Entretiens
Le temps de l'ensilage de maïs arrive à grands pas, de même que celui des dernières coupes de luzerne. Il est donc opportun de se rappeler les grands principes pour réussir un ensilage de haute qualité et, surtout, pour bien le conserver!
Par Brigitte Lapierre, agronome
Conseillère spécialisée Plantes fourragères et conservateur d'ensilage
La Coop fédérée
Brigitte.lapierre@lacoop.coop
Une brève définition de l'ensilage pourrait être : méthode de conservation acide d'un aliment. Cette acidité est produite par des bactéries anaérobies et obtenue à partir de la fermentation lactique des sucres contenus dans la plante. La valeur alimentaire des ensilages dépend de façon importante de la valeur du fourrage à la récolte, du taux de matière sèche (MS) et de la qualité de la conservation, qui dépendra des conditions de réalisation du silo.

Pour une bonne conservation

Il faut atteindre une anaérobiose rapide de la masse de fourrage, et cela est obtenu par :
• Le hachage fin du fourrage
• Le remplissage rapide du silo
• Le tassement efficace

Il est nécessaire d'obtenir une baisse rapide du pH. Le pH de stabilité (de 4 à 4,5, selon la MS) devra être atteint dans les sept jours. On l'obtient par une fermentation lactique importante qui, par ailleurs, stoppe la dégradation des protéines et inhibe les fermentations acétiques et butyriques qui se produisent à un pH plus élevé.

L'acide lactique et, dans une moindre mesure, l'acide acétique sont de bons produits de fermentation. Les bactéries lactiques sont les espèces les plus tolérantes au pH acide. L'ensilage sera stable tant que l'état d'anaérobiose ne sera pas rompu.

Pourquoi doit-on obtenir rapidement un état d'anaérobiose? Parce que, sinon, les micro­organismes aérobies (levures, moisissures) vont proliférer dans l'ensilage tant qu'il y aura un peu d'oxygène : une quantité aussi petite que 0,5 % est suffisante. Les microorganismes aérobies sont peu ou pas sensibles au pH. Une fois l'air disparu de l'ensilage, la fermentation démarre réellement. Beaucoup de micro­organismes anaérobies peuvent proliférer dans l'ensilage. Les microorganismes anaérobies nuisibles, par exemple les entérobactéries, Clostridium et Listeria, sont tenus en échec par le pH plus ou moins acide en fonction de la MS. La protéolyse (la décomposition de la protéine en plusieurs morceaux) est aussi réduite par une baisse du pH et de l'humidité. Il y a donc, à ce point de vue, un avantage à avoir un ensilage moins humide. Par contre, un ensilage sec sera difficile à compacter et il peut contenir de l'air. De façon générale, un ensilage doit être assez humide pour assurer une bonne compaction et l'exclusion de l'air. En fait, il est nettement préférable d'avoir un ensilage plus humide que trop sec.

La conservation des fourrages sous forme d'ensilage entraîne inévitablement des pertes. Par exemple, une partie de la protéine vraie est transformée (protéolyse) en protéine soluble, ce qui constitue une perte de qualité. De plus, une partie des sucres fermentescibles est transformée en acides organiques, qui n'ont pas la même utilité pour les bactéries du rumen. Les additifs doivent permettre de minimiser les pertes qualitatives et quantitatives de l'ensilage.

Effets escomptés d'un bon additif d'ensilage

• Améliorer le recouvrement de matière sèche et d'énergie
• Améliorer la valeur alimentaire et la performance animale
• Assurer la rentabilité (rendement du capital investi) Un mythe persiste, à savoir que les additifs seraient utiles seulement lorsque les conditions sont mauvaises. C'est faux, car l'additif améliore les phénomènes naturels. Meilleure sera la régie, meilleur sera le résultat.

Qu'est-ce qu'un inoculant?
Ensilage non traité
Ensilage traité
Un inoculant est une ou des souches de bactéries qui ont été sélectionnées en vertu d'un ou plusieurs objectifs précis. À bien des égards, les lignées sélectionnées doivent être de beaucoup supérieures aux lignées d'occurrence naturelle. Les inoculants seront efficaces à condition de dominer la flore naturelle. On doit apporter plus de 100 000 unités formatrices de colonies par gramme (ufc/g) d'ensilage. Chaque lignée possède ses caractéristiques, ce qui distingue les produits.

Pour que les lignées de bactéries présentes dans les inoculants soient efficaces dans l'ensilage, on doit combler leurs exigences. Celles-ci ne sont pas différentes de celles des bactéries d'occurrence naturelle. Il doit y avoir assez de sucres disponibles et un milieu sans air. D'ailleurs, ce n'est pas l'inoculant qui préserve l'ensilage, mais les produits de fermentation des bactéries. L'activité aérobie, lorsque l'ensilage n'est pas bien compacté, peut aller d'un peu de moisi à la caramélisation et même jusqu'à l'incendie! Il n'y a pas de défense contre l'air dans l'ensilage.

La plupart des inoculants sont constitués de bactéries homofermentaires qui produisent uniquement de l'acide lactique (BAL). Une fermentation plus efficace, améliorant la récupération de MS et la performance animale, constitue le principal avantage des inoculants BAL. Les inoculants contenant des souches hétérofermentaires de Lactobacillus buchneri produisent de l'acide lactique et de l'acide acétique, qui réduisent la croissance des levures. La stabilité aérobie s'en trouve ainsi améliorée.

On doit envisager l'utilisation des inoculants L. buchneri dans les cas où la stabilité aérobie est réelle ou appréhendée. Bien que les inoculants L. buchneri puissent fonctionner de la même façon avec les ensilages de luzerne et de graminées, la stabilité aérobie est plus problématique pour les ensilages contenant de grandes quantités d'amidon, comme ceux de céréales et de maïs.

Coop-Sile II (pour l'ensilage d'herbes) contient des souches sélectionnées de Lactobacillus plantarum et de Pediococcus sp. (homofermentaires). Le Pediococcus dominera la fermentation dans les premières heures. Il est bien adapté aux pH élevés et aux températures fraîches. Il dominera rapidement les bactéries acétiques de l'ensilage. En peu de temps, le Lactobacillus prendra la relève et achèvera la fermentation. Ces souches osmotolérantes ont aussi une grande adaptabilité aux substrats et se développent bien, même dans les ensilages à teneur élevée en MS.

Enersile5 (pour l'ensilage de maïs) contient deux souches sélectionnées de Lactobacillus plantarum aptes à concurrencer la flore naturelle pour améliorer la fermentation. L'utilisation d'Enersile5 permet d'obtenir une meilleure digestibilité de l'ensilage de maïs et une plus grande récupération de la MS.

EnersileB (pour l'ensilage de maïs) est composé d'une souche de Lactobacillus buchneri (hétérofermentaire) spécifique et enregistré par La Coop fédérée. Ce produit est une culture de départ et doit être activé à la ferme avant l'utilisation.

Avantages d'un inoculant actif sur le plan métabolique :

• Apport élevé de bactéries au moment de l'application
• Bactéries en croissance, actives sur le plan métabolique

Pour obtenir le meilleur résultat avec l'inoculant, il importe de le mélanger uniformément avec la récolte. Plusieurs types d'applicateurs sont sur le marché (application directement sur la fourragère ou à la mise en silo). Assurez-vous d'acheter des produits enregistrés et bien documentés. Les inoculants doivent être utilisés correctement (produits viables, applicateur propre et bien étalonné, application uniforme). Et surtout, lisez les étiquettes des différents produits afin d'être certain qu'ils correspondent à vos besoins!

 
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