Entretiens

Le confort d'aujourd'hui

dans un bâtiment d'époque


En 2009, Patrick Séguin et ses parents, Pierre et Colette, décident de porter un grand coup. Redonner du confort à leurs vaches pour leur permettre d'exprimer tout leur potentiel génétique. « On perdait des animaux, on courait après le lait, on n'arrivait pas à garder de bonnes familles de vaches », fait savoir Patrick.

Des regrets? Patrick en a peu, sinon qu'il aurait préféré mieux répartir la grandeur des stalles. Et s'il avait su que les résultats seraient aussi bons, il aurait acheté plus de quota!

En 2001, un bâtiment de 16 m sur 45 (55 pi sur 148) est construit pour loger les taures en stabulation libre.
Les producteurs de Saint-Albert, dans l'Est ontarien, n'avaient plus le choix. Il leur fallait offrir plus d'espace aux 85 vaches, passablement à l'étroit dans le bâtiment de 61 m sur 12 (200 pi sur 40) aménagé en tête à tête.

Deux options se pointent. Reconstruire à neuf ou agrandir et rénover le bâtiment existant. Après mûre réflexion, et surtout après avoir consulté leur portefeuille, les Séguin misent sur le deuxième choix. « Notre situation financière ne nous permettait pas de reconstruire. Mais même si ça avait été le cas, on ne l'aurait pas fait. Pourquoi s'endetter massivement sans obtenir plus de résultats de notre troupeau ? » demande judicieusement Patrick, formé à l'ITA de Saint-Hyacinthe et principal instigateur du projet. Sage décision : les propriétaires à parts égales de la Ferme Ricky s'en sont tirés avec une facture de 360 000 $, environ le tiers du prix d'une construction neuve.

Un bon départ
« L'étable de 30 m sur 12 qu'avaient achetée mes parents en 1977 avait la hauteur et la largeur nécessaire pour qu'on puisse y apporter des améliorations importantes sans tout jeter à terre », explique le producteur de 35 ans, qui siège au conseil d'administration de La Coop AgriEst. « C'était un bon bâtiment de 52 places solidement construit sur le roc, et que l'on avait déjà agrandi de 30 m en 1988. »

L'alimentation du troupeau
François Jacques, T.P.

Expert-conseil
Regroupement des Frontières


Génisses
(jusqu'à 6 mois)
Foin sec de graminées
Goliath Star Pro
Goliath Totalveau
Goliath XLR 27-16

Génisses
(de 6 mois au vêlage)
Foin sec de graminées
Ensilage de foin
Ensilage de maïs
Goliath Expo
Goliath 40

Vaches taries
et en transition
Foin sec de graminées
Ensilage de maïs
Ensilage de foin
Minéral Transilac VT7-3C
Aliment Transimil 15 %

Vaches en lactation
(2 groupes)
Ensilage de foin
Ensilage de maïs
Foin sec mélangé
Maïs humide
Supplément Synchro 4055V opt. 1
Supplément Synchro méga
Soya micronisé
Minéral Synchro 18-5T
ou 14-9T

Mais voilà, certaines infrastructures montraient des signes de désuétude. Les stalles étaient trop étroites et pas assez profondes. Les mangeoires se trouvaient plus basses que le plancher des stalles, les chaînes étaient trop courtes et le mode de traite en tête à tête s'avérait de moins en moins pratique. Il fallait aussi penser au confort et à l'efficacité du travail des propriétaires !

Les Séguin s'accordent alors pour ajouter à l'étable une section de 18 m sur 16, afin de fournir, dans l'ensemble du bâtiment, plus d'espace au troupeau en lactation et, du coup, de pouvoir loger les vaches taries. Dans la foulée des travaux d'agrandissement, on refait à neuf tout le ciment de l'étable existante. On élargit les stalles. La majorité d'entre elles mesurent maintenant 150 cm (60 po) de large sur 182 de long. Les plus petites vaches se contentent de 137 cm sur 178 (tout de même !). Une nette amélioration par rapport aux 114 cm dont disposaient les vaches, à l'origine, en 1977. On profite de l'occasion pour positionner les vaches queue à queue, de manière à faciliter la traite (l'étable compte maintenant 95 places). On installe un système de traite de plus grande capacité, des trayeuses sur rail et un système de distribution d'eau à plus haut débit. L'espace mangeoire, où l'on sert une RTM, est en céramique et situé 10 cm au-dessus des matelas de caoutchouc qui recouvrent toutes les stalles. Une chaîne de 91 cm laisse plus de liberté de mouvement aux vaches. Quatre ventilateurs ont été ajoutés aux cinq que comptait déjà le système de ventilation tunnel. Bref, deux mois et demi d'un intense travail, du matin au soir.

