Entretiens
En 17 ans d'existence, la CUMA de la région de Coaticook a su adapter la formule de la coopérative d'utilisation de matériel agricole aux besoins, aux pratiques et à l'esprit de ses membres.
Autour d'une table sont rassemblés les cinq administrateurs et la secrétaire de la Coopérative d'utilisation de matériel agricole de la région de Coaticook (CUMARC). Il règne une ambiance conviviale et tous discutent avec enthousiasme. Un esprit fraternel qui reflète le désir de ces producteurs laitiers de travailler ensemble afin que chacun puisse mieux réussir.

La CUMARC est née en 1996 de la volonté de plusieurs producteurs laitiers d'acheter en commun un ensacheur d'ensilage. « Nous avons évalué diverses formes d'associations possibles afin de nous donner un cadre légal, et c'est celle de la CUMA qui s'y prêtait mieux », raconte Mario Doyon, l'un des sept membres fondateurs.

Pendant une dizaine d'années, la CUMARC demeure un cercle quasi fermé. Quelques autres membres se joignent au noyau d'origine, mais le véritable déclic se produit en 2010, lorsque la coopérative acquiert un semoir à plantes fourragères Brillion. L'engouement est tel et les demandes d'adhésion affluent tant et si bien que la CUMARC achète trois semoirs supplémentaires et forme une nouvelle branche, regroupant 22 agriculteurs.

Parmi les nouveaux membres entrés dans la CUMA avec la branche des semoirs, plusieurs apprennent à connaître la formule et en viennent à l'apprécier, jusqu'à décider de partager d'autres machines. Une dizaine de nouvelles branches ont ainsi été créées dans les trois dernières années. Aujourd'hui, la CUMARC compte 33 membres, répartis dans 15 branches.

Un contexte et des règles favorables
Une des machines partagées par les membres  de la CUMARC : une remorque autochargeuse.
Le contexte agricole régional est favorable à la formule de partage de machinerie, croit l'administrateur et cofondateur Serge Boivin. « Nous sommes avant tout des producteurs laitiers, explique-t-il. Nous cultivons de petites surfaces, et c'est surtout pour nourrir nos animaux. Mais nous voulons quand même avoir accès à de la machinerie performante. » Bernard Hébert, lui aussi administrateur, renchérit : « Un semoir Brillion est hors de prix pour un seul producteur, mais en se regroupant, on peut tous en profiter. »

Mario Doyon, administrateur de la CUMARC présent depuis sa création, pense que l'assouplissement des règles au cours des années a aussi pu inciter de nouveaux membres à y adhérer. « Nous étions trop rigides sur certains points, comme la durée des emprunts. » À l'origine, il avait été décidé de financer toutes les machines sur cinq ans, indépendamment de leur durée de vie. Maintenant, la durée d'un emprunt peut parfois s'échelonner sur huit ans, ce qui diminue les paiements et rend l'option de la CUMA plus attrayante.

Avec le temps, les branches ont aussi décidé d'accepter de nouveaux membres en cours de route quand la capacité de l'équipement le permet. « Au commencement, nous nous disions que ce n'était pas juste pour ceux qui avaient démarré la branche en donnant la mise de fonds de départ, explique la secrétaire-trésorière, Annie Lévesque. Mais en y réfléchissant bien, nous avons conclu qu'ils en profiteraient quand même, puisque les frais d'utilisation diminueraient pour tout le monde. » Cependant, par souci d'équité, ceux qui intègrent la branche plus tard participent quand même à l'investissement de départ.

Jusqu'à maintenant, chaque fois qu'il a fallu renouveler de la machinerie, on a dissous la branche et revendu ses machines. Puisque la CUMARC a décidé de rembourser la mise de fonds initiale proportionnellement aux années d'amortissement du matériel, tous les membres récupèrent alors leur investissement si la branche a duré plus longtemps que le nombre d'années de financement. S'il y a lieu, le reste du gain provenant de la revente est redistribué sous forme de crédit au prorata des heures d'utilisation que chaque producteur a déclarées depuis le début. Cette pratique, ont constaté les administrateurs de la CUMARC, diminue les possibilités de conflit, puisque chacun reçoit une part liée à l'utilisation réelle qu'il a faite de l'équipement. De plus, elle permet d'intégrer de façon plus juste de nouveaux membres lors du renouvellement.

La formation des branches

Bon coup
L'achat d'un semoir à plantes fourragères Brillion a suscité une vague d'intérêt pour la CUMA, et plusieurs producteurs ont voulu y adhérer. On les a donc intégrés en achetant des machines supplémentaires, pour former une branche de 22 producteurs comptant quatre semoirs. Cette branche a été divisée en quatre territoires, ayant chacun un responsable de la répartition des travaux entre les membres. Lorsque tout le travail a été achevé dans un secteur, on peut déplacer un semoir dans un autre territoire pour prêter main-forte aux membres qui n'ont pas terminé leurs semis.

Mauvais coup
Avec 22 producteurs utilisant quatre semoirs, la CUMA a vite perdu la maîtrise des pannes de machinerie. Sans mesure de suivi, il devenait difficile de distinguer les pannes d'utilisation des pannes d'usure. C'est pourquoi des procédures d'inspection ont été mises en place. Chaque membre doit dorénavant inspecter la machine à l'arrivée chez lui et au départ, en noter l'état dans un document prévu à cette fin et le signer.
Bien que les branches de deux membres ne soient pas préconisées dans la formule CUMA classique, la CUMARC n'est pas fermée à cette option. Dans les faits, il existe quelques branches de deux membres dans la coopérative, et ce sont probablement celles qui fonctionnent le mieux sur le plan de la bonne entente et de l'efficacité de partage, selon Mario Doyon. « Souvent, ce sont deux voisins qui vont se mettre ensemble », explique-t-il. Ils se connaissent, communiquent directement, et l'équipement n'est jamais loin lorsqu'ils en ont besoin.

Les avantages de ce partenariat à deux, par le moyen d'une CUMA, sont nombreux : les producteurs laissent les aspects administratifs aux soins de la coopérative, l'acquisition de la machinerie par la CUMA allège leur propre bilan financier, et les économies sont au rendez-vous. « Nous sommes vite passés par-dessus le principe qu'il faut être trois ou plus pour créer une branche, car c'est déjà deux fois moins cher que tout seul », dit Annie Lévesque, énonçant ainsi l'évidence.

Malgré plusieurs associations entre voisins immédiats, les membres de la CUMARC ne se laissent pas non plus impressionner par la distance. La zone d'action de la CUMA s'étend de Magog à Saint-Malo, ce qui représente environ 70 km entre les deux extrémités du territoire. La ferme d'un des membres les plus actifs de la CUMA se situe d'ailleurs à Magog. Étant isolé et éloigné, ce producteur peinait à obtenir des services à forfait. Il s'est donc joint à la CUMARC et a même proposé de s'équiper pour transporter les machines. « Comme il est plus loin, il fait plus de concessions », explique Annie Lévesque. La distance s'avère même être un avantage dans ce cas précis. Puisque les unités thermiques sont plus élevées à Magog, les travaux y sont terminés plus tôt. Le producteur peut ainsi rendre la machinerie disponible au bon moment pour ses partenaires situés à Coaticook.

Pour faciliter la formation de nouvelles branches par jumelage des besoins, la secrétaire- trésorière, Annie Lévesque, a créé il y a deux ans une liste d'intérêts. Lors de chaque AGA, elle invite les membres à y inscrire leur nom ainsi que leur intérêt à partager de l'équipement. « Jusqu'à maintenant, je n'ai formé qu'une seule branche grâce à cette liste », confie-t-elle. Sauf que cette initiative incite les producteurs à se parler davantage entre eux et à se regrouper de leur propre chef lorsqu'ils constatent qu'ils ont les mêmes besoins. « Nous favorisons plutôt la création spontanée de branches par affinités entre les producteurs plutôt que d'essayer de créer un match avec les besoins », dit Mario Doyon. Il précise que l'association naturelle s'avère plus propice à la bonne entente entre les membres.

Est-ce qu'il y a parfois des conflits? « Il n'y en a pas souvent, mais il y en a déjà eu », avoue Annie Lévesque. Les règlements de la CUMA encadrent le partage de la machinerie, et s'il survient un conflit qu'une branche n'arrive pas à régler, le conseil d'administration intervient.
 
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