'arrière-grand-père de David, Alfred Fournier, jette les bases de l'entreprise. Les générations qui se sont succédé ont toujours misé sur la production individuelle, la conformation et la longévité. René Fournier a pris les rênes de l'entreprise en 1974 et lui a donné, à sa façon, un nouveau souffle. « Plusieurs vaches du troupeau Sablière sont reconnues pour leur production de lait à vie dans la race Ayrshire, dont trois à plus de 100 000 kg », souligne Robert Leclair, expert-conseil à La Coop des Bois-Francs, qui entretient une grande complicité avec les propriétaires. Le troupeau Sablière compte aujourd'hui 110 têtes de race pure, dont 63 vaches. Quarante-sept d'entre elles sont en lactation. Le troupeau est constitué de sujets Ayrshire (90 %) et Holstein (10 %). Les propriétaires veulent miser sur trois familles et orienter leur sélection de façon à n'avoir dans l'étable, au minimum, que des vaches classifiées Très Bonne. Un objectif ambitieux, soit, mais qui est à la portée de ces maîtres de l'élevage.

Pour accélérer l'amélioration génétique du troupeau, le transfert embryonnaire est une voie que David et ses parents vont privilégier à l'avenir, sans toutefois négliger l'IPV, les épreuves ainsi que la sélection de taureaux et autres indicateurs de performance. « C'est la différence entre un coup sûr et un coup de circuit », commente le vétérinaire Sylvain Major. « De 30 à 40 % de nos sujets, ceux d'un peu plus faible valeur génétique, pourraient dans l'avenir être implantés avec des embryons de haut statut génétique », fait savoir David. L'arrivée prochaine de la génomique dans la race Ayrshire viendra donner un coup de pouce additionnel à leurs efforts d'amélioration. « En lisant le génome de l'animal, on va accroître la fiabilité de notre sélection », ajoute le producteur.



Transfert d'embryons 101
Tout commence par l'injection vde l'hormone FSH à une vache donneuse afin de stimuler, sur les ovaires, le développement simultané de plusieurs follicules. C'est la surovulation. Une autre hormone, la prostaglandine, est ensuite administrée pour déclencher les chaleurs. Puis l'insémination est pratiquée à deux reprises, à 12 heures d'intervalle. Sept jours plus tard, les embryons sont récoltés (jusqu'à 25 chez les vaches et environ une quinzaine chez les taures). Après évaluation de la qualité et de la viabilité des embryons, c'est l'implantation. « La clé de la réussite, c'est la synchronisation du système reproducteur de la vache receveuse avec celui de la donneuse, souligne David. Si la corne utérine où se déroule la gestation n'est pas encore au bon stade, l'embryon le perçoit et peut se « mettre en stand-by » pendant 24 heures jusqu'à ce que le milieu utérin soit propice à le recevoir. L'embryologie, c'est vraiment fascinant. »

Le programme alimentaire

Par Robert Leclair, T.P.
Expert-conseil
La Coop des Bois-Francs


Ferme Sablière
1 EX, 13 TB, 28 BP, 8 B
8213 kg L, 4 % G, 3,3 % P
MCR : 243-236-247
Intervalle saillie-sevrage :
395 jours


Vaches en lactation
Maïs cassé
Foin sec
Balle ronde semi-sec
Supplément Synchro 4055
Supplément Synchro 2123
Minéral Synchro 10-9C

Vaches au tarissement
Foin chloré
Minéral Transilac 7-3C

Génisses
Aliment VO-22 XLR
Lactoremplaceur
Goliath XLR 27-16
Supplément Goliath Expo


La ration servie en cinq repas à l'aide d'un robot, comparativement à de la moulée servie deux fois par jour, permet de réduire l'incidence d'acidose et des problèmes de pattes.

Génétique et longévité
« Les vaches élites, on veut les garder longtemps dans le troupeau, car elles sont payantes, fait savoir le producteur vétérinaire, mais cette pratique, qu'on le veuille ou non, vient un peu jouer contre l'amélioration génétique. C'est un paradoxe. » Paradoxe ou pas, Sablière Andreas Kally (TB-86, production à vie de 116 488 kg en 11 lactations) et Sablière Heligo Terry (TB-85, 100 697 kg), tout comme Sablière Wilton Astre, pour ne mentionner que celles-là, font la fierté de l'élevage depuis de nombreuses années. Elles sont la preuve tangible que longévité rime avec productivité.

Francis Bilodeau et Martin Tourigny, deux collègues de Robert Leclair, mordus de génétique et passionnés d'exposition, ont mis leur vaste savoir-faire en la matière au service de la famille Fournier. Les titres récemment obtenus lors de diverses expositions sont probants et témoignent de leur réussite: Grande Championne de Réserve à la Foire royale d'hiver de l'agriculture, All-Canadian 3 ans junior, et Mention honorable junior au Salon international laitier 2012. René Fournier a toujours eu l'œil pour dénicher les belles bêtes productives. Et son intérêt pour la génétique ne s'essouffle pas, au contraire. La famille a déjà eu le privilège de voir des taureaux de son élevage au Centre d'insémination artificielle du Québec. En mettant l'accent sur le développement de bonnes familles de vaches, les propriétaires caressent le rêve de répéter cet exploit.


En matière d'élevage, de production et d'efficacité,
René Fournier, Robert Leclair et David Fournier forment
une équipe du tonnerre!


Conjuguer médecine et production

Les journées de David son bien remplies. Après la traite du matin, il saute dans sa camionnette et commence ses visites à la ferme. « Comme vété­ri­naire, j'agis comme conseiller auprès des producteurs, dit-il, mais j'en apprends tout autant. Les deux métiers que je pratique permettent des échanges très stimulants. C'est un constant processus d'appren­tissage. » Puis, vers 17 h, c'est le retour à l'étable pour la traite du soir. Pour que le tout tourne rondement, les Fournier peuvent sans crainte laisser le troupeau aux bons soins de leur employé, Pierre Noël, qui, avec plus de 30 ans de métier au sein de l'entreprise, fait littéralement partie de la famille.



Dehors
Les Fournier laissent leurs taures et vaches taries s'ébattre au grand air pendant toute la belle saison. Les taures y passent leur grande journée. Les vaches, elles, ont accès à l'extérieur seulement après la traite du soir. Car le jour, en pleine canicule, dit David, les vaches sont beaucoup mieux à l'intérieur. « Cette séance d'exercice leur fait le plus grand bien et améliore leur longévité », assure le producteur. Mais dans sa pratique vétérinaire, il ne recommande pas systématiquement aux éleveurs de sortir leurs vaches. « Tout dépend du système de roduction de chacun, dit-il. Il est vrai qu'à l'intérieur, l'alimentation est plus stable. C'est d'ailleurs pourquoi je garde mes vaches à l'étable durant la période de transition, une étape cruciale qui influence largement la production. » Selon David, au Québec, environ 5 à 8 % des vaches laitières ont accès aux pacages. L'augmentation de la grosseur des troupeaux, le contrôle plus étroit de l'alimentation et la diminution des superficies allouées aux pacages
ont incité les éleveurs à ne plus sortir leurs animaux.

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