Entretiens
Bien souvent en productions végétales, les champignons s'avèrent une sérieuse menace pour nos cultures. Ils colonisent nos plants et engendrent des maladies pouvant réduire à néant les efforts de toute une saison. C'est pour cela que les champignons dits pathogènes ont toujours monopolisé notre attention. Mais cette vision limitée nous fait oublier toute la force des écosystèmes. La nature a aussi créé une multitude d'organismes utiles pour nos plantes. Les champignons mycorhiziens en font partie.

Les mycorhizes, du grec mukês (champignon) et rhiza (racine), sont une association entre un champignon microscopique et les racines d'une plante. Ils vivent en symbiose, c'est-à-dire qu'autant la plante que le champignon en retirent un bénéfice.

Les mycorhizes sont présentes sur terre depuis longtemps. Des fossiles de 400 millions d'années de ces champignons ont déjà été retrouvés. Les chercheurs estiment que les mycorhizes auraient contribué au développement des plantes sur la terre ferme bien avant le temps des dinosaures. On retrouve une grande diversité de champignons mycorhiziens, surtout en forêt.

Toutefois, sur les terres arables, la situation est très différente. L'agriculture intensive des 60 dernières années a considérablement réduit leur population. En production de pommes de terre, par exemple, le sol est abondamment travaillé. Les différents outils aratoires et, surtout, les arracheuses déplacent et tamisent le sol de façon importante. Les niveaux de matière organique ont graduellement baissé. La matière organique est essentielle à la vie dans le sol et à la formation d'agrégats stables. Faute de matière organique et avec le passage de machines lourdes, les sols se sont compactés. Finalement, pour lutter contre certains pathogènes coriaces, les fumigants sont entrés en scène. Le tout a laissé bien peu de chance aux champignons mycorhiziens qui pouvaient être présents à l'origine.

La science ne s'est intéressée que depuis quelques décennies aux mycorhizes. Différents travaux de recherche sont venus confirmer leur importance dans les écosystèmes et tous les bénéfices qu'elles peuvent apporter aux cultures. En 2008, trois chercheurs ont d'ailleurs publié un livre aux Éditions MultiMondes intitulé Les mycorhizes, la nouvelle révolution verte. Ce livre aborde la biologie des mycorhizes et comment en tirer profit. On se rappellera que la révolution verte, dans la période de l'après-guerre, a été une période d'avancées importantes en agriculture.

Pour en tirer profit, il faut réintroduire ces champignons dans nos sols. Ainsi, depuis 2012, le réseau La Coop distribue l'inoculant mycorhizien Myke Pro Pomme de terre-L, mis au point et produit par l'entreprise québécoise Premier Tech Biotechnologies. Au fil de leurs recherches, les chercheurs de Premier Tech ont isolé en laboratoire et multiplié par la suite le champignon Glomus intraradices, qui s'avère très efficace pour former des mycorhizes avec les plantes cultivées. Ce sont les spores de ce champignon que l'on retrouve dans le Myke Pro.

Une fois appliquées au sol, les spores vont germer et produire des filaments appelés « hyphes ». Au contact d'une racine, les hyphes vont pénétrer les cellules et former des structures d'échange avec la plante. Un réseau de filaments extraracinaires va ensuite se développer pour explorer le sol. Il va couvrir un volume de sol grandement supérieur à ce que les racines auraient couvert par elles-mêmes. C'est ce réseau qui absorbera les nutriments et l'eau pour ensuite les transmettre aux racines de la plante. En échange, la plante fournira des sucres aux champignons.

Racine sans mycorhizes
Les mycorhizes sont particulièrement efficaces pour capter le phosphore dans le sol. Cet élément étant peu mobile, il ne se déplace pas vers les racines. Son absorption sera favorisée par un plus grand réseau de captage fourni par la multitude de filaments qui iront chercher le phosphore où il se trouve. Une absorption plus rapide des nutriments aura pour effet de stimuler la croissance de la plante et le développement d'un système racinaire bien étendu. Un bon système racinaire est indispensable pour fournir de l'eau à la plante lors de conditions sèches.

Chaque action que nous posons pour améliorer les conditions de croissance et réduire les stress permettra au plant de pomme de terre d'optimiser son rendement et sa qualité. Depuis trois ans, des essais au champ ont été réalisés dans tout l'est du Canada sur une centaine de sites afin d'évaluer l'impact de l'inoculant mycorhizien Myke Pro. La moyenne cumulative des trois années indique une augmentation de plus de 8 % des rendements de pommes de terre. En supposant un prix de la pomme de terre à 10 $ par quintal (q) (100 lbs ou 45,36 kg) et un rendement moyen de 270 q à l'acre (667 q/ha) multiplié par 8 %, on obtient une augmentation de 21,6 q. Soustrayons ensuite le coût du traitement, estimé à l'équivalent de 5 q, et on obtient un gain net de 16,6 q. Cette augmentation représente 166 $ de plus à l'acre (410 $/ha).

Racine avec mycorhizes
Pour obtenir une bonne mycorhization des plants de pommes de terre, une application uniforme est incontournable. Le Myke Pro Pomme de terre-L est un produit liquide offert en format de 3,8 litres et qui doit être entreposé au froid (de 2 à 8  °C). Il est appliqué sur les plantons ou dans le sillon. Une légère agitation est essentielle pour maintenir les spores en suspension continuelle dans la bouillie et assurer une couverture uniforme.

Après s'être consacrée pendant des décennies à l'étude de la physique et de la chimie des sols, la science agronomique nous ouvre maintenant les portes de la biologie des sols. Un seul mètre carré de sol peut abriter, dans ses 30 premiers cm, des millions de micro-organismes. Soulignons aussi l'accent que l'on met actuellement sur le travail réduit, les vers de terre et les plantes de couverture. La nature nous réserve encore bien des surprises sur l'organisation de la vie souterraine. Certes, nous devrons nous questionner sur nos approches agricoles traditionnelles et possiblement adapter nos pratiques. Mais il ne tient qu'à nous de mettre à profit les outils que la nature a créés. Les mycorhizes en sont un bon exemple. Avec elles, on peut reproduire au champ ce que la nature fait en forêt depuis longtemps.

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