Entretiens
Introduire le blé d'automne comme troisième plante dans la rotation maïs-soya peut s'avérer bénéfique pour le rendement de ces cultures. C'est du moins ce qu'en conclut une étude de l'Université de Guelph. Cet article décrit quels en sont les principaux impacts positifs, les meilleures façons de l'inclure dans la rotation et quels sont les cultivars à votre disposition pour atteindre vos objectifs. L'idée est lancée et l'augmentation de rendement, à votre portée !
Pascal Larose, agronome
Conseiller spécialisé
en maïs et soya
La Coop fédérée
pascal.larose@lacoop.coop

Luc Roger, agronome
Conseiller spécialisé
en céréales et canola
La Coop fédérée
luc.roger@lacoop.coop

Christian Azar,
agronome, M. Sc.
Sélectionneur en amélioration végétale
La Coop fédérée
christian.azar@lacoop.coop
L'impact positif d'une troisième plante dans la rotation
L'Université de Guelph, en Ontario, a publié dernièrement les résultats d'une étude à long terme qui a validé l'effet positif sur le rendement de l'inclusion d'une troisième plante dans la rotation maïs-soya standard. Cette étude, qui s'est déroulée de 2009 à 2011, a été réalisée sous deux systèmes culturaux, soit en régie « conventionnelle » et en semis direct.

Il est intéressant de constater que le rendement augmente lorsque le blé d'automne est introduit dans la rotation, et ce, indépendamment de la régie de sol. L'effet structurant sur le sol du blé d'automne vient accroître le rendement du maïs et du soya, en comparaison avec une rotation maïs-soya en régie « conventionnelle ». L'augmentation de rendement du maïs a été de 27 boisseaux à l'acre (1700 kg/ha), comme démontré dans le graphique 1.



La culture du soya, après la récolte, laisse le sol dans un état sensible à l'érosion. L'absence de résidus sur le sol et son système racinaire ne favorisent pas la structure du sol. En régie de semis direct, l'impact du blé d'automne sur le rendement du soya est moindre. Cependant, en régie « conventionnelle », les bienfaits du blé d'automne sont présents, comme illustré dans le graphique 2. L'introduction du blé dans une régie « conventionnelle » a accru le rendement du soya de 12,7 boisseaux à l'acre (850 kg/ha).

Il est maintenant clair que l'introduction du blé d'automne dans la rotation a un effet positif et est rentable pour l'entreprise. Toutefois, le défi demeure de l'introduire dans son propre système cultural.

Le printemps très hâtif que nous venons de vivre a permis de semer le soya très tôt. En plus de générer un potentiel de rendement supérieur, une fenêtre de semis hâtive ouvre la porte au semis de blé d'automne postrécolte.

Une variété de soya comme le 5091RR2Y demande environ 117 jours de croissance, du semis à la maturité physiologique. Si vous avez semé votre soya entre le 1er et le 10 mai, votre fenêtre de récolte devrait être à la mi-septembre. Cela ouvre une vitrine optimale pour le semis de blé d'automne.








Points importants à considérer avant de semer votre blé d'automne
Le blé d'automne est très intéressant, mais présentement sous-estimé au Québec. Il offre un potentiel de rendement au moins 20 % supérieur au blé de printemps et il est beaucoup moins touché par la fusariose. Il réduit la charge de travail au printemps, en plus de servir de plante de couverture pour protéger nos sols. Voici quelques points importants à considérer avant vos semis de cette année.

Point 1 : Choix du champ

L'égouttement est primordial. Toute cuvette qui accumulera de l'eau ou des zones compactées qui garderont de l'eau en surface causeront une mortalité importante, soit par la formation de glace, soit par la pourriture, qui détruira les plants.

Point 2 : La couverture de neige

La neige est importante, car elle sert d'isolant et protège bien le blé. La conservation des résidus de cultures et le semis direct permettent d'améliorer la couverture de neige. Mais celle-ci doit fondre hâtivement au printemps. Les champs couverts de neige en avril sont à risque de pourriture nivale.

Exemple de couverture de neige en semis direct, au premier plan, comparativement au labour, à l'arrière
Point 3 : Acclimatation au froid
L'acclimatation du blé au froid n'est pas statique pendant la période hivernale. Elle suit plutôt une courbe en forme de cloche. Le blé est le plus tolérant au froid pendant les mois de novembre et décembre. La courbe remonte pendant les mois de février, mars et avril, à cause des redoux et des périodes de gel et dégel. Ces épisodes font perdre au blé sa capacité à tolérer le froid (voir le graphique 3).



Point 4 : La date de semis optimale
Si on pouvait prévoir la température un mois à l'avance, il serait facile de déterminer la meilleure date de semis. Mais ce n'est pas le cas. Donc, voici quelques indices. Idéalement, le blé d'automne doit bénéficier d'un mois entre le semis et les gels mortels (-5 °C). Il aura le temps de germer, d'émerger et de produire au moins deux talles. À ce stade, il aura accumulé assez de réserve pour passer l'hiver et eu le temps de s'acclimater aux petits gels successifs qu'il aura subis.

Un semis trop hâtif produit des plants trop développés, ce qui nuira à leur survie, et augmentera le nombre de talles, qui contribueront à augmenter le risque de verse. Il est recommandé de réduire le taux de semis pour les semis hâtifs. Les semis tardifs réduisent la période d'acclimatation au froid, et le blé produit alors peu ou pas de talles. Les plants ont très peu de temps au printemps pour produire des talles, car le blé commence sa montaison assez rapidement. Il faut donc compenser par un taux de semis plus élevé (tableau 1 et graphique 4).







Point 5 : Le semis
Selon les régions, les champs de canola et de soya sont un bon endroit où semer du blé d'automne. La semence doit idéalement être semée à 2,5 cm de profondeur. À cette profondeur, la couronne sera bien protégée du froid. Elle subira les variations de température de façon moins radicale, et cela améliorera l'acclimatation au froid. De plus, au printemps, les plants bien ancrés survivront beaucoup mieux au déchaussement causé par les effets des cycles de gel-dégel successifs du sol. L'application de phosphore dans le sillon au semis améliorera l'établissement et la survie.

Plants du haut semés à la date optimale, comparativement à ceux du bas, semés 15 jours plus tard.

Le cultivar Harvard, en avril
Les semis à la volée en surface sont possibles, mais ils sont plus risqués. Les seuls avantages sont qu'ils permettent de semer rapidement à une date jugée plus optimale. Avec cette technique, il est difficile de prévoir la population finale. Un semis de 500 grains/m2 peut donner 200 ou 400 plants/m2. C'est donc difficile à prévoir, tout dépendra de l'humidité disponible pour la germi­nation. De plus, la couronne des plants sera située à la surface, ce qui augmentera les risques de mortalité par le gel et le déchaussement. Il est préférable de semer deux semaines plus tard et de risquer de perdre 10 % de rendement, mais de maîtriser par ailleurs tous les facteurs de rendement.

Blé d'automne Harvard et CM614

Le blé Harvard a fait ses preuves depuis maintenant sept ans au Québec, en tant que blé dur roux d'automne (HRW). Sa vigueur de regain printanier établit les bases nécessaires à un rendement élevé et elle est symptomatique de la santé de ses racines et de sa très bonne survie à l'hiver. La tolérance aux maladies et la bonne tenue du blé Harvard appuient ensuite le remplissage des grains jusqu'à la maturité physiologique. Ce cultivar est vraiment surprenant par l'efficacité de son assemblage génétique. Il est à noter que le Harvard est de qualité panifiable. Il est d'ailleurs utilisé comme témoin qualité pour les blés d'automne dans les essais du Réseau grandes cultures du Québec (RGCQ). L'entreprise Les Moulins de Soulanges l'utilise maintenant dans ses mélanges de farine. Son poids spécifique, son indice de chute et sa tolérance à la fusariose font le travail. Harvard est un cultivar sur lequel on peut compter.

Le cultivar Harvard, avant la récolte
Le CM614 est, pour sa part, un champion du rendement. Il a obtenu le rendement moyen le plus élevé, tous cultivars confondus, dans les essais du RGCQ de 2011 et de 2012. Ses rendements élevés démontrent bien le1 forces de survie à l'hiver et la tolérance aux maladies du CM614. Il est classé comme un blé mou rouge d'automne (SRW). Cette classe de blé est relativement peu connue au Québec, bien qu'elle représente la majeure partie des surfaces de blé d'automne en Ontario. Le CM614 est un blé à deux fins. Il peut être utilisé comme blé de provende ou pour la transformation alimentaire. Le marché alimentaire du CM614 est présentement sous analyse pour utilisation locale. Son taux de protéine est moins élevé que celui des blés panifiables du type Harvard. Mais cela lui permet par contre d'accumuler un rendement supérieur, d'où l'intérêt premier pour ce cultivar pour le marché du blé de provende. Son taux de protéine se situe entre 10 et 13 %. Sa tenue, son poids spécifique, sa tolérance à la fusariose et son rendement en paille sont vraiment très bons. Le CM614 sera dans le feuillet du RGCQ à la fin de 2013, lorsqu'il comptera trois années dans les essais de performance.

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés