Entretiens
En octobre dernier, la Fédération des agricultrices du Québec remettait ses prix Agricultrice de l'année, Agricultrice de passion, Agricultrice entrepreneure et Jeune agricultrice. Actionnaire à 50 % de l'entreprise familiale dès ses 19 ans, Marilyn Côté repartait de Drummondville avec le titre de « Jeune agricultrice », une étoile de plus dans son cahier déjà bourré de reconnaissances.
En effet, la dernière année fut faste pour cette native de Saint-Gédéon, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Marilyn a d'abord eu la surprise d'être couronnée lauréate de Tournez-vous vers l'excellence, de La Financière agricole, concours qui souligne les qualités de la relève agricole en matière de gestion. S'en est suivi le prix Transfert de ferme La Coop, qu'elle a remporté pour ses efforts combinés à ceux de ses parents, Lynda Hudon et Nicolas Côté, afin d'assurer un devenir durable à l'exploitation laitière dont Marilyn constitue la sixième génération, la première génération féminine.

Le prix Jeune agricultrice – sa troisième distinction en un an, donc – venait coiffer une année qui n'a pas manqué de panache pour la jeune femme de 25 ans. Marilyn aurait toutefois aimé vieillir encore un peu, a-t-elle dit aux organisatrices de ce concours, question de faire reluire un peu plus un curriculum vitæ pourtant déjà bien rempli !

Cinq vues de Côté

1) Un Côté fonceur
Jusqu'à ce que son père, Nicolas, se trouve débordé par les travaux aux champs et à l'étable, Marilyn Côté n'avait jamais vraiment songé à reprendre la ferme familiale, même si elle y travaillait plus souvent qu'à son tour quand elle était au secondaire, par habitude plus que par intérêt véritable. L'appel de papa, si ce n'est l'appel de la terre, a alors résonné en Marilyn, troisième d'une famille de cinq enfants. « Mon père devait partir en voyage de pêche et il n'avait personne pour le remplacer. Je me suis dit qu'il valait mieux travailler chez moi plutôt que de me trouver un boulot d'étudiant en dehors de la ferme. »

Sans aucune pression de ses parents, la jeune femme s'est inscrite en gestion et exploitation d'entreprise agricole au collège d'Alma, programme qu'elle a terminé en 2007. « Chaque soir, je transposais à la ferme les notions apprises en classe, ce qui me motivait grandement à avancer dans mes études », note Marilyn. Avant même de passer ses derniers examens, l'étudiante était déjà copropriétaire de la moitié d'une entreprise agricole valant plus de 2 millions $ ! Confiance et assurance des parents ainsi que maturité et discipline de la relève expliquent bien ce transfert expéditif, qui s'étale tout de même sur une période de coexploitation d'une dizaine d'années.

Avant de jeter l'ancre dans le rang Belle-Rivière, Marilyn s'est toutefois assurée de bien préparer son atterrissage sur les terres ancestrales. Avec les 40 000 $ de sa prime à l'établissement et les 23 800 $ du Fonds coopératif d'aide à la relève agricole, elle a pu financer la mécanisation des activités (installation d'un rail pour les trayeuses), augmenter l'efficacité de l'alimentation du troupeau (distributeur de concentrés et déchiqueteuse de balles rondes) et accroître la taille de l'entreprise (achat de quota, obtention d'un prêt de quota à la relève et agrandissement de l'étable grâce au repositionnement de la laiterie et de l'atelier-garage). « Les marteaux se sont fait entendre chaque année de 2000 à 2008 », signale Marilyn. Le faible taux d'endettement de la ferme maintenu par Nicolas et Lynda a aussi permis à leur fille de réaliser ces projets qui lui tenaient à cœur.

2) À ses Côtés
Avec son experte-conseil de Nutrinor, l'agronome Annie-Pier Bouchard, Marilyn forme un véritable tandem. « Avant, mon père n'utilisait pas beaucoup les services techniques de notre coopérative. Quand j'ai pris la relève de la gestion du troupeau et de l'alimentation, je me suis assurée de rencontrer Annie-Pier tous les mois. Ensemble, nous passons en revue les vaches une à une, nous obstinant sur la quantité de concentrés à servir à tel animal ou à tel autre », dit Marilyn.

L'agronome Annie-Pier Bouchard, de la coopérative Nutrinor, assure le service technique, dont ne se prive pas Marilyn Côté, avec des rendez-vous mensuels bien chargés.

Marilyn mise beaucoup sur ses capacités d'analyse et d'observation pour bien réussir en production laitière. Deux qualités qu'elle juge plus répandues chez les femmes que chez les hommes. Un exemple : lors de la visite du Coopérateur, Marilyn et Annie-Pier exploraient les raisons possibles d'un épisode de diarrhée chez les vaches. Elles suspectaient la présence de microorganismes pathogènes possiblement logés dans la première coupe de foin d'un certain champ mal drainé. u Côté travail, Marilyn et Nicolas se répartissent les tâches équitablement. Programme alimentaire, génétique, reproduction, santé et traite sont sous la responsabilité de Marilyn. Les 300 acres en culture et la machinerie sont encore l'apanage de Nicolas. Il n'existe toutefois pas de frontière hermétique entre ses tâches à elle et ses tâches à lui. Enfin, dans un souci de transparence, la comptabilité et la gestion sont des tâches partagées, pour que père et fille soient au même diapason quant à la vigueur financière de la ferme.

L'alimentation à la Ferme des Papinas
Par Annie-Pier Bouchard,
agronome
Experte-conseil ruminants et équins, Nutrinor

Troupeau de 64 vaches Holstein
Moyenne de 10 175 kg de lait
MCR : 221-224-220

Aussi : 12 vaches Jersey
Moyenne de 7373 kg de lait
MCR : 245-223-246

Alimentation
• Fourrage : ensilage de balles rondes (graminée et légumineuse) traité au Coop-Sile
• Concentré : vache par vache

Veaux 0-2 mois
Lactoremplaceur Goliath 20-18
Goliath VO-21 Deccox

Génisses (2 à 6 mois)
Aliment Goliath VO-21 Deccox

Taures de plus de 6 mois
Aliment Synchro 5014 CTG
   Option 1
Minéral Goliath 12-4

Vaches taries
Minéral Transilac VT4-6T

Préparation au vêlage
Aliment Transilac 14

Vaches en lactation
Aliment Synchro 5014 CTG
   Option 1
Supplément de couverture
   Synchro 3610V
Minéral Synchro 12-12T
3) Changer de Côté
Perçage au sourcil, ongles manucurés et cheveux teints rouge vif : au centre-ville d'Alma ou dans le rayon décoration de la quincaillerie de Saint-Bruno, bien malin qui pourrait dire que cette gracieuse fille trait des vaches, soir et matin. Marilyn assume sa féminité, même en « chienne », en casquette et en bottes de caoutchouc. « L'habit ne fait pas le moine », rappelle-t-elle. Pour ses ongles, elle a voulu encourager une jeune fille de son entou­rage qui lançait son salon d'esthétique. Marilyn a alors pris goût aux prothèses d'ongles comportant différents dessins. Avec des gants de latex pour la traite, des gants de cuir pour réparer la chaîne du chariot d'ensilage ou des gants de tissu pour les travaux de jardinage, la demoiselle assure qu'elle peut conserver intactes ses griffes pendant au moins un mois, d'autant que les ongles sont recouverts d'une bonne couche de vernis translucide.
(Cette chronique « beauté » terminée, revenons maintenant à nos vaches !)

4) De tous les Côtés
Sociable, Marilyn aime quitter ses terres pour s'impliquer dans différentes organisations agricoles. Non pas qu'elle fuie sa ferme, au contraire : en la quittant, elle y revient la tête bourrée d'idées pour sa profession et le corps motivé à continuer le métier. En ayant des amis autant dans le milieu laitier que dans d'autres, agricoles ou non, Marilyn peut mieux apprécier les joies et les difficultés de sa situation d'agricultrice.

En ce qui concerne son inclination naturelle à l'implication, tout a commencé pour Marilyn avec son groupe local de relève agricole (Lac-Saint-Jean-Est), affilié au Centre régional des jeunes agriculteurs, le syndicat régional, lui-même lié à la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ). Marilyn y a siégé pendant sept ans, dont cinq à la présidence et trois comme déléguée au conseil d'administration provincial de la FRAQ. Elle a ensuite occupé le siège réservé à la relève au sein du Syndicat Belle-Rivière, de l'Union des producteurs agricoles.

Actuellement, Marilyn occupe un poste d'administratrice au sein du Réseau Agriconseils Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Groupe conseil agricole Lac-Saint-Jean Est et du Syndicat des agricultrices du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Une succession d'implications qui stimulent l'agricultrice et la font connaître partout dans sa région, sinon au Québec. Si bien que, graduellement, l'appellation « la fille de Nicolas » s'est muée en « Nicolas, le père de Marilyn » ! Il ne faudrait pas s'étonner de la voir un jour mettre son énergie au profit du mouvement coopératif, qu'elle lorgne du coin de l'œil et qu'elle compte apprivoiser à son rythme.

Sur cette photo comme dans la vie, Lynda Hudon et Nicolas Côté entourent Marilyn, lui apportant un soutien constant sans être étouffants.

5) Les bons Côtés
Des embûches ? Marilyn n'est pas capable d'en dresser une liste, aussi courte soit-elle. Et sur sa condition de femme en agriculture ? « Ce n'est pas plus facile pour un garçon en 2013 », dit la productrice.

Des objectifs communs et une communication du tonnerre permettent d'éviter les conflits entre ses parents et elle. La ferme laitière est simple, ne souffre d'aucun excès et permet d'offrir une qualité de vie enviable à une fille qui bouge comme Marilyn et à des parents qui aspirent à un peu plus de tranquillité. La productivité de l'entreprise (10 200 kg de lait par vache par année), sa rentabilité (performances technicoéconomiques parmi les meilleures de la région, car la ferme est toujours dans le groupe de tête du groupe conseils agricoles) et sa taille respectable (72 kg de quota) permettent à la jeune femme de vivre convena­blement de la production laitière et à ses parents de jouir d'une préretraite confortable.

Prochains objectifs ? S'installer et partager sa vie avec son conjoint – et, qui sait, assurer une septième génération à la Ferme des Papinas.
 
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