Entretiens
Notre volonté constante d'améliorer nos rendements et la qualité de nos produits nous amène parfois à revenir aux sources. Il faut savoir que les mycorhizes étaient jadis présentes naturellement dans les sols du Québec. Malheureusement, les pratiques agricoles intensives ont fait décroître leur population. Aujourd'hui, il nous est possible de les réintroduire dans nos régies de cultures. Ces minuscules champignons gagnent en popularité en productions végétales.
Pour imager le principe de fonctionnement des mycorhizes, disons que celles-ci s'associent aux racines des plantes et créent dans le sol un réseau de fins filaments, nommés hyphes. Cette alliance champignons-plantes accélère le développement et la croissance des végétaux et augmente leur tolérance aux stress. À titre d'exemple, une plante qui pousse dans un pot d'un litre peut développer jusqu'à un kilomètre d'hyphes ! Ces derniers ont accès à de l'eau et à des éléments nutritifs du sol situés dans de très petits pores qui ne pourraient autrement être explorés par les racines de la plante. Il est à noter que les épinards, les betteraves ainsi que les plantes de la grande famille des crucifères (choux et compagnie) n'arrivent pas à créer de symbiose avec les mycorhizes.

Le principe de fonctionnement des mycorhizes est relativement simple. Par contre, il peut s'avérer plus complexe de bien gérer leur utilisation. Dans les prochaines lignes, nous vous présenterons des méthodes d'application qui vous permettront d'optimiser le potentiel des inoculants mycorhiziens. Nous traiterons des différents types de produits offerts sur le marché.

Tout d'abord, une version liquide de l'inoculant a été mise au point pour la production de pommes de terre. Il en a été question dans l'article de notre collègue Stéphane Perreault (Le Coopérateur agricole, janvier 2013).

Pour ce qui est des produits les mieux adaptés à la production horticole, il y a le MYKE Pro PS3, commercialisé sous forme poudreuse. Son utili­sation est idéale pour le mélange avec les boutures. Juste avant de transplanter aux champs, il est possible de tremper directement les racines dans la poudre, ou encore dans une pâte faite avec de l'eau. Pratico-pratique, si vous êtes producteur de solanacées, vous pouvez aussi inoculer vos semis en multicellules. Une des techniques d'application recommandées est d'incorporer le produit à l'eau d'irrigation. Une agitation doit être maintenue pour garder les spores en suspension. Il est à noter que l'arrosage doit être fait directement à la surface des plateaux (avant ou après le semis). Par contre, il est crucial de ne pas lessiver les plateaux au cours des quelques jours qui suivent l'application afin d'éviter la perte des spores. De cette façon, les mycorhizes s'établiront dans la cellule, ce qui permettra d'éviter le choc de la transplantation au champ puisque le réseau mycélien associé à la plante sera immédiatement efficace. Le MYKE Pro PS3 est constitué de particules de 1 mm et moins et contient 320 spores viables par gramme.

Par ailleurs, plusieurs options s'offrent à vous avec des produits granulaires. Le MYKE Pro Gr est spécialement conçu pour l'application dans le sillon ou en bandes au semis. Il faut s'assurer que l'inoculant sera positionné au bon endroit, soit sous la graine dans le sillon. Cet inoculant possède une taille de particules qui se situe entre 0,4 et 1,4 mm et il contient 142 spores viables au gramme. Le Serriculture G est aussi une option intéressante pour la production de transplants en serre. Il n'y a qu'à mélanger le produit avec votre substrat de culture. Il est aussi possible de tremper les racines des transplants dans le Serriculture G. Ses granules sont de 0,8 à 2 mm de grosseur et elles contiennent 15 spores viables par gramme.

Depuis maintenant deux ans, il est possible, par l'entremise de La Coop Uniforce, de se procurer des semences de carottes et d'oignons pré-inoculées. Le traitement est effectué par nos partenaires spécialisés dans les traitements de semences. Un des avantages de recourir à ce type de semence est certainement l'uniformité du traitement. De plus, en tant que producteur, on se simplifie la tâche puisqu'il n'y a ni mélange ni manipulation particulière à effectuer. Il est aussi possible d'obtenir des semences pré-inoculées pour d'autres cultures. Par contre, des quantités minimales sont requises afin de faire effectuer un traitement sur mesure.

Autres exemples (carottes et piments) permettant de comparer le développement et rendement d'une culture avec et sans mycorhizes.

Au cours des dernières années, plusieurs essais au champ ont démontré de grands avantages à exploiter cette symbiose entre la plante et le champignon. Par exemple, dans la culture de la tomate, des augmentations de rendement de l'ordre de 30 % ont pu être observées, et ce, dans plusieurs sites d'expérimentation. Il a également été démontré qu'il y avait une amélioration du goût et de la conservation des fruits. Dans certaines cultures, on a même pu observer des effets sur la germination. La semence inoculée germait plus rapidement et la parcelle semblait plus uniforme à la levée. Cet effet a pu être validé lors de la récolte, puisque les variétés à pollinisation ouverte se sont comportées comme des variétés hybrides, ce qui signifie que la portion vendable contenait moins de rejets.

En ce qui concerne la carotte, plusieurs impacts positifs ont été constatés à la récolte. Les racines étaient plus droites et présentaient un pourcentage de produit commercialisable plus élevé que dans le cas de la partie non traitée. Pour cette culture, la société Premier Tech a obtenu des hausses de rendement de l'ordre de 14 % lors d'essais. Il semblerait également que la carotte traitée aux mycorhizes arriverait à mieux se défendre contre les attaques pathogènes. Effecti­vement, durant les dernières saisons, plusieurs parcelles nous ont permis d'observer ce phéno­mène. Nous souhaitons toutefois aller plus loin dans nos recherches afin de valider si cette observation se répète de façon constante.

Dans plusieurs autres cultures – haricots, pois, poivrons, grandes cultures –, des effets positifs ont été observés. L'inoculation ne se fait seulement qu'une fois par saison. Les racines travailleront en symbiose avec le champignon pour la durée de vie de la culture.

Les champignons mycorhiziens sont intéressants et avantageux à utiliser, mais il faut se rappeler qu'ils sont un produit vivant. Il est donc primordial de respecter les normes d'entreposage pour assurer la survie de leurs spores. Le mot d'ordre est donc de les conserver au frais, à l'abri de l'humidité, et d'éviter les grandes variations de température. Les possibilités d'utilisation des mycorhizes en production maraîchère sont multiples : il ne vous reste plus qu'à les adapter à votre régie pour découvrir tout le potentiel de ces minuscules champignons.
 
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