Entretiens
C'est dans une jolie auberge de Saint-Paulin, en Mauricie, que s'est tenu, les 14 et 15 novembre dernier, le 11e Colloque des coopératrices, ayant pour thème « La coopération, tous azimuts ». Avec une satisfaisante participation de plus de 70 femmes enthousiastes de se retrouver ou de faire connaissance.
Le Colloque a débuté sur une note qui se voulait légère par la visite de la microbrasserie Nouvelle-France, située non loin du lieu de la rencontre. Une dégustation de bières avait aussi été prévue, au grand plaisir des participantes. De retour à l'auberge en toute sobriété, les coopératrices ont pu jouir d'un excellent souper grâce aux talents du chef Yan Gabriel Gauthier et de son équipe. Cette première demi-journée s'est donc terminée dans le plaisir et a permis d'atteindre un des objectifs du colloque, soit le réseautage.

C'est Colette Lebel, directrice des affaires coopé­ratives à La Coop fédérée, qui a ouvert la deuxième journée du Colloque. En cette Année internationale des coopératives, Mme Lebel en a profité pour faire un tour d'horizon du mouvement coopé­ratif mondial. Elle a montré que plusieurs organi­sations manifestent un intérêt grandissant au sujet de ce mouvement. Que ce soient les Nations unies, l'Orga­n­isation mondiale du travail ou même le Fonds monétaire inter­national, tous sans exception constatent l'importance des coopé­ratives. Ce nouvel intérêt, combiné aux activités de l'Année interna­tionale des coopératives, a permis d'apprendre à mieux connaître le mouvement coopé­ratif. Par exemple, les coopératives, qui comptent plus d'un milliard de membres autour du globe, offrent 20 % plus d'emplois que toutes les multi­nationales regroupées. Et si ces coopératives formaient un pays, il serait la plus grande démocratie au monde et la neuvième puissance économique.

Au classement des meilleures entreprises citoyennes publié par Corporate Knights1, on trouve aux premiers rangs Desjardins, Vancity et Co-operators. Succès certainement attribuable aux valeurs et principes coopératifs, tels que la démocratie, l'autonomie et l'engagement envers la collectivité, pour ne nommer que ceux-là. « Il n'est pas superflu de mentionner, surtout lors d'un colloque de coopératrices, que ces trois coopératives comptent des femmes à leur haute direction », s'est amusé à préciser notre conférencière avec son sourire communicatif.

L'automne québécois fut particulièrement fertile en activités de toute sorte ayant un lien avec la coopération, poursuit la directrice des affaires coopératives. La plus importante fut sans aucun doute le Sommet international des coopératives, qui a eu lieu à Québec : on y a dénombré 2800 participants, en provenance de 91 pays. Un véritable succès, qui a permis de mettre en lumière les principaux enjeux des différentes sociétés, tels que la réduction de la pauvreté, la démocratie et l'environnement. Mme Lebel a souligné que plusieurs conférenciers de la rencontre pré-Sommet, Imagine 2012, s'entendent à dire que l'économie de produits fera place à une économie de services. Il faudra aussi redéfinir la richesse en trouvant de nouvelles mesures, autres que le PIB. Ce n'est pas gagné d'avance, a-t-elle ajouté, car le capitalisme n'est pas encore mort, même si partout dans le monde on découvre de plus en plus les vertus de la coopération. « Quelquefois vu comme étant dépassé, si le modèle coopératif était au contraire en avant de son temps2 ? » a lancé Mme Lebel.

Andrée Dupont, conseillère en gestion, en communication et en leadership, a capté l'attention des coopératrices avec une conférence portant sur les habiletés politiques.
La spécialiste en coopération a consacré le dernier quart de sa présentation à souligner l'importance des femmes et la sous-représentation de ces dernières, non seulement dans le mouvement coopératif, mais également dans les entreprises capitalistes. Elle a aussi confié que lors du Sommet international, la conférencière Madeleine Albright, secrétaire d'État des États-Unis sous le second mandat du président Bill Clinton, a affirmé que « les femmes sont de meilleures coopératrices que les hommes ». « Ouf, je n'aurais jamais osé dire cela », a déclaré, tout sourire, Mme Lebel.

Même si les femmes ont beaucoup de qualités qui s'harmonisent avec le mouvement coopératif, les hommes sont en général plus habiles dans les situations dites politiques. C'est la raison pour laquelle les organisatrices du colloque avaient invité Andrée Dupont, conseillère en gestion, en communication et en leadership, à expliquer aux coopératrices comment développer ces talents dorénavant essentiels aux femmes.

D'entrée de jeu, Mme Dupont a expliqué ce qui distingue les mots « influence » et « manipulation » : le premier est à la base du leadership, alors que le second se traduit par l'exploitation d'une situation pour son profit personnel. Importante nuance ! Les habiletés politiques, c'est l'art d'influencer. C'est un processus d'influence consciente et voulue par lequel une personne fait accepter son point de vue par une autre, toujours dans le respect des valeurs de chacun. Selon la conférencière, les
Sophie Bédard, qui occupe le siège réservé à une femme au conseil d'administration de La Coop fédérée, a livré un message fort en émotions, ce qui lui a valu de chauds applaudissements.
habiletés politiques sont nécessaires à tout moment de la vie. Ce n'est pas uniquement au travail ou à l'occasion d'une réunion de conseil d'administration que l'on doit maîtriser ces techniques, mais plutôt dans la vie courante, tous les jours. Pour aider à la compréhension de son propos, Mme Dupont a fait participer toute l'assistance à un jeu fort amusant, mais surtout instructif, qui a permis aux coopératrices de se munir d'outils efficaces pour améliorer leurs échanges avec autrui. Activité si intéressante que plus personne ne voulait quitter la salle pour aller manger.

Au retour du dîner, Sophie Bédard, qui occupe le siège réservé à une femme au conseil d'administration de La Coop fédérée, a fait part de son bilan de la dernière année. Malgré son gain du territoire des Bois-Francs et le renouvellement de son mandat à La Coop fédérée, ce fut pour elle une année extrêmement difficile : séparation amoureuse, fin de production de sa ferme porcine et problème de santé. Beaucoup d'émotion dans l'air durant ce récit. Mais les coopératrices ont aussi eu droit à une très belle démonstration de résilience. En effet, Mme Bédard a raconté comment elle a utilisé son malheur pour offrir du bonheur aux autres. Déjà engagée à SOCODEVI, elle a décidé de faire revivre sa ferme en faisant don de ses équipements pour un projet en Bolivie, qui a permis d'augmenter un élevage de 30 à 50 truies. Chaleureux applaudissements pour Mme Bédard !
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés