Entretiens
Avez-vous déjà remarqué que, très souvent, lorsqu'on entre dans un parc d'engraissement, les porcs se poussent et ont tendance à s'empiler au fond ? Pour la plupart des gens, ce compor­tement est normal et correspond à un simple « effet de surprise », parce que dans la très grande majorité des cas, si on ne bouge pas trop, les porcs reviennent vers nous.

Toutes les personnes qui manipulent les porcs – que ce soit à la ferme, durant le transport ou jusqu'au tout dernier moment, dans l'étable de l'abattoir – doivent travailler avec le même objectif, à savoir améliorer les manipulations pour réduire le stress. Si les porcs sont moins stressés, il y aura moins de marques sur les carcasses et meilleure sera la qualité de la viande.

En réalité, ce comportement est un compor­tement de panique momentané qui signifie que les porcs ont peur de l'humain qui entre dans le parc. En termes scientifiques, on parle de réactivité à l'humain. On peut mesurer le degré de réactivité des porcs à l'humain. La photo 1, prise dans un abattoir, montre des porcs qui ont une forte réactivité à l'humain, car ils cherchent à s'éloigner le plus possible de celui-ci et s'empilent au fond du parc (les porcs criaient aussi beaucoup). La photo 2, quant à elle, montre une faible réactivité des porcs, parce qu'ils ne cherchent pas à s'empiler et restent assez près de la personne, tout en se déplaçant calmement et sans crier.

Lors de sa visite, l'été dernier, Temple Grandin, ingénieure réputée mondialement pour avoir adapté de façon efficace les installations des abattoirs américains, nous a exposé un message clair : il faut diminuer la peur que les porcs éprouvent à l'égard des humains1.

Photo 1. Exemple de réactivité forte à l'humain. En criant, les porcs tentent de s'éloigner au maximum de l'humain et s'empilent au fond du parc.
Photo 2. Exemple de réactivité faible à l'humain. Les porcs ne s'empilent pas et restent près de la personne. Ils ne crient pas et se déplacent calmement.
Pour les porcs, un humain dans une allée et un humain qui marche dans leur parc sont deux choses différentes. Afin de diminuer leur réactivité, il faut donc qu'ils soient habitués à différentes situations tout au long de leur vie. La spécialiste suggère donc d'entraîner les porcs en marchant dans leur parc durant l'engraissement. Ainsi, lorsque viendra le temps de les trier et de les faire monter dans le camion, ils auront moins tendance à paniquer et marcheront plus facilement. Ils seront moins réactifs.

Dans bien des bâtiments, les producteurs n'entrent pas systématiquement dans les parcs au cours de l'engraissement. L'idéal serait de commencer l'entraînement plusieurs semaines avant les premières sorties. La professeure Grandin recommande de marcher dans chaque parc durant quelques secondes, environ deux fois par semaine, dès l'entrée des porcs en engraissement.

Elle suggère de marcher de manière aléatoire, sans chercher à toucher ou à flatter les porcs. Le but recherché n'est pas qu'ils viennent « manger nos bottes », mais bien qu'ils marchent calmement autour de nous en gardant une certaine distance (comme sur la photo 2), sans s'empiler. L'entraînement se fera graduellement, en évitant que les porcs ne s'empilent. Au tout début, il suffira d'entrer et de rester immobile. Puis, au fil des semaines, à mesure que les porcs se calmeront, le producteur pourra marcher un peu. Vers la fin, il pourra même entrer dans les parcs avec un panneau. L'idéal serait que différentes personnes se prêtent à cette façon de faire.

Cette pratique de gestion pourrait être intégrée à la routine habituelle (vérifier les abreuvoirs et régler les trémies, sortir les porcs avec des hernies, boiteries ou maladies). Temple Grandin suggère également d'abaisser un peu la hauteur des portes des parcs pour qu'elles puissent être enjambées plus facilement.

Diverses publications scientifiques démontrent aussi l'intérêt de cette pratique d'entraînement à la présence humaine, et certaines grandes entreprises américaines la mettent en œuvre depuis plusieurs années déjà.

Selon Temple Grandin, cette pratique aura des réper­cussions favorables lors du déchargement, dans l'étable, à l'abattoir et jusqu'au moment de l'abattage. Les porcs moins réactifs se manipulent plus facilement et plus rapidement. Par contre, toutes les personnes qui manipulent les porcs – que ce soit à la ferme, durant le transport ou jusqu'au tout dernier moment, dans l'étable de l'abattoir – doivent travailler avec le même objectif, à savoir améliorer les manipulations pour réduire le stress. Si les porcs sont moins stressés, il y aura moins de marques sur les carcasses et la qualité de la viande sera meilleure !
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