Entretiens
Chaque année, 105 millions de tonnes d'azote sont épandues sur les sols agricoles dans le monde. Pourtant, 65 millions ne sont pas utilisées par les plantes.
Rajiv Khosla est professeur d'agriculture de précision à l'Université d'État du Colorado
Rajiv Khosla est professeur d'agriculture de précision à l'Université d'État du Colorado, boursier du prestigieux Jefferson Science Fellowship Program – qui l'a amené à travailler au Département d'État sur la politique alimentaire internationale des États-Unis – et ex-président de la Société internationale d'agriculture de précision. Ce scientifique de réputation mondiale est convaincu que l'agriculture de précision peut grandement contribuer à accroître les rendements et la rentabilité des cultures partout sur la planète, et aider, par le fait même, à résoudre les problèmes de faim dans le monde tout en préservant l'environnement.

La sécurité alimentaire, la dégradation de l'environnement, les changements climatiques de même que la conservation de l'eau et de l'énergie sont au cœur des préoccupations de toutes les économies du globe. Comment feront-elles face à ces enjeux? L'agriculture de précision fera partie de l'arsenal qu'il sera nécessaire de déployer, croit le Pr Khosla.

L'azote

Près de la moitié de la population de la planète n'existerait pas s'il ce n'eût été de l'abondante quantité de nourriture produite grâce à la fertilisation azotée. Ses avantages n'ont pourtant pas encore profité à tous. Dans les pays subsahariens, où 239 millions de personnes souffrent de la faim chaque année, les cultures pâtissent dans des sols dépourvus d'éléments nutritifs, et les producteurs agricoles n'ont pas les moyens de se payer des engrais. Ailleurs, leur sur-utilisation pollue les cours d'eau et émet des gaz à effet de serre.

Source : National Geographic
http://ngm.national
geographic.com/2013/
05/fertilized-world/n
itrogen-flow-graphic


Pour en savoir plus :
http://soilcrop.colostate
.edu/khosla/index.html

Pour lui, l'agriculture de précision s'exprime sous le vocable des cinq R (right input, right time, right amount, right place, right manner), que l'on peut traduire librement par « le bon produit, appliqué au bon moment, en bonne quantité, au bon endroit et de la bonne façon ». Bref, une agriculture écologiquement intensive. La technique des cinq R permet, dit-il, de produire plus avec moins en faisant un usage plus efficace des ressources (éléments nutritifs, eau, semences, pesticides, main-d'œuvre, investissement, machinerie, technologie, information).

Pas juste pour les riches
« L'agriculture de précision ne s'applique pas qu'à l'agriculture intensive et à grande échelle, et elle n'est pas nécessairement coûteuse et complexe », enseigne celui qui travaille à rendre cette façon de faire accessible au plus grand nombre. « Elle peut se pratiquer en mode high tech avec GPS ou encore low tech, c'est-à-dire à la main et à l'aide d'équipement simple, en utilisant des marqueurs par exemple, tels que des drapeaux de diverses couleurs, pour indiquer les endroits où l'application d'un intrant doit varier. La technologie diffère, mais le principe des cinq R demeure le même. Ce qui importe, c'est de définir quel est le facteur limitant dans le sol. »

« On peut donc mettre en place cette forme d'agriculture dans des exploitations ne faisant qu'un hectare ou même moins », poursuit-il, en précisant du même souffle que plus de 50 % des terres arables de la planète sont cultivées à petite échelle. « Il faut donc coupler le potentiel humain avec l'équipement, et non pas se concentrer uniquement sur la technologie. Ce qui importe, c'est d'abord d'accroître la production, l'efficacité et la rentabilité des entreprises, car le niveau de sécurité alimentaire est étroitement lié à la pauvreté. »

Les exemples qui viennent étayer ses dires sont multiples. Au Zimbabwe, au Mozambique, en Afrique du Sud, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des essais de microdosage de fertilisants, appliqués à la main ou à l'aide d'un équipement modeste, ont littéralement fait bondir les rendements de sols autrefois improductifs et la qualité des cultures qu'on en a tirées. Au Zimbabwe, dans certaines régions, le simple fait de semer au moment approprié a permis d'accroître considérablement la production de maïs (de 0,3 t/ha à 1,6 t/ha). Dans la plaine indo-gangétique – une région s'étendant dans le nord et l'est de l'Inde, sur une partie du Pakistan et sur tout le Bangladesh –, on a accru les rendements de blé de plus de 16 %, et ce, avec 50 % moins d'irrigation que dans les pratiques d'agriculture traditionnelles, grâce au nivelage des sols effectué à l'aide de techniques d'agriculture de précision et de cultures sur billons.

Soulignons que La Coop fédérée poursuit les mêmes objectifs avec son programme d'agriculture de précision et qu'elle a élaboré au fil des ans des services, comme l'imagerie satellite, qui donnent un accès économiquement rentable à cette façon de faire à tous les producteurs.

« Pour que les nouvelles technologies agricoles, telles que l'agriculture de précision, se répandent à l'échelle du globe, l'agriculture a besoin du même type de révolution qui a touché les téléphones cellulaires et qui en a fait des outils aujourd'hui toujours plus accessibles », croit le Pr Khosla.


Indice de risque pour la sécurité alimentaire, 2010

Cet indicateur évalue les risques d'approvisionnement en aliments de base dans 163 pays. Une douzaine de critères, élaborés en collaboration avec le Programme alimentaire mondial, sont pris en compte pour évaluer le classement, notamment l'état de santé et nutritionnel des populations, la production et l'importation de céréales, le produit intérieur brut par habitant, les désastres naturels, les conflits et l'efficacité des gouvernements.

Source : Maplecroft
http://maplecroft.com/about/news/food-security.html
 
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