Entretiens
Le prestigieux concours de l'Ordre national du mérite agricole (ONMA), qui en est cette année à sa 124e édition, ne fait pas appel à un, mais à plusieurs juges. Derrière chaque médaille décernée se cache une équipe de juges qui a épluché les dossiers, visité les fermes et évalué méticuleusement l'ensemble des données relatives à chacune d'elles.
Un travail convoité
Pour ce concours, ne devient pas juge qui veut. Les personnes qui occupent cette fonction sont triées sur le volet et doivent remplir de nombreux critères, autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Si elles n'ont pas déjà reçu une distinction de l'ONMA, elles doivent, entre autres, appartenir à l'Ordre des agronomes du Québec et compter plus de 10 ans d'expérience pertinente. De plus, on exige des juges un esprit d'analyse, de la rigueur, de l'écoute, du respect et une forte capacité à travailler en groupe. Généralement, trois juges composent chaque équipe : deux agronomes ayant des spécialisations complémentaires et un commandeur, soit le gagnant d'une médaille d'or de l'ONMA.

Marie Surprenant, Robert Lapalme et Jocelyn Magnan possèdent tous les trois une formation en agronomie. Ils n'ont pas laissé passer l'occasion d'être juges au concours de l'ONMA. Leur principale motivation ? Voir ce qui se fait de mieux en agriculture au Québec et parfaire leurs connaissances auprès des meilleurs dans un milieu en constante évolution. Ils ont participé à tous les volets du concours, qui compte trois catégories : le bronze, l'argent et l'or. Le bronze est réservé aux nouveaux concurrents ou à ceux qui n'ont pas remporté cette distinction lors des éditions antérieures. L'argent et l'or peuvent être attribués aux candidats qui ont déjà gagné une médaille dans la catégorie précédente.

De la fin juin à la fin juillet, les juges de l'ONMA visitent en moyenne une vingtaine de fermes. « Une bonne partie de leur travail consiste à étudier le dossier de candidature avant chaque visite », confirme l'agronome Jocelyn Magnan. Ce dernier estime d'ailleurs qu'un juge doit être en mesure d'assumer la charge de travail que représente l'examen des volumineux dossiers. Cet effort en vaut la peine, puisque les participants sont souvent agréablement surpris de voir à quel point les juges connaissent bien leur sujet.

L'autre partie de la tâche – et la plus connue – consiste en la visite de l'entreprise. Autant Mme Surprenant que MM. Lapalme et Magnan considèrent cette étape comme essentielle. Selon eux, la visite permet de mettre en contexte certaines informations ou en révèle d'autres qui auront de l'importance au final. Par exemple, est-ce que les propriétaires comprennent et maîtrisent les rouages de leur entreprise ? Cette expertise vient-elle plutôt de partenaires externes ? « Les dossiers de candidature ne permettent pas d'évaluer le confort des animaux dans l'étable, l'état des bâtiments et leur fonctionnalité, explique Marie Surprenant. Parfois, la réalité est mieux que ce que laissaient paraître les documents. » Robert Lapalme ajoute : « On regarde également l'évolution de l'entreprise. Par exemple, est-ce que la personne a eu de la chance ou a-t-elle dû trimer dur pour en arriver là où elle est ? »

 
Jocelyn Magnan
Marie Surprenant
Robert Lapalme
Un travail d'équipe
C'est au terme de la visite de l'entreprise que les juges remplissent ensemble la grille d'évaluation. Cette grille comprend plusieurs éléments répartis en cinq volets, pour un total de 1000 points : 355 points sont consacrés à la culture ou à l'élevage; 300, à la gestion des finances; 175, aux ressources humaines; 125, à l'environnement; et 45, au rayonnement social.

Un consensus qui doit être obtenu dans l'attribution des points pour chaque élément de la grille d'évaluation. « Il s'agit d'un processus exigeant, mais formateur », indique Jocelyn Magnan. Pour lui, il est nécessaire de faire preuve d'écoute active, que ce soit avec les concurrents ou les autres juges. « C'est l'esprit même du jugement », indique-t-il. Selon Robert Lapalme, les dissensions sont d'ailleurs rares. Par exemple, durant la visite de la ferme, un juge peut avoir observé un élément que les autres n'ont pas remarqué. Dans ce cas, les membres de l'équipe doivent en discuter et s'entendre. En tout temps, la grille demeure la référence absolue.

Selon les trois personnes interrogées, les principales forces d'un juge seraient l'écoute, l'intégrité et la capacité d'en arriver à un jugement équitable.

Des témoins de choix
Même si chaque critère de la grille d'évaluation est important, les juges reconnaissent que la rentabilité de l'entreprise est devenue un aspect primordial – une tendance qui s'accentue avec la hausse des coûts des intrants. « Les agriculteurs sont là pour être efficaces, pour durer et pour léguer un héritage aux générations futures. C'est fondamental. Et cela peut se faire tout en respectant l'environnement, les animaux et les employés », estime Mme Surprenant. D'après M. Magnan, « c'est ce qui fait la différence entre les meilleurs et les autres. De plus en plus, les gestionnaires ont un souci d'efficacité. Avant d'investir, ils se demandent toujours si ce sera rentable. Cela devient pour eux une seconde nature. » Les juges de l'ONMA se trouvent aux premières loges pour observer les changements qui se produisent dans l'agriculture au Québec. D'ailleurs, de nouveaux types d'entrepreneurs spécialisés prennent maintenant part au concours : des viticulteurs, des producteurs de sapins de Noël ou des producteurs de citrouilles.

Marie Surprenant a aussi observé l'engagement de plus en plus important de la gent féminine. Elle-même fille d'agriculteur, elle indique que la ferme laitière familiale est allée à un de ses frères, une façon de faire qui n'est plus nécessairement la norme aujourd'hui. « Il y a plus de relève féminine et, dans le couple, la participation des femmes est davantage reconnue. Elles sont parties prenantes de l'entreprise », souligne-t-elle. Elle a remarqué que, de plus en plus, les jeunes agricultrices ont un diplôme en gestion, ce qui reflète la nécessité d'une approche entrepreneuriale chez les propriétaires d'entreprises agricoles.

L'évaluation des juges du concours de l'ONMA offre un portrait complet d'une entreprise : où en est-elle et où va-t-elle ? Elle permet notamment de tracer des perspectives de développement. C'est pourquoi les trois juges de cette année encouragent l'ensemble des entreprises agricoles à participer au concours, en rappelant qu'il est ouvert à tous les types de productions. « Je vois des producteurs qui attendent d'être à leur apogée pour présenter leur candidature, relève Marie Surprenant. N'oublions pas qu'il faut attendre un minimum de 15 ans avant d'accéder à la catégorie or, que le concours revient tous les 5 ans dans une région et qu'il faut avoir franchi l'étape du bronze et de l'argent avant de pouvoir obtenir la médaille d'or. »

Producteurs des Laurentides, de Montréal-Laval-Lanaudière et de l'Outaouais, c'est chez vous que ça se passe cette année. D'ici le 1er mai, osez vous inscrire !
 
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