Entretiens
Les diverses organisations qui regroupent la jeunesse rurale et agricole, qui fête cette année ses 100 ans, sont autant de pépinières au sein desquelles se développent les leaders ruraux et agricoles de demain. Dans les pages qui suivent, la présidente de l'Association des jeunes ruraux du Québec et les présidents de la Fédération de la relève agricole du Québec et de Quebec 4-H nous parlent de leur parcours, leurs motivations, leurs succès et les difficultés qu'ils ont éprouvées. Comme c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en s'impliquant qu'ils sont devenus présidents, l'aboutissement de leur engagement dans la jeunesse rurale québécoise.


Mathieu Rouleau préside l'organisme Quebec 4-H,
qui rassemble la jeunesse, qu'elle soit agricole,
rurale ou même urbaine.

Quebec 4-H, aux quatre coins du Québec anglophone

En Estrie, en Outaouais, en Montérégie et en Côte-Nord, une organisation unit la jeunesse, qu'elle soit agricole, rurale ou urbaine : Quebec 4-H. Rencontre avec son président, Mathieu Rouleau.

Vendredi après-midi. Rendez-vous à Sainte-Anne-de-Bellevue à la maison Harrison du campus Macdonald de l'Université McGill, qui prête gracieusement un local à Quebec 4-H, afin d'interviewer Mathieu Rouleau, actuellement à sa dernière session du programme Farm Management and Technology (FMT) – l'équivalent de Gestion et exploitation d'entreprise agricole (GEEA) des collèges agricoles francophones. Amoureux non seulement des études, de son campus, mais aussi du mode de vie étudiant, Mathieu s'inscrira selon toute probabilité en économie agricole au niveau universitaire.

Les quatre H des 4-H

I pledge,
My Head to clearer thinking,
My Heart to greater loyalty,
My Hands to larger service,
My Health to better living,
For my club, my community
and my country.

En français, les quatre H renvoient aux valeurs suivantes :
Honneur,
Honnêteté,
Humanité et
Habileté.
À l'aise aussi bien en français qu'en anglais, le jeune homme de 20 ans habite Saint-Chrysostome, en Montérégie, et vient d'une ferme laitière. Les premières armes de Mathieu dans le mouvement 4-H furent d'ailleurs, comme bien d'autres membres, de faire parader les génisses et les vaches de la ferme familiale lors des expositions agricoles. Initié au mouvement par des amis et par ses parents, et notamment son père qui fut lui aussi président du groupe local – le Howick 4-H Club –, Mathieu Rouleau préside une organisation provinciale qui compte 16 groupes régionaux. Les 439 membres québécois sont âgés de 6 à 25 ans, avec une moyenne d'âge de 14 ans. Il faut dire que les membres d'ici sont bien moins nombreux que dans les autres provinces : on compte par exemple 897 cercles en Ontario et plus de 26 000 membres partout au Canada !

Qu'à cela ne tienne, Quebec 4-H se démarque par son dynamisme. L'association anime d'ailleurs grandement le campus Macdonald, notamment par son MACJAC 4-H Club qui enflamme la salle de bal du centre Centennial à toutes les semaines avec des séances de danse carrée et de danse en ligne. Faut-il s'étonner que Mathieu, qui est en outre coprésident de ce club, y soit présent tous les mardis afin d'évacuer son stress ou d'y rencontrer ses amis ? La majorité des administrateurs siégeant au conseil de direction des 4-H y sont d'ailleurs étudiants.

On réfère souvent aux 4-H en disant d'eux qu'ils sont le pendant anglophone de l'Association des jeunes ruraux du Québec (AJRQ). En effet, l'AJRQ est affiliée à 4-H Canada, mais dans les faits, les deux organisations sont indépendantes et offrent des activités parfois similaires, mais souvent différentes. Par exemple, les clubs 4-H fonctionnent beaucoup selon l'approche par projet. Si les expositions agricoles – et notamment l'élevage laitier – sont encore les activités les plus rassembleuses (85 % des membres sont issus du milieu rural), d'autres clubs proposent des activités aussi diverses que la photographie, l'artisanat, la cuisine, le plein air, le curling ou la programmation Web, activités qui plaisent aux membres qui ne se sentent pas directement interpelés par l'agriculture ou la ruralité.

À tout moment, l'accent est mis sur le développement social des jeunes, sur la culture du leadership et sur l'engagement dans la collectivité… sans oublier le plaisir ! Des voyages, des échanges nationaux et internationaux, des séminaires, des formations, des activités sociales ainsi que des expositions agricoles sont autant d'occasions pour les jeunes de se réaliser. Pour financer toutes ces activités et ces événements, Quebec 4-H peut compter sur des programmes, des bourses et des subventions issus de commandites d'entreprises privées, mais surtout du ministère du Patrimoine canadien sensible aux minorités culturelles du Canada. La cotisation annuelle (25 $) assure aussi un certain fonds de roulement.

