Entretiens
La régie permet d'augmenter facilement la rentabilité de la culture du soya. Un peu à l'image du maïs, semer tôt un cultivar pleine saison permet d'augmenter le rendement. Si, en plus, ce cultivar est semé en rangs rapprochés et qu'il est désherbé hâtivement, la rentabilité sera optimisée. Bien évidemment, pour obtenir du succès sur ces points de régie, il faut que les conditions de semis soient adéquates, la fertilité et la fertilisation du sol, bien équilibrées, et la compaction, bien gérée.
La culture du soya est bien implantée au Québec, comme en témoignent les 280 000 ha ensemencés en 2012, d'après les données de Statistique Canada de décembre dernier. Le soya est une plante polyvalente qui semble facile à produire. Il peut être semé en mai ou en juin à différents espacements, ne requiert pas autant de fertilisation que le maïs, le blé ou le canola, et s'intègre très bien en semis direct avec le maïs et les céréales. En plus, son désherbage est très simplifié depuis l'avènement de la technologie Roundup Ready.

L'ensemble de ces facteurs fait souvent en sorte que les efforts sont maximisés pour les semis de maïs et de céréales au printemps, que le désherbage du soya est réalisé lorsqu'il y a du temps libre, et que cette culture se contente des éléments fertilisants laissés par la culture précédente. L'accent est donc mis sur une culture valant 250 $/tm, comme le maïs, au détriment d'une culture valant 450 $/tm (soya), c'est-à-dire où les 100 kg valent 45 $.

Résultat : on enregistre un certain plafonnement du rendement qui, en moyenne, oscille autour de 3 tm/ha lors des bonnes années, et de 2,6 tm/ha lorsque les années sont moins favorables.

Comment corriger cette situation ? Comment est-il possible d'augmenter le rendement du soya ? Pour répondre à ces questions, il faut se tourner du côté de la génétique et de la régie.

La génétique
Au fil des ans, d'importants investissements ont été réalisés pour améliorer la génétique du soya. Introduit en Amérique du Nord au début des années 1900, le soya a fait l'objet de recherches documentées depuis 1924. Le graphique 1 indique clairement que, malgré la modernisation des outils de recherches (science et mécanisation, herbicides, ordinateurs, pépinière d'hiver, marqueurs génétiques), le rendement du soya n'a augmenté que de 25,5 kg/ha par année en moyenne. Reste à voir si les technologies introduites après 2008 afin d'accroître le rendement briseront la tendance. Une chose est sûre : pour faire croître le rendement de 250 kg/ha, il faudra compter 10 ans d'efforts au rythme actuel d'amélioration génétique, ce qui fait que l'on devra se pencher du côté de la régie pour faire progresser le rendement plus rapidement.

Graphique 1
Évolution du rendement du soya
aux États-Unis (1924-2011)




La régie
Comme décrit dans l'introduction, le soya est une plante qui s'adapte à différentes conditions de croissance. Voici quelques points qui peuvent influencer le rendement.

Date de semis : Évidemment, il faut pouvoir semer le soya en même temps que le maïs. Le principe s'appuie sur la maximisation de la production de feuilles trifoliées (nœuds) et de la photosynthèse lors de la période végétative de la culture. Ainsi, au début de la floraison, à la fin juin (solstice d'été), la plante pourra fleurir abondamment et aura l'énergie nécessaire pour soutenir cette floraison. La physiologie du soya fait en sorte que le temps requis pour atteindre le stade d'une feuille trifoliée est lié à la chaleur. Ainsi, une fois ce stade atteint, il y aura formation d'une feuille trifoliée tous les 3,7 jours. Le but est donc d'atteindre le stade d'une feuille trifoliée (V1) le plus rapidement possible. Comme un semis hâtif se fait en sol froid, il peut y avoir jusqu'à 18 jours de délai avant que la culture émerge du sol. Il faut toujours considérer que le soya produit beaucoup plus de fleurs que nécessaire. Un soya produisant 4 tm/ha ne produira des gousses que sur 50 % des fleurs; les autres vont avorter.

Tableau 1
Rendement du soya au cours de trois années d'essais (2010-2012)*
2 2011
(kg/ha)
2012
(kg/ha)
2010 démo
(kg/ha)
Moyenne
(kg/ha)
30 avril au 9 mai 9 mai 4963 30 avril 3762 7 mai 4593 4439
14 au 28 mai 22 mai 4714 14 mai 4075 28 mai 3992 4260
2 au 16 juin 2 juin 3956 7 juin 3672 16 juin 3662 3763
* Ferme de recherche en productions végétales, La Coop fédérée, Saint-Hyacinthe

Pendant trois ans, le réseau La Coop a évalué les semis hâtifs du soya à sa ferme de recherche en productions végétales, à Saint-Hyacinthe. Le semis hâtif permet d'augmenter le rendement de 676 kg/ha, comme cela a été démontré dans le cahier R-D du numéro de février 2013 du Coopérateur agricole (tableau 2).

Graphique 2
Rendement de cultivars de soya en
fonction de la date de semis (2011)

Maturité du cultivar : Selon la région où l'on se trouve, il y a un choix à faire quant à la maturité du cultivar de soya que l'on peut semer. Hélas, trop souvent, on prend une décision basée sur le fait qu'il faut récolter le soya avant le maïs. Cette décision coûte des kg/ha de rendement, qui se traduisent par une diminution de la rentabilité. Comme avec le maïs, il faut choisir un cultivar qui aura atteint sa maturité avant le gel d'automne. Semer hâtivement permet d'optimiser le potentiel de rendement du cultivar pleine saison pour la région où l'on se situe. Évidemment, il faut accepter de récolter le soya en même temps que le maïs. De plus, le soya étant une plante qui réagit à la photopériode, il est important, si le semis est retardé jusqu'en juin, de ne pas semer un cultivar trop hâtif. Le graphique 2 indique les résultats d'essais de dates de semis effectués à la Ferme de recherche de La Coop fédérée, où il est évident que le cultivar le plus tardif, soit le Soïdo R2, se distingue en matière de rendement et qu'il existe un gradient de rendement en fonction de la maturité du cultivar (c'est-à-dire que plus on emploie un cultivar tardif, plus le potentiel de rendement est élevé), et ce, peu importe la date de semis.

Espacement de semis : Le soya est doté d'une capacité de produire des branches pour utiliser l'espace disponible autour de lui. Cette culture peut donc être semée avec un semoir à céréales en rangs espacés de 7 à 14 po (35 cm), avec un semoir à maïs à 30 po d'espacement, et même avec un semoir à rangs jumelés. Le fait de pouvoir utiliser le même semoir pour réaliser les semis de maïs et de soya semble être une option intéressante, mais quel est le coût associé à cette méthode ?

Tableau 2
Rendements moyens des cultivars LynxRR
et Auriga (2002 à 2007) aux espacements de 15 et 30 po*
2 Rendement moyen
(kg/ha)
Avantage 15 po
(kg/ha)
LYNXRR    
15 po 3948 +335
30 po 3613  
AURIGA    
15 po 4053 +391
30 po 3662  
* Ferme de recherche en productions végétales, La Coop fédérée, Saint-Hyacinthe

Pendant trois ans, le réseau La Coop a évalué les semis hâtifs du soya à sa ferme de recherche en productions végétales, à Saint-Hyacinthe. Le semis hâtif permet d'augmenter le rendement de 676 kg/ha, comme cela a été démontré dans le cahier R-D du numéro de février 2013 du Coopérateur agricole (tableau 2).

Dans la 17e édition du cahier R-D, parue dans le numéro de février 2008 du Coopérateur agricole, on retrouve un article qui compare les rendements de deux cultivars semés à deux espacements, sur une période de cinq ans (tableau 2). Pour produire un tableau de calculs économiques comparant les deux scénarios, nous devons tenir compte d'une économie de semence dans l'un des deux cas. En effet, le soya semé aux 30 po avec le semoir à maïs utilise une dose de semis de 350 000 fèves à l'hectare, alors que les semis espacés de 15 po utilisent une dose de 450 000 fèves par hectare (tableau 3).

Il est facile de conclure que de semer le soya à un espacement de 30 po est une décision qui a un impact considérable sur la rentabilité de cette culture. Avec la valeur marchande du soya, les kilos supplémentaires produits se rentabilisent rapidement. Le principe agronomique d'intensifier la culture par l'augmentation de la densité de population se justifie rapidement par une meilleure utilisation de l'espace disponible, une meilleure utilisation de la lumière par la plante pour produire du rendement et un désherbage facilité grâce à une meilleure couverture du sol.

Le seul facteur qui milite en faveur de l'utilisation d'un semoir à maïs pour semer du soya est le fait de ne pas avoir accès à un semoir à céréales, ou que celui-ci est trop désuet pour produire un semis de qualité. La marge additionnelle permet de rentabiliser facilement l'achat d'un semoir à soya, ou même de faire semer son soya par un entrepreneur à forfait bien équipé. De plus, comme les études démontrent qu'il faut semer son soya hâtivement, voire en même temps que le maïs, il devient difficile d'utiliser un seul semoir pour réaliser les semis de maïs et de soya sans pénaliser ce dernier.

Soya en semis direct sur précédent de maïs
Désherbage hâtif : Avec l'avènement des biotechnologies, il est maintenant facile de lutter contre les mauvaises herbes. Il suffit de les regarder pousser et d'appliquer un glyphosate pour les détruire. Sur le plan économique, il en coûte plus cher pour l'application du glyphosate que pour son achat. Certains attendent même que les mauvaises herbes soient visibles du chemin pour intervenir... Cette façon de faire simpliste est efficace pour obtenir des champs exempts de mauvaises herbes, mais il en est autrement pour l'optimisation du rendement. Des études canadiennes et américaines démontrent en effet que les cultures peuvent souffrir de la présence de mauvaises herbes tôt en saison et qu'une baisse de rendement se produit alors.

Des essais effectués à l'Université de Guelph ont permis de bien définir la période où la présence de mauvaises herbes nuit le plus au rendement des cultures. Le terme « période critique » est employé pour qualifier le stade où la culture est la plus sensible aux mauvaises herbes. Les essais ont conclu que cette période s'étend du stade de la 1re feuille trifoliée à celui de la 3e feuille trifoliée du soya (V2 à V3). Comme les mauvaises herbes seront petites en début de saison, elles seront plus faciles à contrôler. Le soya gardé exempt de mauvaises herbes pendant environ 15 jours après sa levée n'affiche qu'une baisse de rendement – attribuable aux mauvaises herbes – de seulement 0 à 5 % (tableau 4).

La baisse de rendement induite par un retard dans le désherbage justifie amplement le fait de désherber tôt en saison. Puisqu'il est difficile de pulvériser deux fois dans la saison, il devient alors judicieux d'ajouter un produit résiduel au glyphosate afin de désherber tôt et de ne pas avoir à intervenir de nouveau dans la saison. Cette méthode permet d'optimiser la rentabilité des cultures et de prévenir le développement de mauvaises herbes résistantes au glyphosate.

La perte potentielle de rendement justifie aussi l'application à forfait pour les producteurs dont la charge de travail ou l'équipement disponible ne permet pas de désherber avant la période critique.

Tableau 3
Calcul économique pour les cultivars LynxRR et Auriga
2 Augmentation du taux de semis aux 15 pouces Augmentation du taux de semis aux 15 pouces Bénéfice net d'un espacement aux 15 pouces
LynxRR* 100 000 fèves/ha + 335 kg/ha  
(Coûts)/bénéfice (54,82 $) 150,75 $ 95,93 $
Auriga** 100 000 fèves/ha + 391 kg/ha  
(Coûts)/bénéfice (42,50 $) 215,05 $ 172,55 $
* Basé sur un prix du sac de soya de 140 000 grains à 76,75 $ et une valeur marchande du soya à 450 $/tm
** Basé sur un prix du sac de soya de 140 000 grains à 59,50 $ et une valeur marchande du soya à 550 $/tm


Tableau 4
Impact du stade de désherbage sur le rendement
(16 sites en Ontario)
Stade du soya au désherbage Rendement à 15,5 % humidité (kg/ha) Revenu ( $/ha)
Feuille unifoliée 2722 1225
1 feuille trifoliée 2756 1240
2 feuilles trifoliées 2790 1255
3 feuilles trifoliées 2655 1195
4 feuilles trifoliées 2521 1134
5 feuilles trifoliées 2286 1029
Témoin 1437 647
Source : Université de Guelph
* Basé sur une valeur marchande du soya à 450 $/tm


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