Entretiens
Les coopératives, 	une puissance  économique et sociale

Des animaux uniformes qui croissent au même rythme, des côtelettes de porc identiques au rayon des viandes, ce sont des objectifs de production dans le programme de sélection de Sogeporc. Mais la génétique est une science complexe, avec certains côtés étonnants, qu'il faut bien maîtriser pour appliquer les principes de sélection.
Pour parvenir à obtenir des animaux plus uniformes, aussi surprenant cela soit-il, on a d'abord besoin de variation. En effet, comment peut-on sélectionner les meilleurs animaux pour ce qui est de l'épaisseur du muscle de la longe s'ils sont tous semblables? Les animaux sont donc différents, et cela dépend soit de leur génétique, soit de leur environnement (l'environnement étant pris au sens large et incluant tout ce qui n'est pas génétique, comme l'alimentation, la température, la santé, etc.).

Pour faire de la sélection, on a donc besoin de variation. On peut alors sélectionner les « meilleurs » individus pour les caractères sélectionnés, « meilleurs » étant fonction de ce qui est recherché. Par exemple, pour le gras dorsal, on vise une épaisseur moyenne à l'abattoir de 18 mm. Les meilleurs animaux pour ce caractère seront donc ceux qui peuvent donner 18 mm au poids recherché, et non pas les animaux les plus gras qui peuvent avoir 30 mm ni les plus maigres qui ont à peine 10 mm.

La figure 1 (à la page 42) montre l'épaisseur du muscle de la longe mesurée aux ultrasons l'an dernier dans un échantillon d'animaux vivants de mêmes sexe et race et ajustée à un même poids : la plus basse mesure est de 51 mm et la plus élevée est de 77 mm. L'animal avec l'épaisseur de longe la plus élevée a 50 % de plus de muscle que celui qui a la plus petite mesure! En sélectionnant l'animal qui a la plus haute valeur, on peut espérer obtenir une augmentation de l'épaisseur du muscle de la longe chez ses descendants.

Mais ce n'est pas toujours ce qu'on observe. Pourquoi? Parce que la réponse à la sélection est fonction non seulement du phénotype du parent, mais aussi de l'héritabilité (probabilité de transmission d'une génération à la suivante), du caractère, des corrélations entre les caractères, de l'intervalle entre les générations (temps que prend un animal pour avoir des descendants), de la précision de la mesure, de la quantité d'animaux sélectionnés et de la variabilité du caractère.

L'intervalle entre les générations et la précision de la mesure ne sont pas problématiques pour la majorité des caractères; par contre, les corrélations entre les caractères, la variabilité du caractère et le nombre d'animaux sélectionnés le sont. Ainsi, moins on garde d'animaux, plus on garde les « meilleurs » pour le caractère recherché, et plus le caractère va s'améliorer rapidement, mais cela va augmenter la consanguinité et, éventuellement (et contradictoirement à l'effet obtenu au début), ralentir le progrès génétique. Afin d'éviter l'accouplement d'animaux apparentés et conserver un progrès, un taux de renouvellement minimum doit être maintenu, ainsi que plusieurs familles non apparentées.

Il arrive aussi que certains caractères soient corrélés négativement. Ainsi, un animal avec une surface d'œil de longe élevée aura parfois une conversion alimentaire également élevée, ce qui n'est pas recherché. Il est donc difficile de sélectionner un animal qui est améliorateur à la fois pour la surface d'œil de longe et la conversion alimentaire, mais c'est réalisable.

La variabilité du caractère est un facteur important pour la sélection : pas de variabilité, pas de sélection. On a vu que pour l'épaisseur du muscle de la longe, la variation est importante – il y a 26 mm d'écart entre deux animaux extrêmes. Pour d'autres caractères, la variation est d'un tout autre ordre. Par exemple, dans le même groupe d'animaux (voir la figure 2), l'animal avec le moins de gras dorsal en a 6 mm et celui qui en a le plus, 16 mm, pour une différence de 10 mm. L'animal le plus gras a quand même presque trois fois l'épaisseur de gras de l'animal le plus maigre!

Certains caractères ont peu de variation. C'est le cas du nombre de tétines (voir la figure 3). Mais comme il existe de la variation, c'est un caractère qu'on peut sélectionner. Ce sera plus long que pour des caractères avec plus de variation, comme le muscle et le gras, mais on voit déjà une augmentation du nombre de tétines chez les animaux nés en 2012, comparativement à ceux nés il y a 10 ans.

La variation dans un troupeau de sélection est donc essentielle. Par contre, dans le choix des animaux pour la production de porcs commerciaux, il faut viser l'uniformité. C'est ainsi que certains animaux extrêmes pour un caractère en particulier seront utilisés uniquement en sélection. L'important est de garder la caractéristique de l'animal pour pouvoir la transmettre à plusieurs descendants et, avec le temps, transmettre l'amélioration aux porcs commerciaux. Une valeur qui est extrême aujourd'hui, mais qui répond aux besoins des marchés et des producteurs, sera la norme dans quelques années d'ici.

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