Entretiens
Condamnés, démérites, porcs morts transport, morts étable, voilà des mentions qu'aucun producteur ne souhaite retrouver sur un certificat d'abattage. Ils se traduisent en effet par un manque à gagner parfois important. Cet article se penchera sur les façons de les réduire.

Le nombre de porcs et les kilos payés apparaissent sur le certificat de chaque lot livré à l'abattoir. Il arrive qu'un certain nombre de porcs ou de kilos soient déduits du paiement versé au producteur, et ce, pour toutes sortes de raisons. Ces pertes peuvent être divisées en plusieurs catégories (voir le tableau 1).

Il existe 73 codes de condamnation pour lesquels les vétérinaires de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) n'autoriseront pas la carcasse à entrer dans la chaîne alimentaire. Pour ce qui est des démérites, la liste est un peu plus courte et comprend pour le moment 16 codes. Des employés de l'abattoir spécialement formés et supervisés par l'ACIA sont responsables de retirer les démérites de la chaîne d'abattage. Les parties enlevées sont pesées et déduites du poids de la carcasse. Puisque les escomptes porc La Coop et les compensations de l'ASRA sont versés en fonction du poids net des carcasses, ces parages peuvent parfois avoir un grand impact sur le revenu tiré des carcasses (voir l'encadré, page 43). Chaque mois, un représentant de la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) effectue un suivi dans tous les abattoirs afin de s'assurer que les normes régissant la qualité du travail de parage sont respectées.

Lymphadénite granulomateuse : lors de l'incision de routine des ganglions mandibulaires, si ceux-ci sont affectés, la tête sera condamnée.
Si on souhaite diminuer rapidement les pertes, il y a lieu de s'attarder d'abord aux causes les plus importantes et de les relier à des pratiques de gestion ou à des problèmes présents dans chacune des fermes. Le tableau 2 (page 44)décrit les principales causes de condamnation et de démérite actuellement observées au Québec, ainsi que les pistes à vérifier pour les réduire. Notez que les causes de condamnation et de démérite se ressemblent. Les pistes de solution et les facteurs de risque sont donc bien souvent les mêmes.

Il serait très avantageux que tous les producteurs connaissent le niveau de leurs propres pertes et essaient de les réduire au minimum. L'information se trouve sur chacun des certificats. Par contre, sur ces derniers, il n'apparaît qu'une cause de condamnation ou de démérite, alors qu'il arrive qu'à l'abattoir, plus d'une cause ait été relevée. Par l'entremise du site Internet de la FPPQ, chaque éleveur a également accès à ses données sur le Porc-Trait. Avec l'aide d'Olymel et de nos collègues du réseau La Coop, nous avons élaboré une fiche producteur (tableau de bord) pour vous aider à faire ce diagnostic. Contrairement aux certificats, sur le Porc-Trait et sur la fiche producteur (tableau de bord), si plus d'une cause de condamnation ou de démérite a été enregistrée, elles seront incluses dans la compilation. Une analyse détaillée avec l'aide de votre expert-conseil vous aidera à cibler les points à améliorer. N'hésitez pas à en parler : ce pourrait être payant !

Quelle est l'ampleur des pertes1 ?

• Porcs morts étable2 : 7674 porcs (760 493 kg)

• Morts transport (0,06 % des porcs livrés) : 4427 porcs (438 715 kg)

• Kg perdus pour démérites : 1 281 682 kg

• Kg perdus pour porcs condamnés : 2 368 239 kg

• Total des pertes : 4 849 129 kg

• Montant des pertes calculé avec les prix moyens de 2011 : 9 104 658 $ pour le Québec ou 1,23 $/porc abattu

1 Données des abattoirs du Québec (2011)
2 Estimé à partir des rapports de l'ACIA pour les abattoirs sous inspection fédérale, en considérant un poids moyen de 99,1 kg.

Tableau 1 Catégories de pertes
État Perte pour le producteur Code sur le certificat et dans Porc-Trait Explications
Porcs morts dans le transport Porc entier N'apparaissent pas pour l'instant sur le certificat et ne sont pas inclus dans le code 99 (cadavres). Les « morts transport » ne figurent pas pour le moment sur les certificats ni dans le Porc-Trait.
Porcs morts dans l'étable de l'abattoir et assumés par l'abattoir Ces porcs sont payés au producteur au poids moyen de 99 kg. Cadavre. Code de condamnation 99. Sur le certificat apparaît un poids de 99 kg ainsi que le code 94 dans la colonne « Info ». Un « mort étable » qui n'était pas inscrit « au risque » sur le bon de réception lors du déchargement sera payé au producteur.
Porcs morts dans l'étable de l'abattoir et assumés par le producteur Porc entier Cadavre. Code de condamnation 99 sur le certificat. Des tirets apparaissent à la place du poids, ainsi que le code 98 dans la colonne « Info ». Lorsqu'un porc est mis « au risque » sur le bon de réception et qu'il meurt dans l'étable, le producteur est responsable. Ce porc n'est donc pas payé.
Porcs euthanasiés dans l'étable de l'abattoir Si l'euthanasie est faite en l'absence du vétérinaire, le porc entier est perdu. Si le vétérinaire est présent, le porc sera monté sur la chaîne. Le code 991 est ajouté si le porc a été euthanasié en l'absence du vétérinaire de l'ACIA. Le code 999 apparaîtra s'il était présent. Le vétérinaire de l'ACIA est présent durant les heures d'abattage de l'usine. Les porcs euthanasiés en présence du vétérinaire sont montés sur la chaîne et payés comme les autres porcs.
Porcs entiers condamnés avant l'abattage (ante-mortem) Porc entier Les codes apparaissent sur les certificats. Dans le Porc-Trait, les causes apparaissent. Ces porcs sont condamnés par le vétérinaire de l'ACIA dans l'étable de l'abattoir, donc avant qu'ils soient abattus.
Porcs entiers condamnés après l'abattage (post-mortem) Porc entier Les codes sont sur les certificats. Dans le Porc-Trait, les causes apparaissent. Ces porcs ont été abattus, mais après inspection par le vétérinaire de l'ACIA, ils ont été condamnés.
Porcs avec démérites (certaines parties du porc sont enlevées) Les kilos enlevés sont déduits du paiement au producteur. Les codes sont sur le certificat. Dans le Porc-Trait, les causes apparaissent. Ce sont des employés des abattoirs, sous la supervision des vétérinaires de l'ACIA, qui sont responsables de parer les carcasses avec démérites.
Porcs parés par l'abattoir Les kilos enlevés ne sont pas déduits du paiement au producteur. N'apparaissent pas sur le certificat. Pour des raisons opérationnelles, l'abattoir retire des morceaux de carcasses sans pénaliser le producteur.