Un tremplin pour la vie
Dans les couloirs de la cossue maison Harrison transformée en bureaux pour les professeurs et les secrétaires du département de FMT, Mathieu salue tout le monde. Bête sociale, le président de Quebec 4-H ? You bet ! Membre de 4-H depuis l'âge de neuf ans (la durée moyenne d'adhésion chez les 4-H est de quatre ans), le jeune homme dont le père est francophone et la mère anglophone est dans son élément : les relations interpersonnelles. « J'ai certainement une passion pour l'agriculture, mais également pour les gens », lance Mathieu.

De la graine de politicien ? Après quelques années de travail à l'extérieur de la ferme, Mathieu se verrait bien aux rênes de la ferme familiale à produire du lait et à améliorer la génétique. Mais à long terme, une carrière en politique provinciale ou fédérale ou… syndicale pourrait bien tenter le polyvalent président de Quebec 4-H.


Étudiante en communication publique, Josiane Chabot, de l'AJRQ,
multiplie néanmoins les visites au pavillon Comtois de l'Université Laval,
qui abrite les programmes d'agronomie et d'agroéconomie.

Pétillante, étudiante et présidente

Passage obligé – obligé, vraiment ? – pour bien des producteurs laitiers, les cercles des jeunes ruraux permettent à la relève agricole d'expérimenter les jugements d'animaux, de s'épanouir lors d'activités socio-éducatives et de s'initier à la vie démocratique. Incursion dans les cercles vertueux des jeunes ruraux du Québec.

C'est au célèbre Toast-Café de la cafétéria du pavillon Paul-Comtois, qui abrite la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimen­tation, que Le Coopérateur agricole a donné rendez-vous à Josiane Chabot, étudiante à l'Université Laval et présidente de l'Association des jeunes ruraux du Québec (AJRQ). Étudiante en agriculture, Josiane Chabot ? Non ! La sémillante jeune fille de 22 ans a choisi le baccalauréat en communications publiques, concentration publicité. Baignée depuis toujours dans l'envi­ron­nement de la ferme laitière familiale de Saint-Patrice-de-Beaurivage (Ferme Belfast Holstein), la présidente avait le goût d'ajouter une corde différente à son arc.

Le pavillon Comtois n'est toutefois pas tout à fait étranger à Josiane Chabot. « Les trois quarts de mes amis doivent être étudiants en agronomie ou en agroéconomie, révèle-t-elle. Mon sentiment d'appartenance est donc pas mal ici et pour preuve : je ne manque pas beaucoup de Barak [le bar étudiant de la faculté] durant l'année ! »

Par et pour les jeunes
Comme bien des jeunes désireux d'accéder à la présidence, Josiane Chabot a d'abord apprivoisé l'organisation par le poste de trésorière. Elle a ensuite eu le goût de pousser plus loin son engagement afin de réaliser ses objectifs : assurer la continuité de l'association et promouvoir activement le mouvement, qui compte 1200 membres regroupés dans 35 cercles de toutes les régions du Québec rural. On ne se bouscule pas au portillon pour devenir président de l'AJRQ. Les élections à ce poste sont rares, plus rares qu'aux autres postes à pourvoir au conseil d'administration, selon Josiane.

Non rémunérée pour sa charge de présidente, Josiane voit bien les avantages non pécuniaires inhérents à cette expérience de vie : se faire des amis et des contacts, mener une équipe et organiser des événements. « On ne s'implique pas tous pour les mêmes raisons, estime l'étudiante. Personnellement, je tire une grande fierté à donner de mon temps pour animer la vie des plus jeunes et à leur transmettre la passion de la terre, des animaux, des études et de la relève. »

Signe des temps, le conseil de direction de l'AJRQ ne compte que des filles, au nombre de six avec la directrice générale de l'association. Le conseil d'administration est, par ailleurs, formé du conseil de direction et des partenaires suivants : le Centre d'insémination artificielle du Québec, le Conseil québécois des races laitières, La Coop fédérée, le Salon de l'agriculture et l'Union des producteurs agricoles. « Ces entreprises et ces organismes sont pour nous plus que des bailleurs de fonds : ce sont aussi des mentors qui alimentent de leurs idées nos quatre ou cinq réunions de conseil d'administration de l'année », relève Josiane.

Si c'est en 1913 qu'est créé le premier cercle de jeunes ruraux, l'association provinciale qui chapeaute les cercles locaux ne remonte qu'à 1981. La mission des jeunes ruraux ? Promouvoir la formation auprès des membres et soutenir leur sentiment d'appartenance au milieu rural. En bonne missionnaire, Josiane Chabot sait que rien n'est gagné et qu'il faut constamment prendre le bâton du pèlerin. « Le monde change et le sentiment d'appartenance au milieu rural tend à diminuer parce que les jeunes ont plusieurs occupations et intérêts. Notre défi est donc de garder constant notre pool de membres dans un contexte de diminution du nombre de fermes au Québec. » Une mission certes risquée, mais pas impossible pour une pétillante présidente !

Un côté nutritif et un côté givré

Selon Annie Chabot, directrice générale de l'AJRQ, environ 95 % des membres sont liés de près ou de loin à la production laitière. Il n'est donc pas étonnant que la majorité des activités provinciales de l'association touchent l'élevage laitier et les jugements d'animaux. L'école d'élevage, l'école de préparation des animaux et l'école des jeunes juges, des formations offertes par Holstein Québec ainsi que la traditionnelle Classique des jeunes ruraux – l'activité la plus populaire –, rassasient donc le côté nutritif des membres alors que des activités comme l'AJRQ-Génie (une compétition de Génies en herbe, version agricole) et le tournoi de balle donnée s'adressent davantage au côté givré des jeunes, toujours soucieux d'une alimentation équilibrée !


La montée de l'individualisme est parfois un facteur de démotivation
pour Alain Audet, président de la FRAQ, qui juge que
l'action collective est moins vendeuse qu'avant.

60 jours pour la relève

Pour l'équivalent d'une soixantaine de journées par année, Alain Audet troque les salopettes pour un veston-cravate et quitte femme, enfants, truies et porcelets pour donner généreusement et bénévolement de son temps à la cause de la jeunesse agricole d'ici. Alain est président de la Fédération de la relève agricole du Québec.

Revendications et réalisations

S'il faut en juger la page « Nos préoccupations » du site Internet de la FRAQ, les jeunes sont… préoccupés ! Volumineuse et bien argumentée, cette page Web fait le tour des acquis et des demandes de la relève agricole pour une foule de dossiers : l'accès à la profession, les aides à l'établissement, l'accompagnement, la formation, la valorisation de la profession, la relève non apparentée, les cédants et l'environnement. Un coup d'œil s'impose pour les jeunes et moins jeunes : www.fraq.qc.ca/fraq/preoccupations

N'empêche, la FRAQ admet sur ces mêmes pages qu'au Québec, « force est de constater que la relève agricole dispose d'une offre substantielle d'aide en matière d'établissement en agriculture », avant d'ajouter que les efforts de la fédération spécialisée n'y sont pas étrangers.
C'est à sa sortie d'un conseil général de l'Union des producteurs agricoles qu'Alain Audet a pris quelques instants de son horaire chargé pour nous faire partager ses idées et son cheminement au sein de la relève agricole.

Producteur de porc tout aussi éprouvé que les autres, Alain s'est porté volontaire à la présidence il y a tout juste un an. C'est avec son bagage d'études et d'expérience en agriculture qu'il a entrepris son mandat à la tête du « plus gros syndicat agricole à cotisation volontaire », n'est-il pas peu fier de souligner. De fait, la FRAQ a des ailes : depuis huit ans, les effectifs ont crû de 47 % et totalisent actuellement tout près de 2000 membres. Créée en 1982 et affiliée à l'UPA la même année, la Fédération couvre depuis 1997 toutes les régions agricoles du Québec avec ses 14 syndicats régionaux.

À entendre Alain Audet, l'homme est presque devenu président de la FRAQ par accident. Un carriériste fini, Alain Audet ? Du tout ! À part reprendre la ferme familiale, le producteur de porc de Saint-Léon-de-Standon n'a pas vraiment de plan de carrière. Cofondateur en 2002 de son groupe local de relève (Relvert), Alain n'avait jamais pensé que quelques réunions de cuisine l'entraîneraient ensuite vers le poste de secrétaire de son syndicat régional (Jagribec), puis vers la vice-présidence et la présidence de Jagribec, fonction qu'il occupera pendant quatre ans.

Vers la grande ligue
Réfléchi, le président de la FRAQ accueille chaque question par quelques secondes de réflexion. C'est peut-être en raison de son âge « vénérable » (33 ans) qu'Alain Audet s'estime un président calme et posé, probablement plus que son prédécesseur, Frédéric Marcoux, qu'il considère comme plus bouillant et prompt. Un style tranquille qui sied donc bien à ce père de famille.

Qu'est-ce qui motive Alain Audet ? Comme à ses débuts quand il devait recruter des membres pour son groupe local, Alain mise beaucoup sur l'effet d'entraînement qu'a le simple plaisir d'être ensemble, entre jeunes. C'est surtout quand ils sortent de l'école que les jeunes adhèrent à leur syndicat régional de la relève. Selon Alain Audet, la moyenne d'âge des membres est de 25 ans, mais quiconque entre 16 et 39 ans peut devenir membre. À un autre niveau, « pousser des dossiers en trouvant des alliés, c'est une chose à laquelle je prends goût », avoue-t-il.

Plus militante que Quebec 4-H et l'AJRQ, la FRAQ rassemble, informe et prépare les jeunes à l'agriculture, elle améliore leurs conditions d'établissement et elle défend leurs intérêts. Alain Audet est donc pleinement conscient que sa fédération, comme le sont les ailes jeunesse des partis politiques, est un bon club-école pour l'UPA, où bien des syndicalistes y ont fait leurs premières armes.

Es-tu bien certain de ne pas avoir de plan de carrière, Alain ?
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