Entretiens

Simplicité volontaire


pas ordinaire

Texte et photos de Patrick Dupuis, agronome



Gérald Gosselin n'est pas un réel adepte de cette philosophie qui propose un mode de vie plus sobre. Dans son cas, il s'agit plutôt de faire valoir qu'il s'appuie sur un système simple et efficace pour gérer son troupeau de 14 000 pondeuses d'œufs de consommation. Ses résultats d'élevage, hors du commun, en témoignent.
Les troupeaux de la Ferme G. L. Gosselin pondent systématiquement entre 20 et 24 œufs de plus que la charte année après année.
Sur un simple calendrier, Gérald note quotidiennement, de multiples informations : températures, consommation d'eau, consommation de moulée.
Étonnamment, Gérald ne tient pas de registres à proprement parler. Il note tout, quotidiennement, sur de bons vieux calendriers : température ambiante, températures maximales et minimales – à l'extérieur comme à l'intérieur du bâtiment –, consommation d'eau, consommation de moulée. Tout est rigoureusement compilé.

Ses archives d'élevage remontent à 1991, année au cours de laquelle il a repris en main la ferme de ses parents. Il ne lui faudrait que quelques minutes pour vous dire, par exemple, quelle température il faisait à l'extérieur de son bâtiment le 23 juillet 1994. De même que la consommation d'eau ou tout autre information dont il prend note.

Guy Massé, expert-conseil avicole à La Coop des Bois-Francs, enregistre, à l'aide de l'application Pro-ponte, les courbes de consommation et de production des troupeaux de l'éleveur de Plessisville. Les données qu'il recueille en disent long : 324 œufs par poule entrée, à 70 semaines d'âge. La charte de production, elle, indique 304. « Ses troupeaux pondent systématiquement entre 20 et 24 œufs de plus que la charte année après année », dit Guy Massé, qui conseille l'éleveur depuis 13 ans. Côté consommation de moulée, même constat. Les poules ingurgitent chacune entre trois et cinq grammes de moins de moulée par jour que les valeurs dictées par la charte.

« À trois grammes par jour, cela fait quelque 15 tonnes d'aliments en moins par année », précise Guy. Bref, les poules de la Ferme G. L. Gosselin, propriété de Gérald et de son épouse, Louise, produisent plus et consomment moins.

Eugene Fridman, représentant de l'entreprise ISA Hendrix Genetics, qui approvisionne en pondeuses l'élevage de Gérald par l'entremise du réseau La Coop, est lui-même subjugué – et ravi. « Gérald et Louise sont allés chercher le maximum de ce que la poule peut donner », dit-il.

Guy Massé tient à jour d'autres données tout aussi pertinentes pour la réussite de l'élevage.

« La pesée régulière des œufs permet d'assurer que leur grosseur est adéquate, un élément de première importance pour la santé des poules et la qualité de la coquille, indique-t-il. Les œufs extra gros ne sont pas plus avantageux que les gros, car ils ne sont pas payés plus cher, alors qu'ils nécessitent une consommation de moulée plus importante. Sans compter que la coquille de ces œufs est plus mince et plus fragile. »

La pesée des poules est, de même, absolument essentielle à la bonne marche de l'exploitation. Cinq cages, contenant chacune six poules, sont pesées à intervalles réguliers. « Au début de la ponte, on les pèse toutes les deux semaines, indique Gérald, pour faire les ajustements nécessaires dans la consommation d'aliments. Puis, on espace les pesées à mesure que le troupeau vieillit. » Très flexible, le programme alimentaire s'adapte aux conditions et besoins particuliers du troupeau.

Selon l'éleveur, les conseils de Guy lui font jeter un regard neuf sur son élevage. « Il voit des choses que je ne vois pas, dit-il. Ça permet de prévenir les problèmes et d'apporter les correctifs nécessaires. »

« Gérald ne se gêne pas pour m'appeler, fait savoir Guy. On échange beaucoup. Il est toujours prêt à expérimenter de nouvelles façons de faire pour améliorer la performance de son élevage. On a entre autres introduit des enzymes dans la moulée, il y a quelques années, ce qui a permis de diminuer la consommation tout en haussant la production. Gérald vise le maximum de rende­ment avec un minimum d'investissement. »

De 5000 à 14 000 poules

C'est en 1965 que le poulailler de Ferme G. L. Gosselin a été construit. Le père de Gérald y élevait alors 5000 poules en parquet, sur deux étages. C'était tout ce que le bâtiment pouvait contenir. Vingt-six ans plus tard, quand Gérald en devient propriétaire, il y élève toujours 5000 oiseaux, cette fois logés dans des cages au sol. En 1993, il installe une première série de rangées de cages superposées, puis, en 1998, tout le bâtiment en est équipé. En plus de Louise, qui a la délicate et importante responsabilité de ramasser quotidiennement les œufs, son frère Denis, mécanicien de formation, et sa fille, Amélie, lui prêtent aujourd'hui main-forte.

Une suspension des transactions de quota dans la production d'œufs de consommation empêche pour le moment tout projet de vente ou d'expansion de troupeau. « Un comité a été mis en place pour réévaluer la portée du système centralisé de gestion des quotas, explique Denis Frenette, directeur de la production et de la recherche à la Fédération des producteurs d'œufs de consommation du Québec. Les producteurs d'œufs auront sous peu à décider d'une nouvelle façon de faire pour assurer que le quota se négocie à prix raisonnable et qu'il est accessible à tous. »

À 60 ans, Gérald – qui représente la quatrième génération de sa famille à s'établir à la ferme – et Louise songent sérieusement à la relève. Leur fille, encore jeune et aux études, réfléchit à son avenir. Leurs deux garçons ont opté pour une carrière hors du secteur agricole. « Même s'il nous reste encore, à Louise et à moi, plusieurs bonnes années de production, il faut nous pencher sur cette étape importante de l'entreprise. »



Qui n'avance pas régresse

Ce n'est évidemment pas le cas de Gérald. Son entreprise, bien que d'apparence modeste, cache de nombreuses petites innovations qui améliorent son quotidien et la productivité de son troupeau. Son attitude y est aussi pour beaucoup. La nécessité n'est-elle pas la mère de l'invention?

S'il manque de moulée dans les silos, la vis tourne dans le vide et, du coup, fait allumer une lumière qui en avise Gérald. Des lumières s'allument également lorsque survient un manque d'eau. (1-2)

Si quelqu'un pénètre dans le bâtiment lorsque Gérald est occupé dans la section d'élevage, des lumières s'allument pour l'alerter. Une mesure de biosécurité toute simple. (3)

Des balances installées sur les silos de moulée permettent de mesurer avec précision la consommation du troupeau.

Le bâtiment comporte plus de capacité de ventilation que celle dictée par les normes. Résultat : en période de canicule, les poules continuent de s'alimenter et de pondre dans le plus grand confort.

La largeur inhabituelle entre les rangées de cages – un peu plus de 2 mètres (7 pieds) – assure une bonne circulation de l'air.

Deux outils de sa conception : des supports adaptés à la pesée des œufs et des poules. Amélie, la fille de Gérald et Louise, participe activement aux travaux de la ferme. (4-5)

Un ruban adhésif réfléchissant, installé sur le collecteur d'œufs des rangées du haut, permet à Gérald de voir aisément s'il y a eu ponte ou non. (6)

Un solide marchepied a été installé au bas des cages pour faciliter l'accès aux rangées supérieures. (7)

Afin de ne pas effrayer les poules lorsqu'il effectue des travaux qui demandent des mouvements brusques et répétés – balayer l'allée, par exemple –, Gérald éteint les lumières et allume quelques ampoules de teinte bleutée. (8)

Pour se débarrasser d'un problème de tensions parasites qui gênait sérieusement l'abreuvement des poules, l'éleveur a installé un fil de cuivre, rattaché à une mise à la terre, dans toutes les conduites d'eau.

Un compteur est installé à la sortie du système de traitement de l'eau du bâtiment, avant qu'elle ne soit acheminée à la fosse. Cela permet de réagir rapidement à toute panne du système.



Guy Massé suit de près tous les paramètres de production et de santé du troupeau.






 
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