Résultat : la production est en constante évolution. « J'ai arrêté de perdre des vaches à cause du manque de confort, dit Patrick. Je dois même en vendre ! On a besoin de moins d'animaux, soit environ 80, pour faire notre quota de 103 kg – 35 litres en moyenne par vache et par jour dans le réservoir ! Notre MCR est à 235 et notre moyenne est supérieure à 10 000 kg. Le compte des cellules somatiques est passé de 300 000 à 150 000, et les cas de mammite ont chuté radicalement.

« Depuis les rénovations, notre troupeau a fait un virage à 180 degrés. On a même eu cette année notre première vache classifiée EX avec notre préfixe Ricky ! On est capables de garder de bonnes familles de vaches. Aujourd'hui, c'est le fun de venir tirer les vaches. Je suis fier que Le Coopérateur s'intéresse à notre entreprise. »
Cher Patrick, tout le plaisir est pour nous. Nous sommes heureux que tu aies accepté de nous rencontrer !

Les propriétaires ont amélioré leur qualité de vie et l'efficacité de leur entreprise, en plus de diminuer la main-d'œuvre nécessaire pour passer de 67 kg/jour en 2000 à 103 kg/jour aujourd'hui.



« Je suis "drivé"

par la croissance… »




« Mais pas à n'importe quel prix ! » Associé avec son père depuis 10 ans, Jean-Pierre Lavigne ne s'est jamais posé la question : je m'arrête ou je continue ? Pour ce jeune entrepreneur laitier de 34 ans, père de quatre enfants, l'avenir s'annonce limpide. « J'ai une vieille étable, mais je fais de l'argent », souligne celui qui est également administrateur à La Coop AgriEst et membre d'une coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA). La ferme de Sainte-Anne-de-Prescott produit un quota de 153 kg avec 103 vaches en lait, pour un troupeau total de 124 vaches. « J'ai un projet de rallonger l'étable pour loger une quinzaine de vaches de plus », dit-il.

L'alimentation du troupeau
Dominic Bélanger, agr.

Directeur des ventes
La Coop AgriEst


Veaux
0-2 mois : Bovo XLR 27-16 avec Goliath Star Pro à volonté
2-4 mois : Goliath Star Pro
4-6 mois : maïs sec + Goliath
38 Bov + foin sec mélangé
6-12 mois : Goliath 40 % +
haylage + ensilage de maïs
12-24 mois : haylage
+ ensilage de mais + minéral Goliath 12-5 Bov

Vaches taries
Foin sec
Maïs sec
Transilac VT 42

Préparation au vêlage
Transimil 24 %
Foin
Ensilage de maïs

Vaches en lactation (2 groupes)
RTM, mélange de base
Ensilage de maïs (32 % m.s.)
Foin mélangé de 1re coupe
(1 kg le matin et 2 kg dans la RTM)
Ensilage d'herbes mélangées
de 3e coupe (34 % m.s.)
Soya micronisé
Mélange VIP no2

Ajout à la RTM de base pour le groupe 1 (45 % des vaches)
Mélange VIP no1 (concept MI + pulpe de betterave + levure)
Maïs-grain humide (24 % hum.)
Soya micronisé
Minéral Synchro Synchro STB T
+ 1,5 kg de Pulpo-Lac F3
en couverture aux vaches du groupe 1

Ce n'est pas la première fois que les deux associés donnent un nouvel essor à l'exploitation. Alain et Rachel Lavigne, les parents de Jean-Pierre, se sont d'abord établis en 1967 avec un bon troupeau. En 1976, Alain aménage un espace pour les taures. Une vingtaine d'années plus tard, en 1996, il agrandit l'étable de 100 pi. Trente vaches peuvent prendre place dans cette section dotée de stalles de 4 pi et demi de largeur. Puis, il y a six ans, Alain et son fils relogent les taures et vaches taries sous un dôme en toile, de type étable froide, d'une dimension de 70 pi sur 150, qu'ils installent pour un coût de 300 000 $. Précisons que l'investissement comprend également une fosse pour servir les 250 têtes de tout le troupeau. « La construction du dôme a été un bon move pour le confort des animaux », fait remarquer Jean-Pierre. L'espace récupéré à l'étable principale est alors réaménagé pour un coût de 150 000 $. On y a refait tout le ciment, les stalles sont élargies (5 pi sur 6) pour pouvoir accueilir les plus grosses vaches, puis un nouveau lactoduc est installé. Ces investissements ne mettent pas à mal les finances de la ferme. Au contraire, ils permettent des gains d'efficacité, une meilleure santé pour le troupeau et du plaisir au travail.