Tableau 2
Principales causes de condamnation et de démérite et pistes de solution à envisager pour les réduire


Principales causes de condamnation de porcs entiers ( % du total)
Détails et facteurs de risques potentiels
Abcès (45,8 %) Provient principalement des abcès au niveau de la queue, des omphalites (hernies ombilicales) ou des blessures sévères qui ont entraîné, par l'entremise de la voie sanguine, la diffusion des bactéries dans l'ensemble de la carcasse.

Solutions : Revoir la désinfection des nombrils et la coupe des queues et surveiller les problèmes reliés au cannibalisme.
Péritonite (15,9 %) Inflammation de la membrane interne qui recouvre les organes. Souvent associée aux hernies ombilicales ou s'observe chez les porcs avec sténose rectale (porcs ballonnés ou « chèvres »).

Solutions : Revoir la désinfection des nombrils. Les porcs ballonnés avec sténose rectale devraient être euthanasiés à la ferme, car ils ne sont pas transportables.
Arthrite (14,9 %) Les articulations sont infectées de façon généralisée, donc les bactéries sont passées dans la circulation sanguine, ce qui entraîne un risque pour l'ensemble des muscles et organes de la carcasse.

Solutions : Toutes les étapes de gestion en maternité peuvent être revues, en n'oubliant pas l'épointage des dents. L'usure des lattes est parfois la cause des blessures aux pattes.
Pneumonie (2,6 %) La présence de maladies respiratoires sévères et de mauvaises conditions d'ambiance (température, ventilation, poussières, ammoniac) aggravent la situation.

Solutions : Revoir la ventilation et le contrôle de l'ambiance, ainsi que les protocoles de prévention avec le vétérinaire.
Entérite (2,5 %) Les intestins sont infectés par des bactéries qui se diffusent rapidement dans tout l'organisme (des salmonelles, par exemple).
Principaux démérites : morceaux de porcs enlevés ( % du total)
Abcès multiples
(47,1 %)
La première cause de démérite. Tout comme pour les porcs condamnés, on peut retrouver des abcès un peu partout (queue, colonne vertébrale, muscle de l'épaule, etc.).

Solutions : Revoir la désinfection des nombrils, la coupe des queues, les techniques d'injection et la propreté des sites d'injection, et surveiller les problèmes reliés au cannibalisme. Les bris d'équipement peuvent parfois être en cause (rebords tranchants, objets pouvant percer la peau).
Peau et soies noires (17,6 %) Depuis l'automne 2011, ces deux conditions ont chacune leur code de démérite. Le démérite « soies noires » est lié à la présence de poils de couleur qui résistent au processus normal d'épilation des carcasses. Le démérite « peau » est davantage lié à la présence de maladies de peau.

Solutions : On peut diminuer le démérite « peau » en évitant les situations entraînant des dermatites (planchers sales, ambiance humide, infections parasitaires [acariens] ou bactériennes [staphylocoques]).
Arthrite (9,5 %) Une ou des articulations ont perdu leur intégrité, ce qui nuit aux muscles au pourtour de l'articulation infectée.

Solutions : Toutes les étapes de gestion en maternité peuvent être revues, en n'oubliant pas l'épointage des dents. L'usure des lattes du plancher est parfois la cause de blessures aux pattes.
Lymphadénite (8,2 %) Les ganglions sont touchés et la tête sera enlevée. On l'associe parfois, à tort ou à raison, à la tuberculose.

Solution : S'assurer que les oiseaux n'ont pas accès à l'élevage ou à la litière, car ils en sont des vecteurs.
Fractures (4,7 %) Principalement liées aux manipulations ou à certaines installations (planchers brisés, lattes usées, etc.).
Adhérences (3,4 %) Les intestins ou les poumons sont collés contre la paroi abdominale. Souvent associées à des problèmes septicémiques comme les infections à H. parasuis, S. suis ou A. suis. Des infections localisées aux poumons en sont aussi responsables, comme la bactérie responsable de la pleuropneumonie (A. pleuropneumoniae).

Solution : Revoir les protocoles de prévention avec son vétérinaire.

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés