Entretiens
Ce n'est pas nouveau que les mots « luzerne Roundup Ready » viennent à nos oreilles. Mais la vraie question qu'on se pose est certainement : « Est-ce que ça va arriver au Québec ? » Voici une mise au point sur la situation actuelle de cette luzerne génétiquement modifiée.
Tout d'abord, il faut savoir que le gène tolérant au Roundup dans la luzerne a été déréglementé par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) en 2005. Nous commencions déjà, à cette époque, à entendre parler que cette luzerne pourrait bientôt apparaître sur le marché canadien. Par la suite, il était nécessaire qu'un herbicide soit homologué pour traiter cette culture, ce qui a été fait par Santé Canada en mars 2012 avec l'étiquette du Roundup WeatherMAX pour la luzerne RR. Ensuite est venue la question de l'enregistrement du cultivar.

Un autre point important à considérer est la coexistence entre la luzerne RR et la luzerne « conventionnelle ». Un plan de coexistence est à l'état de projet et sa rédaction va bon train. Une réunion a eu lieu en octobre 2012, à Kitchener, en Ontario, où tous les intervenants – organismes biologiques, conventionnels et pro-technologies – ont été conviés. Cette réunion visait à pouvoir publier sur le site Web de l'Association canadienne du commerce des semences (la Canadian Seed Trade Association ou CSTA) une politique élaborée par l'industrie des bonnes pratiques agricoles pour les différents marchés. Voici les cinq grandes lignes de ce plan de coexistence :

Un plan…
• … dont le but est de permettre aux producteurs de faire un choix en toute liberté et de profiter des occasions offertes par les divers marchés (biologique, conventionnel ou OGM);

• … basé sur une bonne communication et le respect mutuel entre voisins, individus et sociétés;

• … dont les normes, l'usage et la tolérance doivent être définis par le marché, la pratique, la faisabilité et l'économie;

• … construit avec des programmes scientifiques et des outils destinés à surveiller l'efficacité de ces programmes; et

• … dont chaque système accepte la responsabilité d'implanter les bonnes pratiques afin d'atteindre la norme.

Quand ce plan sera-t-il mis en place ? L'objectif du comité est de le publier dès le printemps 2013.

En Californie, près de 75 % des producteurs laitiers utilisent déjà des variétés de luzerne RR et incorporent avec succès ces fourrages dans leurs rations. Bien entendu, les rations servies en Californie sont différentes des nôtres. Mais il est tout à fait possible de tirer avantage de la luzerne chez nous aussi. La preuve, bon nombre d'entre vous obtenez de très bonnes performances avec des ensilages de deuxième et troisième coupes, qui sont souvent essentiellement composés de légumineuses (dans de nombreux cas la luzerne).

C'est connu, la luzerne est une excellente source de protéine pour la vache en lactation. La meilleure façon d'optimiser l'utilisation de cette protéine hautement digestible dans le rumen (RAP ou rumen available protein) pour la production de lait est de fournir en même temps de l'énergie pour les microbes du rumen (RAC ou rumen available carbohydrate), car ce sont ces derniers qui feront le travail. Vous aurez deviné que la combinaison parfaite est le luzerne employée avec l'ensilage de maïs, mais il est également possible de bien synchroniser la RAP et le RAC de la ration avec d'autres aliments. Parlez-en avec votre expert-conseil en production laitière La Coop, qui sera en mesure de calculer la meilleure stratégie d'alimentation. Mais avant, assurez-vous de bien connaître votre marge de manœuvre pour les aliments dont vous disposez à la ferme comme intrants.

En conclusion, ne soyez pas surpris de voir d'ici peu la luzerne Roundup Ready dans le paysage québécois. Elle offrira un avantage certain pour ce qui est de la lutte contre les mauvaises herbes coriaces, comme l'ortie royale ou encore le chiendent. De plus, comme le Roundup peut s'appliquer à tout moment sur la luzerne sans ralentir la croissance de ses plants après la pulvé­ri­sation, le choix du stade d'appli­cation sera plus propice pour réprimer les mauvaises herbes. N'oubliez pas qu'une bonne implan­tation se reflète sur le rendement et la qualité d'une luzernière au cours des années qui suivent (voir l'article sur la régie des semis en page 47 du présent numéro du Coopé­rateur).
 
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