Entretiens
« La santé est le trésor le plus précieux et le plus facile à perdre… », écrivait un chirurgien et auteur français du début du 19e siècle. Consciente de ce petit trésor à conserver, La Coop fédérée souhaite, comme elle l'a fait pour ses employés, sensibiliser les producteurs agricoles à l'importance de prendre soin d'eux‑mêmes et de prévenir les maladies. Voici le témoignage de deux couples qui, dans le cadre d'un projet-pilote, ont bénéficié d'un bilan de santé complet offert par La Coop fédérée.
Les producteurs agricoles sont durs avec leur corps, explique Claude Lafleur, chef de la direction de La Coop fédérée. Ils travaillent de longues heures dans des conditions parfois difficiles, mangent vite et souvent mal, dorment peu. « Paradoxalement, ils n'hésitent pas à faire passer régulièrement des check-up à leurs tracteurs, à alimenter leurs animaux avec des rations équilibrées et très performantes, à collaborer de près avec leurs vétérinaires. D'où l'idée de ce projet-pilote consistant à demander à des producteurs de faire faire leur bilan santé et de témoigner de leur expérience dans Le Coopé­rateur, le tout volontairement. »

Les couples Claire Desaulniers et Alphonse Pittet, producteurs laitiers de Saint-Tite, et Lorraine Lemay et Carl Marquis, aussi producteurs laitiers, à Sainte-Croix (Lotbinière), ont accepté l'offre de La Coop fédérée. Ils ont été dirigés vers Medisys, clinique privée qui produit ce genre de bilans. S'il y a un coût associé à ce service préventif, les suivis nécessaires pour les problèmes détectés peuvent s'effectuer dans les établissements de l'État, c'est-à-dire sans frais. L'ensemble des tests ne dure pas plus d'une demi-journée. « Nous avions d'abord un questionnaire à remplir portant sur nos habitudes alimentaires, explique Mme Desaulniers. Il nous fallait noter tout ce que nous mangions pendant trois jours. » Un autre document d'évaluation, à répondre en ligne, présentait des affirmations sur différents aspects de la vie; par exemple, sur la satisfaction qu'on retire de son travail. Puis, individuellement, chacun devait coter l'affirmation. Cette partie, peut-on dire, estimait l'attitude adoptée par rapport à différentes situations de la vie quotidienne. Ces deux « devoirs » devaient être faits avant la rencontre avec les professionnels.

Les deux couples se sont rendus à Québec pour subir les tests. Lorraine et Carl ont été très impressionnés par l'accueil reçu à leur arrivée à la clinique. « Une gentille infirmière nous conduit au vestiaire, raconte Carl, et nous offre des vêtements pour faire nos exercices, car nous devions faire un test d'effort sur tapis roulant et nous avions oublié d'apporter des vêtements confortables. Tout de suite après, on nous amène vers les prises de sang, car nous étions à jeun. Puis, sans tarder, on nous offre le petit-déjeuner. » Lorraine répète qu'il n'y a pas d'attente : « Après le petit-déjeuner, tous les tests ont déboulé l'un après l'autre. »

« Nous étions comme à l'hôtel », raconte pour sa part Claire Desaulniers, encore étonnée d'être reçue dans des lieux aussi beaux. Après les prises de sang et le petit-déjeuner, c'est la rencontre avec le médecin. Tout y passe, détaille la productrice : un questionnaire pour vérifier les antécédents familiaux, des tests pour connaître la capacité pulmonaire, d'autres pour évaluer les réflexes, des examens de la vue et de l'ouïe, une évaluation de la masse osseuse, une rencontre avec une nutritionniste. Bref, peu d'organes ou parties du corps n'ont pas été vérifiés, tâtés, analysés ou même radiographiés au besoin pour connaître l'état de leur fonctionnement.

Claire Desaulniers et Alphonse Pittet, producteurs laitiers de Saint-Tite, ont été agréablement surpris de lire dans leur bilan de santé qu'ils « allaient vivre ensemble longtemps ». Toutefois, Alphonse doit savoir prendre de vrais temps de repos pour établir un meilleur équilibre entre le travail et la détente.
Pour les Desaulniers-Pittet, la santé fait partie de leurs valeurs. Ils n'hésiteront pas à inclure les coûts d'un bilan de santé complet aux dépenses de l'entreprise.
« Les résultats de mon test sur le tapis roulant ont semé quelques doutes dans la tête du professionnel, raconte Claire. On m'a alors dirigée vers un cardiologue dans un hôpital public. Un rendez-vous que j'ai obtenu assez rapidement. Les inquiétudes n'étaient finalement pas fondées. »