Alain et Jean-Pierre Lavigne. Préocupé par la spéculation dont les terres font l'objet, Alain estime que cet enjeu sera un des plus gros défis que devra relever le milieu agricole dans l'avenir. « On achète des terres pour produire, c'est notre passion », dit Jean-Pierre.

L'étable de 300 pi sur 45 est équipée d'un performant système de ventilation tunnel. Fonceurs et axés sur les affaires, les Lavigne pratiquent trois traites par jour (à 6 h, 14 h et 22 h). La production moyenne atteint 13 000 kg (MCR de 285-299-275). L'entreprise compte en plus 400 hectares en cultures diverses (soya, maïs, blé, fourrages) et une érablière de 1600 entailles. Deux employés à temps plein et une dizaine à temps partiel prêtent main-forte aux propriétaires.

Le dôme en toile de type étable froide où sont logées les taures et vaches taries.
« Quand tu arrêtes d'investir, c'est la fin », croit Jean-Pierre, qui travaille de 70 à 80 heures par semaine. « Quand tout a été laissé à l'abandon trop longtemps, il est trop tard. La dépréciation et l'inflation grugent tous les profits. » « Si on n'avance pas, on recule », ajoute Alain. La philosophie à long terme de l'entreprise, c'est de croître. Mais, encore une fois, pas à n'importe quel prix. « On ne construit pas pour impressionner la galerie, souligne Jean-Pierre. Il faut que ce soit rentable. On pense croissance pour avoir une masse critique qui permet d'adopter de nouvelles technologies afin d'améliorer notre efficacité. »

« En agriculture, il faut penser comme ça, estime Alain. Le sens du travail et de l'effort, c'est important. On ne peut pas vivre de subventions. Au fil des ans, c'est beaucoup plus valorisant quand, à force de travail, la réussite vient de toi. »



« D'abord le rêve,

ensuite le portefeuille »


C'est le 32e qui s'est avéré le bon. Le 32e plan d'une nouvelle étable laitière que Marc et Ginette Quesnel ont bâtie en 2007 dans leur ferme de Moose Creek, en Ontario. « Je me levais à 4 h du matin et je traçais des plans à l'échelle, dit Marc. Au début, je voyais grand. Je rêvais. J'imaginais toutes sortes de possibilités. L'emplacement du nouveau bâtiment changeait de jour en jour. »

L'alimentation du troupeau
Dominic Bélanger, agr.

Directeur des ventes
La Coop AgriEst


Veaux et taures
0-2 mois :Lactoremplaceur Goliath 27-16
(jusqu'à 10 litres/jour),
moulée Goliath 21 à volonté
2-4 mois : moulée Totalveau XLR à volonté
4-6 mois : 4 kg de Totalveau
+ foin à volonté
6-12 mois : voir programme de 12 mois et plus + Goliath 38 RUM
12 mois et plus : fourrages, maïs humide + minéraux
(en RTM)

Vaches taries
Foin Haybec
Ensilage de maïs (32 % m.s.)
Supplément Transilac VT42

Préparation au vêlage
Même ration + maïs humide
et soya micronisé

Vaches en lactation (3 groupes)
Vaches ayant récemment vêlé (21 premiers jours)
RTM du groupe 1 + Pulpolin, supplément VIP, foin de graminées 2e coupe

Groupe 1
Foin sec de 1re coupe, jeune
Maïs-grain humide moulu
(72 % m.s.)
Ensilage de maïs
Haylage de 3e coupe
(47 % m.s.)
Soya micronisé
Mélange supplément non cubé avec minéraux et additifs
Maïs sec moulu

Groupe 2
Minéral Synchro 18-5T
Foin sec de 2e coupe, mature
Maïs-grain humide moulu
(72 % m.s.)
Ensilage de maïs
Haylage de 3e coupe
(47 % m.s.)
Soya micronisé ou drêche
de distillerie

Pour alimenter sa réflexion, et avant d'arrêter son choix, le couple multiplie les visites de fermes – États-Unis, Brésil, Argentine – et les consul­tations auprès de partenaires – expert-conseil, vétérinaire, conseiller en gestion. Ce n'est pas par simple plaisir qu'il se donne tout ce mal ! Marc et Ginette sont alors à la croisée des chemins. Le confort de leurs animaux est inadéquat, malgré les nombreuses améliorations apportées au fil des ans : allongement des logettes, installations de tapis de caoutchouc dans les allées et sous les vaches, amélioration de la ventilation et de la luminosité. Rien n'y fait. La longévité des 100 vaches de la ferme LCM Quesnel est en chute libre. Le troupeau est composé à 55 % de sujets de premier veau. « L'élevage ne fournissait pas et il fallait acheter des vaches, dit Ginette. On savait que c'était le bâtiment. Le confort, c'est là où est l'argent. On était rendus là. »

La situation concorde aussi avec un besoin de croître pour accueillir une relève qui monte en puissance. Pascal, Valérie et Joël sont aussi passionnés que leurs parents. Décidément, toutes les planètes étaient alignées. Mais il fallait faire le tout au meilleur coût possible.

C'est donc le 32e plan que Marc a dessiné qui sera mis à exécution. Les vaches en production et en phase de préparation au vêlage sont logées dans le nouveau bâtiment de 289 pi sur 104, qui compte 196 logettes. Le couple fait preuve de vision. Le complexe pourra aisément être agrandi pour abriter 800 vaches et même davantage. L'investissement atteint 1,2 million de dollars.


Le nouveau bâtiment de 289 pi sur 104, qui compte 196 logettes, a sensiblement amélioré le confort et la productivité du troupeau.

Le complexe aurait pu coûter beaucoup plus cher, si ça n'avait été des judicieux conseils de leurs partenaires. L'étable d'origine est utilisée pour élever les taures et les veaux. Le père de Marc leur souffle un tuyau qui se traduit par une économie de 800 000 $ : conserver l'ancienne salle de traite et la laiterie. Une somme qui a pu être consacrée aux 89 kg de quota dont l'entreprise a fait l'achat depuis 2007. « Une salle de traite, ce n'est pas payant, dit Marc. C'est le confort qui l'est. Bâtir pour le confort, ça ne coûte pas cher. » « Il faut le faire intelligemment, poursuit Ginette, en pensant aux vaches, à la façon dont elles pensent, de manière à favoriser la circulation naturelle des animaux. Une étable, ce n'est pas un showroom. Tout a été conçu en mettant l'accent sur le bien-être animal. »

Avec quatre rangées de logettes au lieu de six, chaque vache dispose d'un espace de 100 pi2, soit 20 de plus que dans l'ancienne étable. Dans les logettes, les vaches s'étendent sur une confortable couche de sable, ce qui a permis une importante économie de ciment, sans compter la réduction considérable des maux de pattes.

L'amélioration du confort a rapidement porté ses fruits. La production quotidienne s'est accrue de 10 kg par vache, pour atteindre de 35 kg. La longévité s'est aussi radicalement améliorée. « Le troupeau ne compte plus que 26 % de sujets de premier veau, souligne Ginette. Au lieu d'acheter des veaux, on en vend. » Marc chiffre leur réussite autrement : « Dans l'ancienne étable, pour une même quantité de lait dans le réservoir, il nous aurait fallu 59 vaches de plus. » Pour éviter les surprises, le couple a budgété avec une production de 25 kg et le même taux de remplacement. On connaît la suite. L'entreprise figure aujourd'hui parmi les six plus productives de son groupe de gestion.


Les améliorations apportées à la ferme LCM Quesnel ont permis de passer d'une production quotidienne de 79 kg de quota en 2000 à 185 kg aujourd'hui. Au cours de la même période, la production annuelle a bondi de 7755 kg à 10 800 kg par vache.

Le point de vue du Groupement de gestion agricole de l'Ontario

« Ces trois fermes ne sont pas seulement intéressantes par le projet qu'elles ont réalisé, mais aussi par la qualité de gestion dont leurs propriétaires font preuve, indique Luc Gagné, agronome et conseiller au Groupement de gestion agricole de l'Ontario. Ces producteurs, dont les entreprises sont membres du Groupement, n'hésitent pas à nous demander conseil afin d'obtenir un point de vue extérieur à l'entreprise et des chiffres qui leur permettent de prendre les meilleures décisions. Les rénovations majeures effectuées ont permis à ces trois fermes d'améliorer encore plus leurs résultats techniques et financiers, grâce notamment au meilleur confort offert aux animaux. Du coup, les producteurs ont amélioré leur propre confort, que ce soit en travaillant plus efficacement ou en éprouvant plus de motivation à travailler dans un environnement plus agréable. »

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