Entretiens
Avec l'équipe de Lanaudière rebaptisée « Lanaubière » et le slogan éthylique de l'équipe de Beauce « On ferme le bar! », certains seraient tentés de n'associer la Fédération de la relève agricole qu'à une occasion de boire de la bière, ce qui serait franchement réducteur… car il y a aussi le vin et les spiritueux!

Sans blague, les jeunes de la relève savent s'amuser, mais aussi faire preuve d'un redoutable sérieux quand il le faut.
Très en verve, le ministre François Gendron a répondu aux questions des jeunes sur l'accaparement des terres et la promesse des péquistes d'allouer 20 millions de dollars supplémentaires aux programmes d'aide jeunesse.
Les activités de l'assemblée générale annuelle (AGA) ont commencé par la finale provinciale du DéfiFRAQ, tenue dans le vaste garage à machinerie de la Ferme Tomchyrs, à Saint-Boniface. Au menu de la matinée :

10 épreuves manuelles où la cocologie avait aussi sa place. Ainsi, aux différentes stations, les participants devaient reconnaître des carences végétales, trouver 10 erreurs dans une trousse de premiers soins, déterminer le sexe de lapins (tout en évitant les crottes molles intempestives) et associer différentes biomasses agroforestières à leur nom. Deux épreuves (acheter en propre une machinerie ou l'acquérir en CUMA et s'établir sur une terre en périphérie d'une ville) exigeaient plus de la calculatrice que des chaussures de sécurité. Enfin, l'épreuve la plus haute en couleur était certes celle où des aspirants maîtres brasseurs devaient aligner bien droites sur des palettes le nombre de poches de semences d'orge, d'orge de brasserie et de malt nécessaire pour concocter une cuve d'or blond. Après avoir sué à transférer des poches d'une palette à l'autre, il fallait, bien entendu, tester le produit fini : une bonne bière froide d'une microbrasserie locale à caler le plus rapidement possible.

En après-midi, 40 questions avaient été préparées à l'intention des rats des champs et des rats de bibliothèque. Pour l'occasion, les participants étaient munis d'une télécommande sans fil pour transmettre leur réponse le plus rapidement possible, car la vitesse de réponse était parfois primée. Bref, le jeu-questionnaire aura permis d'apprendre que 40 % du maïs-grain états-unien est destiné à l'éthanol (c'est 10 % au Québec), que la superficie moyenne de la ferme québécoise est de 110 hectares (en comparaison des 300 hectares de la ferme canadienne), que 14,5 % des ménages québécois ont eu recours à l'aide alimentaire, que des semences de tomate germent entre 21 et 30 °C, que 59 % des jeunes se sont établis en agriculture à la suite d'un transfert apparenté, et que 82 % des jeunes savent ce qu'est un avaloir.

Ils savent la boire, mais savent-ils la fabriquer? Une épreuve du DéfiFRAQ consistait à déplacer des poches de semences d'orge, d'orge de brasserie et de malt.

C'est finalement l'équipe Farmer Style (Mégantic-Nord) qui a remporté le DéfiFRAQ, conservant son titre acquis l'an dernier. Cette séance déjantée de bonne humeur collective et d'esprit d'équipe au son des trompettes de carnaval a ensuite pris fin sur le philosophique conseil du coloré animateur de la journée, l'agronome Pierre Fournier, qui, juste avant que tous n'envahissent le bar de l'Auberge Gouverneur de Shawinigan, a pris soin de préciser que « l'alcool ne règle rien, le lait non plus ». Food for thought!

« J'ai un style dictatorial et un sens du sacrifice et de l'abnégation parfait pour lancer une entreprise. Mon fils Nicholas, que j'ai toujours traité durement, ne voulait pas être comme moi. Il a un style collaborateur, veut donner plus de liberté aux employés, dans une optique de "l'entreprise est plus grande que chacun d'entre nous". » « Comme gestionnaire, il faut que tu demandes conseil, mais que tu fasses selon ta gouverne. La relève a vu toutes les erreurs des parents. Je me suis engagée auprès de mon fils à ne plus aller aux réunions et à le "coacher" sur demande seulement. Les jeunes, vous devez insister pour prendre votre place. Vous êtes l'avenir; les parents sont le passé. »

- Cora Mussely Tsouflidou


Le DéfiFRAQ proposait 10 épreuves, comme reconnaître des carences végétales, associer des biomasses agroforestières à leur nom ou déterminer le sexe de lapins (tout en évitant les crottes molles intempestives).
Un vendredi sérieux
Appelés à adopter les états financiers et le rapport annuel ainsi qu'à voter sur six résolutions, les quelque 125 membres et la quarantaine d'invités ont mis tout leur sérieux dans des amendements, des sous-amendements et quelques débats sans déchirements de chemise. Soulignons que l'effectif de la FRAQ demeure sous la barre des 2000 membres. La meilleure représentativité des membres au sein des syndicats régionaux revient à l'association du Bas-Saint-Laurent. Très présente au sein de la relève laitière, la FRAQ et son président sont conscients qu'ils devront être plus rassembleurs et recruter dans d'autres productions. « Notre mouvement doit devenir une sorte de passage obligé chez la relève agricole », estime à ce sujet Alain Audet. Quant à la plus forte progression du nombre de membres, elle provient de la Montérégie-Ouest (de 47 à 76 membres en un an).

Entre les moments protocolaires de l'AGA, différents invités de marque étaient appelés à venir présenter leurs actions au profit des jeunes. Mentionnons René Delorme (Zoetis), Réal Brière (Fédération des producteurs de pommes de terre), Vincent Turgeon (Banque Nationale), Alain Gagnon (Mouvement Desjardins), Geneviève Drolet (Holstein Québec), Mathieu Couture (La Coop fédérée), Charles-Félix Ross (UPA), Guy Blanchet et Paul Lecomte (FIRA) ainsi que Robert Keating (FADQ).

Très en verve devant le parterre de jeunes et cultivant même l'autoquestion dans ses réponses aux questions des jeunes, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, François Gendron, a aussi fait un arrêt en Mauricie pour éclairer des délégués pressés d'en savoir plus sur des sujets d'actualité, notamment l'accaparement des terres et la place des jeunes dans la prochaine politique de souveraineté alimentaire du gouvernement péquiste. Rappelons que le Parti québécois avait promis en campagne électorale d'investir 20 millions de dollars supplémentaires dans les programmes d'aide. « La relève agricole est en haut de la liste des priorités de notre gouvernement », a déclaré François Gendron, pour qui la relève n'est ni un caillou dans son soulier ni une problématique, mais une partie de la solution.

La visite de la ferme de Steve Croisetière concluait l'assemblée générale annuelle de deux jours et demi sur une note inspirante : quand on désire vraiment quelque chose, tout est possible, même s'établir en production laitière.

Le DéfiFRAQ se poursuivait en après-midi avec un jeu-questionnaire de 40 questions pour les rats des champs et les rats de bibliothèque. Au terme de la journée, l'équipe Farmer Style, de Mégantic-Nord, avait amassé le plus de points.
L'honneur de conclure l'AGA est revenu au président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, qui est maintenant porteur du dossier Relève au sein de l'UPA. « Le bureau de Marcel Groleau est d'ailleurs situé à dix pas du nôtre à la Maison de l'UPA », révèle la directrice de la FRAQ, Magali Delomier, ce qui illustre la proximité grandissante entre la relève et l'Union. Fait à souligner, le prestigieux prix Relève agricole que décerne la FRAQ a justement été attribué à l'UPA, qui a en cours d'année appuyé sans réserve, avec la Coalition GO5, le colloque « 100 % Relève » tenu à l'Université Laval. L'UPA a aussi décidé d'augmenter le financement qu'elle attribue à la Fédération, ce qui a permis du coup l'embauche d'une personne-ressource supplémentaire en la toute nouvelle coordonnatrice, Yourianne Plante.

« On n'a jamais autant parlé de relève que durant la dernière année », s'enthousiasme de son côté le président de la FRAQ, Alain Audet. Et on parlera encore beaucoup des jeunes en 2013 avec les activités relatives aux 100 ans de la jeunesse rurale.

Cora l'a dit : « Les jeunes, vous avez vos parents dans les pattes? Ils veulent transférer l'entreprise, mais ne le veulent pas vraiment? C'est normal! Pour un fondateur, l'entreprise, c'est son bébé. Moi qui n'ai pas été présente pour mes enfants, pas même pour mes petits-enfants, je dois confesser que la conciliation travail-famille, je n'y pensais pas, parce que nous devions nous débrouiller pour nous en sortir, pour changer le karma de pauvreté de notre famille. »


Rien ne destinait Cora Mussely Tsouflidou, fondatrice de Chez Cora déjeuners, à travailler en restauration. Lors du déjeuner-causerie, elle est venue raconter les embûches de ses débuts et les difficultés de son transfert à son fils Nicholas.
Un samedi inspirant
Lors d'un déjeuner-causerie, la fondatrice de Chez Cora, Cora Mussely Tsouflidou, est venue parler de ses débuts laborieux en affaires et du transfert de son entreprise de petits-déjeuners fruités à son fils Nicholas. Très attentifs, les jeunes présents ont été nombreux à questionner Cora sur « l'aventure de survie » qu'a été son lancement en restauration. Ils ont du coup pu découvrir les talents de communicatrice de cette dame qui charme par sa franchise et ses franchises (135 restaurants partout au Canada).

Rien ne destinait Cora Mussely Tsouflidou, originaire de Caplan, en Gaspésie, à diriger une entreprise qui sert quotidiennement plus de 35 000 clients. Après avoir entamé son cours classique pour pouvoir plus tard pratiquer une profession libérale, Cora se résigne à quitter les études pour préparer la venue inopinée du premier de ses trois enfants. Devenue mère monoparentale avec des bouches à nourrir, la femme aux lunettes rondes acquiert un petit casse-croûte désaffecté, qui servira au moins, se dit-elle, à satisfaire le plus essentiel des besoins de sa marmaille : manger. Mais ses talents pour le service à la clientèle et son souci pour une alimentation plus saine la propulsent vite à la tête d'une enseigne dont la première franchise remonte à la fin des années 1990.

L'AGA s'est ensuite conclue par une visite de la ferme de Steve Croisetière, qui a réussi à démarrer en production laitière en août 2011 grâce au Fonds d'investissement pour la relève agricole (FIRA). Désireux de voler de ses propres ailes, Steve a dû ramer ferme pour aujourd'hui posséder 25 kg de quota et un troupeau de Jersey et de Holstein composé de 1 EX-5E, 17 TB et 14 BP. Outre le FIRA, Steve a pu compter sur des aides financières, logistiques, matérielles et humaines de nombreux organismes, particuliers et entreprises, sans oublier sa coopérative (La Coop Agrivert). Bref, tout un groupe était derrière Steve, considéré comme un modèle fructueux d'établissement dans le lait, production traditionnelle, néanmoins difficile d'accès. Malgré son emploi du temps chargé, Steve trouve déjà le moyen de s'engager, notamment dans son club Holstein et au sein du Syndicat de la relève agricole de la Mauricie, qu'il faut d'ailleurs féliciter pour l'excellence et le bon déroulement des activités de l'AGA de la FRAQ.
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