Entretiens
Ils font un peu de vente de sujets de haute génétique. Ils font beaucoup de profit avec la production laitière. Et le plus important, ils font leur métier passionnément, même si le mot « passion » est souvent banal pour parler des agriculteurs et des agricultrices qui s'investissent sans compter dans leur domaine. Mais qu'importe, puisque c'est la vérité !
Un vendredi après-midi neigeux à la Ferme Durantaye, avantageusement située dans un cul-de-sac du 4e Rang de la paroisse de La Durantaye. Alors que tout inciterait au coucounage, on redouble d'efforts dans cette ferme laitière de Bellechasse. Jacques Pouliot et Élise Janssen prennent tout de même le temps de répondre aux questions dans le bureau pendant qu'on voit s'activer trois rasoirs électriques par la fenêtre qui donne sur la vacherie. Branle-bas de combat : on accueillera le lendemain entre 300 et 400 personnes du Club Holstein Lévis-Bellechasse venues voir de près cette ferme émérite déclarée, l'automne dernier, grande gagnante du concours de l'Ordre national du mérite agricole – catégorie Argent.

Le mot « passion » vient de la bouche de Sébastien Moffet, expert-conseil de La Coop Rivière-du-Sud qui officie à la Ferme Durantaye. « Les membres de la famille Pouliot-Janssen sont de véritables passionnés, mais attention : leur passion est tangible et s'exprime dans tous les aspects d'une ferme laitière, que ce soit les animaux, la machinerie ou les champs. » Jacques Pouliot opine de la casquette : « Si nous avons obtenu le premier rang national au Mérite agricole, c'est bien parce que nous sommes équilibrés, car tous les aspects d'une ferme laitière et végétale sont pris en compte dans ce concours : conservation des sols, agroenvironnement, gestion des ressources humaines, gestion technicoéconomique, planification de la relève agricole, en passant par le rayonnement social de la ferme et de ses exploitants. » « Nous ne sommes excellents dans rien, mais bons dans tout », ajoute Élise Janssen – un jugement peut-être un peu sévère –, qui s'est jointe à l'actionnariat de la ferme en 1994, une ferme dont Jacques constitue la sixième génération. Quant à la septième…

Immersion « agriculturelle »
Jacques et Élise sont parents de cinq enfants. L'aîné, Louis, termine son diplôme de GEEA au campus de La Pocatière de l'ITA, alors que Julien y étudie encore. Gabriel, 16 ans, optera-t-il lui aussi pour l'agriculture ? Élizabeth, 13 ans, et Emma, 11 ans, sont encore jeunes pour choisir leur carrière, mais elles doivent, comme les garçons quand ils étaient plus jeunes et que l'appel de la console de jeux Xbox était très fort, alterner leur présence à l'étable pour la traite de 18 h. Elles pourront alors, à la fin de leurs études secondaires, décider en toute connaissance de cause si l'agriculture sera une option… ou pas.

Par un après-midi froid et neigeux, on s'activait à la Ferme Durantaye pour terminer la préparation des animaux en vue d'une journée portes ouvertes du Club Holstein Lévis-Bellechasse.



« Avec cinq enfants qui pourraient tous être intéressés par la ferme, nous avons ce qu'on peut appeler un heureux problème de relève, lance Jacques. Comme nous sommes encore jeunes, Élise et moi, j'incite fortement les enfants à expérimenter de nouvelles avenues, à voyager, à ouvrir leurs horizons, comme je l'ai fait moi-même en allant travailler dans une ferme laitière ontarienne pour parfaire mon anglais quand j'étais jeune. »

Pour que leurs enfants deviennent passionnés de tous les domaines que compte une exploitation agricole et soient aussi habiles avec la batteuse et la trayeuse qu'avec la perceuse, Jacques et Élise les poussent et les pousseront donc à cultiver la polyvalence. Une vertu qui se perd ? Peut-être, répond le couple. Leur fils Louis, très versé dans la mécanique et les instruments aratoires, s'est d'ailleurs mis à s'intéresser davantage à la génétique laitière à l'ITA au contact de jeunes cracks en la matière. « Dans une ferme laitière, pourquoi faudrait-il s'investir seulement dans quelques domaines au détriment des autres ? s'interroge Sébastien Moffet. Une entreprise équilibrée avec des exploitants polyvalents permet mieux d'atteindre l'efficacité et la rentabilité. » Parole d'expert-conseil !



Du lait rentable, SVP
Produire à un coût minimum pour un profit maximum tout en respectant le développement durable, voilà qui pourrait résumer la mission de la Ferme Durantaye. À quoi bon demander combien les vaches produisent en moyenne chaque année (10 200 kg de lait) si on ne pose pas aussi la question de la marge bénéficiaire ? « 4594 $ par vache », répondent Jacques et Élise, analyse de groupe à la main, soit 242 $ par vache au-dessus de la moyenne du groupe de tête de leur groupe conseils agricoles.

La Ferme Durantaye en rafale

  • 66 kg de quota, 148 hectares de blé, d'orge, de prairies, de maïs-ensilage et de soya pour la vente ainsi que 2800 entailles, exploitées surtout pour le plaisir de savourer l'érable à longueur d'année.
  • Au fil du temps, le préfixe Durantaye a été associé à 10 vaches de leur propre élevage classées Excellente. L'actuelle vedette du troupeau, Durantaye Goldwyn Ludvika, EX-90, en est à sa quatrième lactation et est la fille de Durantaye Raider Coca (EX-2E 3*).

  • Les taures et les génisses sont logées en stabulation libre depuis 2009, alors que les veaux sont gardés dans un abri-serre bien ventilé.

  • La ferme utilise les services de la CUMA de La Durantaye, qui regroupe six membres et 12 branches d'équipement et dont Jacques est président.


  • Le faible niveau d'endettement par hectolitre de lait produit, l'avoir des propriétaires, le rendement de l'actif, le solde résiduel, etc., sont tous meilleurs que la moyenne des 40 entreprises qui composent le groupe de tête (sur 203 fermes au total). Sans oublier le pourcentage de dépenses par rapport aux revenus, qui est un indicateur crucial, selon Jacques et Élise. « Leur objectif, c'est de faire du lait rentable », indique Sébastien Moffet. En conseiller attentif aux besoins et aux buts de ses clients et sociétaires, il tient compte de cet objectif principal et formule à meilleur coût les rations des deux groupes en lactation et du groupe en préparation au vêlage.

    « La Ferme Durantaye a un très bon contrôle sur son taux de charges, estime l'agronome Maryse Trahan, du Groupe conseils en gestion agricole Lévis-Bellechasse. Pour les années à venir, le défi de la ferme sera de maintenir de bons résultats autant techniques que financiers pour bien planifier une ou d'éventuelles relèves. »

    Sérieux comme un pape, Sébastien Moffet, de La Coop Rivière-du-Sud, est venu prêter main-forte aux propriétaires de la Ferme Durantaye pour mettre en valeur le troupeau, composé de 3 EX, 31 TB et 38 BP.


    Jacques Pouliot est tout sourire près de sa protégée, Durantaye Goldwyn Ludvika, EX-90 après trois lactations complètes.


    S'améliorer en concourant
    De la paperasserie à n'en plus finir, une participation au concours du Mérite agricole ? Ce n'est pas l'opinion des propriétaires de la ferme, qui se sont fait aider d'une fonctionnaire de leur bureau régional du MAPAQ pour monter leur candidature. En tout, cinq ou six heures ont été nécessaires pour rassembler l'information demandée et répondre aux questions à développement. Rien de trop difficile pour une démarche qui se veut très formatrice, selon Élise Janssen. « C'est un beau concours. Trois juges ont visité notre entreprise et nous ont remis un rapport ciblant nos points forts et contenant des suggestions d'amélioration pour le futur. Les juges, bien qu'ils soient très critiques, ne sont pas là pour nous taper sur les doigts, mais pour révéler nos forces et nos faiblesses. » En 2007, la ferme avait pris le troisième rang régional – catégorie Bronze.

    La lutte fut chaude pour déterminer le top 3 de la catégorie Argent, remportée à 887 points sur 1000 par la Ferme Durantaye. « Il n'y avait que trois points qui nous séparaient de la deuxième position et seulement cinq points entre nous et la troisième ! » s'exclame Élise.

    En somme, qu'un soupçon de passion de plus ou de moins, ni plus ni moins !

    L'alimentation à la Ferme Durantaye

    Par Sébastien Moffet, T.P.
    Expert-conseil ruminants et végétal
    La Coop Rivière-du-Sud

    Troupeau de 60 vaches en lactation
    Moyenne de 10 238 kg de lait
    3 EX, 31 TB, 38 BP
    MCR : 218-239-229
    4,2 % de gras
    3,52 % de protéine

    Veaux
    0-2 mois : Bovo XLR 27-16 avec
        Total veau Rumensin à volonté
    2-4 mois : Total veau Rumensin
    4-6 mois : Goliath 21 Deccox,
        foin sec mélangé
    6-12 mois : Synchro mix 45,
        haylage (balles rondes), foin sec
    12-24 mois : haylage (balles rondes),
        foin sec, Minéral 18-5, Synchro mix 45

    Génisses
    (jusqu'à 2 mois)
        Lactoremplaceur XLR
        Total veau Rumensin à volonté
    (4 à 6 mois)
        Goliath 21 Deccox
        Foin sec
    (6 à 14 mois)
        600 g/j de Synchro mix 45
        150 g/j de Minéral 18-5
    (14 mois et plus)
        350 g/j de Synchro mix 45
        200 g/j de Minéral 18-5
    Tarissement (60 jours)
        150 g/j de minéral Transilac tarie
        Foin sec à volonté

    Vaches en transition
        10 kg de RTM préparation
        2 kg de supplément Transilac 21
        Foin sec à volonté

    Vaches en lactation
    Groupe 1
        20 kg d'ensilage de foin
        15 kg d'ensilage de maïs
        3,5 kg de maïs-grain
        1,75 kg de blé
        1,75 kg d'orge
        2,5 kg de supplément Synchro mix 45
        2 kg de foin sec 1re coupe
        450 g de Minéral 18-5 T

    Groupe 2
        22 kg ensilage de foin
        22 kg d'ensilage de maïs
        1,4 kg de blé
        0,7 kg de maïs-grain
        0,7 kg d'orge
        2 kg supplément Synchro mix 45
        2 kg de foin sec 1re coupe
        400 g de Minéral 18-5 T

     
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