Entretiens
La vie apporte davantage à ceux qui en profitent le plus. Ghislain et sa conjointe, Josianne Béland, sont des adeptes de cette philosophie, pouvant mener loin celui qui la met en pratique. En témoigne le parcours du couple, établi depuis 1993 à Saint-Guillaume.
« La vie nous sourit », croit Ghislain, qui se remémore les belles années de la promotion 1987-1990 du programme Gestion et exploitation de l'entreprise agricole de l'ITA de Saint-Hyacinthe, où il a rencontré Josianne.

Ghislain travaille alors dans l'exploitation laitière et céréalière familiale. Mais il lui tarde de gérer ses propres affaires. Il ouvre un compte dans une institution financière, négocie une marge de crédit et loue une terre pour y faire de la grande culture. « J'avais les mains dedans et des comptes à rendre », dit-il. Il se bâtit une solide réputation auprès des banquiers puis, en 1992, à 22 ans, il achète la terre. Le maïs se vend 125 $ la tonne, les taux d'intérêt oscillent autour de 8 % et les quotas sont condamnés à disparaître.

En 1994, Ghislain et Josianne emménagent dans la maison de leur rêve, à deux pas de la ferme. Une belle d'autrefois avec un cachet fou, qui date de 1830 et a déjà appartenu aux comédiens Michel Forget et Danièle Ouimet. De vastes travaux de rénovation sont entrepris en 2009. Passionnés d'antiquités, ils visitent à temps perdu encans et antiquaires dans l'espoir d'y dénicher une jolie pièce de mobilier ou une toile imageant des scènes d'autrefois qui garnirait leur chez-eux. Au printemps, près d'un fossé d'une de leurs terres, un bouquet de jonquilles éclot : la vie qui leur lance un clin d'œil ensoleillé. Ghislain s'empresse chaque fois de les offrir à sa douce.

Cœur d'entrepreneur
Associé avec ses parents et son frère Claude au sein de la Ferme Gercy, Ghislain trépigne encore d'impatience à l'idée de lancer sa propre entreprise, et Josianne l'appuie dans ses ardeurs. Le lait n'est pas dans le plan d'action. Les grandes cultures, oui, mais à l'époque, en 1998, ce secteur n'était pas aussi favorable qu'aujourd'hui. Une visite chez une cousine avicultrice les séduit. Ils optent pour la production de poulets de chair. S'ensuivent les innombrables démarches pour se tailler une place dans ce milieu. « On a achalé beaucoup de monde, parce qu'on partait de zéro », dit Ghislain, qui était attiré par la stabilité de cette production. « Les gens d'Olymel et du Comptoir agricole de Saint-Hyacinthe nous ont beaucoup aidés. »

Gilles Lizotte, alors agent d'approvisionnement chez Olymel, leur conseille d'accepter la première offre qui se présentera, pour démontrer qu'ils sont véritablement sérieux dans leur démarche. Un refus relèguerait aux calendes grecques le traitement de leur dossier. On leur propose du quota de production de dindes. Mi-figue, mi-raisin, ils acceptent. La ferme Avigerbe voit le jour. L'élevage débute en 1999. Mais après deux ans, ils l'échangent pour du quota de poulets.

En 2000, Ghislain, Claude et leurs parents, Cyrille et Jocelyne, construisent un autre poulailler, sous l'entité de la Ferme Gercy. En 2001, ils abandonnent la production laitière en raison des importants investissements nécessaires pour moderniser l'entreprise, une décision d'affaires que personne n'a regrettée.

Modèle d'inspiration
Cyrille et Jocelyne sont, pour Ghislain, des modèles. Toujours actif à 70 ans, Cyrille tient mordicus à s'occuper de son poulailler et à prendre son tour de garde pour le départ des oiseaux vers l'abattoir. Jocelyne s'occupe encore de l'administration et de la comptabilité de la Ferme Gercy. Une vigueur dont a hérité Ghislain et qu'il tient aussi de son arrière-arrière-grand-père, fondateur de la ferme, qui acheta un premier carré de terre à Saint-Guillaume. Des parents qui font confiance, qui laissent la jeunesse s'exprimer et prendre des initiatives, voilà un terreau fertile pour assurer la suite du monde. Francis et Stéphanie, les deux enfants du couple, savent que ce milieu de vie offre de multiples possibilités de réalisations et d'épanouissement, et s'ils le veulent, ils pourront s'établir dans l'entreprise. Francis, l'aîné, s'est d'ailleurs joint aux rangs de l'ITA depuis août dernier.

Lauréat du trophée Malvina-Chassé-Côté en 2009, dans la catégorie Chef de file – qui met en valeur le travail exceptionnel d'un élu de la classe agricole dans son milieu –, Ghislain reste modeste. « On a souligné mon engagement auprès de La Coop Agrilait, mais je n'ai jamais été seul. Ma famille, les membres du conseil et les employés de la coopérative, ainsi que le directeur général, Denis Guérard, m'ont toujours appuyé. Comme à La Coop fédérée, ce n'est pas un one-man show. On a toute une équipe avec nous. On représente une organisation. On est là pour les autres », précise l'homme, qui occupe depuis février dernier un siège au comité exécutif de La Coop fédérée, après seulement deux ans au conseil d'administration.



Le clan Gervais possède quatre exploitations.


1. La Ferme Avigerbe (pour Avicole, Gervais, Béland) produit du poulet et des cultures commerciales. Elle appartient à Josianne (60 %) et Ghislain (40 %). 2. La Ferme Ghislain Gervais (cultures commerciales), que Ghislain possède à 100 %. 3. La Ferme Gercy (poulets et cultures commerciales), propriété de Ghislain (40 %), Claude (40 %) et de leurs parents, Cyrille et Jocelyne (20 %). 4. La Ferme CJMG (cultures commerciales), dont Claude est propriétaire avec sa conjointe, Jenny Messier. Ensemble, ces exploitations comptent deux poulaillers de 25 000 oiseaux chacun et 365 hectares en culture, en transition vers le semis direct et l'implantation de cultures de couverture.

Du junior majeur à la LNH
En 2000, à 29 ans, Ghislain fait ses premières armes dans le réseau La Coop, en remplaçant son père au conseil de La Coop Agrilait. Le grand-père de Ghislain en avait été président dans les années 1960.

Dès 2001, le président d'alors voit en Ghislain son successeur. À 30 ans, il devient l'un des plus jeunes présidents du réseau.

« J'ignorais dans quoi je m'embarquais, dit cet amateur de littérature fantastique et de musique heavy metal, mais je n'ai pas regretté. » La Coop Agrilait compte 150 employés, dont 110 à la froma­gerie, le cœur de l'entreprise (70 % du chiffre d'affaires). Les autres travaillent au service d'appro­visionnement à la ferme et au dépanneur. « On est une bibitte un peu rare dans le réseau », dit Ghislain, reconnu pour son agréable compagnie, sa rigueur et sa connaissance poussée des dossiers.

Agrilait a fait des pas de géants depuis 20 ans, époque où la coopérative ne produisait que le fameux cheddar St-Guillaume. Si elle a tardé à se diversifier, les dernières années ont été plus créatives. Se sont ajoutés à la gamme offerte le suisse, le brick, l'emmental, le monterey jack et le fromage à griller Baya, ainsi que le Cantolait, fromage à pâte ferme à croûte lavée qui a raflé trois prix Caseus. D'autres variétés sont en cours de création. La marque a très bonne réputation et on compte tirer profit de cet avantage concurrentiel.

Ghislain Gervais et Denis Guérard – un tandem en place depuis plus de 12 ans – ont contribué à ce coup de barre. Une démarche de planification stratégique sera prochainement lancée pour revoir les façons de faire d'une entreprise qui, en peu de temps, a vu le nombre de ses employés doubler et celui de ses distributeurs s'accroître de 50 %, non sans quelques rudes secousses du côté de la gestion du personnel.

En 2011, dans la foulée de ses réalisations, nombre de délégués du territoire 9 voient Ghislain Gervais les représenter au conseil de La Coop fédérée, un poste qu'il ne convoitait aucunement. Bien que confiant et optimiste de nature, avant d'accepter la mise en nomination, il consulte nul autre que le président de La Coop fédérée, Denis Richard, pour savoir dans quelle galère il allait s'embarquer. « Il m'a fait un portrait réaliste de la tâche qui m'attendait », dit Ghislain. Le soutien de Josianne met fin aux hésitations.

Plusieurs administrateurs le confirment, passer de président de coopérative à administrateur de La Coop fédérée, c'est comme faire le saut du junior majeur à la Ligue nationale. « On doit se faire une idée sur beaucoup plus de choses, dit Ghislain. Notre esprit devient vite accaparé par ces nouvelles fonctions. Chez Agrilait, on brasse 50 millions $ de chiffre d'affaires. À La Coop fédérée, c'est près de 5 milliards $, 100 fois plus. »

Comment parvient-il à tout conjuguer ? La réponse, c'est Josianne. Elle gère l'agenda, effectue la tenue de livres et participe de plus en plus, avec Francis, au suivi des élevages. Un pilier pour l'entreprise, car Ghislain s'absente plus de 80 jours par année pour contribuer à améliorer le sort des producteurs. Pour décrocher, c'est le ski alpin, une virée familiale de quelques jours, ou encore une escapade au chalet, en Haute-Mauricie, là où, à 115 km en forêt, il fait bon pêcher. « J'ai réussi à faire une fille de bois de Josianne », dit Ghislain avec le sourire.

Il n'hésiterait pas à revivre sa vie, et dans tous ses détails. « Chaque année apporte son lot de défis, dit-il. Vingt ans après mon premier achat de terre, ils ne sont pas de moindre ampleur. Si j'ai un message à livrer aux jeunes qui souhaitent se lancer en agriculture, c'est de bien se former. L'agriculture n'est pas un secteur facile, mais c'est le plus beau. »

Lors de la rénovation de leur maison, un chapelet et une médaille de sainte Anne ont été trouvés dans un mur et un plancher. À une époque, pour bénir les maisons qu'ils construisaient, les ouvriers y incorporaient des objets religieux. « On les a remis où ils étaient, dit Ghislain. Ils continueront leurs bonnes œuvres… »
 
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