Carl a vécu une histoire semblable au sujet d'une épaule sensible. « Tout de suite, on m'a envoyé à la radiographie, à un des étages plus bas. Cinq minutes plus tard, c'était fait. J'ai appris que je faisais un peu d'arthrose. Moi qui croyais avoir des ligaments déchirés à cause d'une mauvaise manœuvre que j'ai faite en travaillant dans l'étable. Je suis content de savoir exactement ce qu'il en est. »

Alphonse Pittet est ravi d'avoir découvert ce service : « Comme tout le monde, on se fait soigner quand on a un besoin. Mais à titre de prévention, ce n'était pas dans nos habitudes ni dans nos préoccupations. Dans le public, j'ai déjà reçu des soins et je ne me plaindrai jamais du service fourni. Toutefois, cette entreprise nous a donné un service qu'on n'imaginait même pas en matière d'accueil, d'horaire, de souplesse et de considération du client. » Carl Marquis, lui, insiste sur la flexibilité de l'horaire. « Pour un producteur agricole, dont le temps est si précieux, si tu peux avoir un test de A à Z de 9 h à midi, c'est le bonheur total. »

Au-delà de l'accueil et des services personnalisés, il y a le résultat qui compte. « Nous avons reçu un rapport complet de toute l'évaluation, y compris des recommandations, lorsque nécessaires », soulignent Claire et Lorraine, qui sont plutôt satisfaites des résultats, notamment en ce qui a trait à l'alimentation, car elles se sentent directement concernées par cet aspect de leur santé et de celle de leur famille. En fait, les quatre producteurs n'ont pas eu de mauvaises surprises. Certains ont reçu un diagnostic de « léger embonpoint », ont-ils dit avec un petit sourire en coin.

Claire et Alphonse ont été agréablement surpris de lire dans leur rapport qu'ils « allaient vivre ensemble longtemps ». Toutefois, Alphonse doit savoir prendre de vrais temps de repos pour établir un meilleur équilibre entre le travail et la détente.

Amateurs de bons vins, Lorraine et Carl croyaient se faire dire de diminuer leur consommation, mais ça n'a pas été le cas. Les repas bien arrosés sont toutefois réservés aux fins de semaine.
Quant à Lorraine et Carl, leur vie sociale active semble être un atout pour une bonne santé. « Cela aide au bonheur et, par conséquent, à la santé physique », souligne le producteur laitier, qui est amateur de bons vins. « Étant donné qu'on aime bien arroser nos repas du week-end, on s'attendait à ce qu'on nous modère un peu. Mais non. Ça ne semble pas être trop dommageable. » Par contre, Carl s'est fait recommander de boire plus d'eau. « Je n'en ressens pas du tout le besoin. Je vais devoir faire un effort. »

La conclusion de cette expérience est sans équivoque pour les Pittet. « La santé fait partie de nos valeurs, concluent-ils, tout comme l'éducation. » En effet, quand leurs deux garçons ont atteint le niveau secondaire, ils les ont inscrits à l'école privée. L'un d'eux n'y a pas terminé ses études, parce que le fonctionnement convenait moins à sa personnalité. Mais cela démontre que pour eux, s'il est nécessaire de payer pour obtenir un service conforme à leurs valeurs, ils n'hésiteront pas. Ils comptent même intégrer cette dépense aux activités de l'entreprise, c'est-à-dire un bilan de santé pour eux et leur garçon qui est en processus de prendre la relève. Chez les Marquis, l'évaluation a entraîné une réflexion semblable. « Comme le coût d'un tel examen est assez élevé [un peu plus de 1000 $] et que notre bilan de santé est plutôt positif, commente Carl, je pense que faire cette démarche tous les deux ans serait facilement concevable. »

Pour Claude Lafleur, « l'investissement qu'on fait dans les programmes de santé pour les employés, par exemple, c'est rentable d'un point de vue de gestionnaire. D'un point de vue humain, au-delà de cette rentabilité, des gens en bonne santé forment une entreprise plus harmonieuse que des gens qui ne le sont pas. »

Ce geste de La Coop fédérée a plu à Alphonse Pittet : « Nous faisons affaire avec toutes sortes d'entreprises, mais La Coop fédérée est la seule qui a eu l'audace d'aller jusque-là. Elle a eu la préoccupation de ne pas penser seulement à la santé financière de nos entreprises, mais aussi aux propriétaires, qu'elle veut en bonne santé. C'est une initiative de haute réflexion. »

Programme Santé La Coop

Établi depuis 2010, le programme Santé La Coop vise trois volets précis : l'alimentation, l'activité physique et la conciliation travail-vie personnelle.

Les objectifs :
• Positionner La Coop fédérée comme employeur de choix pour retenir les talents et attirer les meilleures ressources.
• Inciter les employés à faire de la santé une priorité au sein de l'entreprise.
• Créer un engouement autour du programme.
• Diminuer le taux d'absentéisme dans l'entreprise.
• Agir là où la prévention peut avoir un effet direct sur la santé.
• Étendre le programme à tout le réseau.

Plus concrètement, La Coop fédérée :
• Met à la disposition des employés un centre d'entraînement au siège social.
• Offre le remboursement d'une partie des droits d'inscription à un centre de culture physique privé.
• Inscrit l'entreprise au Défi Pierre Lavoie et au Cyclo-défi Enbridge contre le cancer, et invite chaque année un certain nombre d'employés à y participer.
• Offre des conférences, informations et séances d'activité liées à la santé, à l'alimentation et à la mise en forme.

Entrevue « santé »
avec le Dr Sheldon Elman, propriétaire des cliniques Medisys



Le Coopérateur agricole Quel aspect de la vie rend les hommes et les femmes malades en ce début du 21e siècle ?
Sheldon Elman Les études démontrent que les gens qui n'ont pas envie de changer ou d'être proactifs pour améliorer leur santé ne sont pas attentifs à toutes les nouvelles recherches. C'est davantage cet aspect qui a un impact sur la santé des gens aujourd'hui. Souvent, ils se croient des surhommes – c'est ce que je remarque beaucoup chez les travailleurs manuels – et vont consulter seulement lorsqu'ils ont des douleurs très aigües. À ce moment-là, c'est trop tard.

CA Qu'est-ce que la population en général néglige le plus sur le plan de la santé ?
SE Les femmes sont beaucoup plus attentives à leur santé, car il est dans leur nature de dispenser des soins. Il y a aussi beaucoup plus d'informations, notamment dans les magazines et les journaux, qui leur sont adressées, notamment pour les suivis comme les mammographies, les tests Pap, etc. Par contre, le risque pour elles de faire une crise cardiaque, particulièrement après l'âge de 50 ans, est assez élevé, et elles n'en sont pas suffisamment averties. Les journaux ne parlent que du cancer, mais pas des maladies de cœur.

Quant aux hommes, ils sont plus sensibilisés à leur état cardiaque, surtout s'ils ont parfois certaines douleurs à la poitrine ou des problèmes d'essoufflement. Par contre, ils ne portent aucune attention aux possibilités de cancer du côlon ou de la prostate, deux problèmes qui sont à la hausse et qui demeurent tabous. Les mouvements comme Movember ont pour effet de les sensibiliser davantage, mais il reste beaucoup de travail à faire.

CA Quelles sont les recommandations que vous faites à vos patients pour minimiser les problèmes importants de santé ?
SE Il y a plusieurs recommandations, mais la plus importante est d'avoir une évaluation régulière de sa santé. Il faut demander à vos producteurs agricoles quelle est la dernière fois qu'ils ont fait faire un check-up de leur tracteur ou de leur automobile, comparativement à leur dernier bilan de santé.

CA À quelle fréquence doit-on faire faire une évaluation ?
SE Pour les moins de 40 ans, tous les 24 mois; après 40 ans, tous les 18 mois; et après 50 ans, chaque année. Mais si on découvre des problèmes durant une de ces évaluations (cœur, hypertension, antécédents génétiques de problèmes, etc.), il faut alors avoir un suivi de façon beaucoup plus régulière.

CA Pour terminer, voici une question plus politique. Au tournant du siècle, le système de santé à deux vitesses faisait couler beaucoup d'encre. Aujourd'hui, des cliniques privées ouvrent partout dans la province, et dans plusieurs domaines médicaux. Quel est votre avis à ce sujet ?
SE Je veux vous corriger un peu, car nous sommes dans le domaine privé, mais pas totalement privé. D'abord, ce qui est privé, c'est le bilan préventif, qui n'est pas offert dans le public et n'est pas couvert par le régime d'assurance maladie. C'est le cas pour les personnes qui viennent chez nous afin d'obtenir une évaluation multidisciplinaire, faite par un médecin, un nutritionniste, des infirmières, des psychologues, au besoin. C'est une évaluation globale pour prévenir des problèmes dans les 5, 10 ou 25 prochaines années. Par contre, lorsque quelqu'un se présente chez nous pour un problème quelconque hors bilan, sa consultation est couverte par la Régie de l'assurance maladie du Québec. Donc, 90 % des gens qui viennent nous voir pour un bilan préventif sont en bonne santé, et nous leur faisons part des démarches à entreprendre pour le rester. Ce sont des clients et non des patients, et nous voulons qu'ils le restent.

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