Entretiens
Une grande flexibilité alliée à une administration exemplaire, telle est la recette du succès d'une des plus grandes coopératives d'utilisation de matériel agricole au Québec, la CUMA des Aulnaies.
Avec 38 membres agriculteurs et 90 machines agricoles pour 53 branches d'activité, la coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) des Aulnaies roule à fond de train. Un esprit de collectivité bien enraciné ainsi que la taille modeste des fermes de la MRC de L'Islet ont poussé, dans les années 1990, une poignée d'agriculteurs à s'unir pour partager équipement et employés. « Notre groupe avait non seulement besoin d'outils, mais aussi de main-d'œuvre, raconte un des membres fondateurs, Christian Joncas. Nous avons donc décidé d'avoir un employé en commun pour nos cinq entreprises et, en même temps, nous avons créé le syndicat de machinerie. » C'est ce syndicat qu'ils ont ultérieurement transformé en coopérative, en 1996.

Penser aux autres
Christian Joncas est producteur laitier biolo­gique à Saint-Roch-des-Aulnaies. Son engagement illustre la culture de partage régnant au sein de l'organisation. En plus d'être un grand utilisateur des services de la CUMA, il lui loue son propre tracteur et libère un de ses employés afin qu'il accomplisse certains travaux chez d'autres membres. Et c'est du gagnant-gagnant pour tout le monde. L'employé effectue davantage d'heures, les producteurs en pénurie de main-d'œuvre profitent des services d'un conducteur qualifié, et Christian Joncas s'est quant à lui doté d'un tracteur pour sa ferme grâce à la promesse de la CUMA de l'utiliser un minimum d'heures par année. « C'est le genre de choses que je ne pourrais pas faire si je ne supportais pas que mon tracteur soit sale parce qu'il sert à épandre du fumier chez le voisin, justifie-t-il. Au contraire, je le vois positivement, puisque ça signifie qu'il sert. »

L'actuel président de la CUMA, Alain Castonguay, confie qu'en travaillant en groupe il a appris à écouter et à tenir compte des autres. « Quand tu es en CUMA, il faut vivre en CUMA, affirme ce producteur de grandes cultures. À l'automne, je prépare déjà la prochaine saison. Quand c'est à mon tour d'avoir un appareil, je suis prêt, afin de ne pas pénaliser les autres membres qui attendent aussi de l'utiliser. Travailler en CUMA doit aller de pair avec le sens de l'organisation. »

L'effectif de la coopérative est constitué majoritairement de producteurs laitiers, dont quelques-uns en régie biologique. L'échange de machinerie entre producteurs traditionnels et biologiques amène certaines contraintes, avec lesquelles Christian Joncas a appris à jongler. « Quand la batteuse arrive chez moi, je fais une purge, explique-t-il. Je récolte l'équivalent de trois ou quatre sacs de 40 kg, que je mets de côté. » Nul besoin de mentionner que l'aspirateur est nécessaire lors de l'échange d'équipement pour minimiser les risques de contamination.

Jouer avec la formule
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Mauvais coup
« Pour qu'un groupe comme le nôtre fonctionne, il faut une secrétaire rigoureuse dans son travail, soutient le président de la CUMA, Alain Castonguay. Notre plus beau coup fut l'embauche d'Odette M. Caron. » En effet, celle qui occupe le poste de secrétaire-trésorière depuis 13 ans veille au grain (voir sous-titre « Une administration hors pair »). Elle effectue plus de 300 heures annuellement pour le compte de la coopérative.

Bon coup
La faillite d'une entreprise est difficile pour le producteur lui-même, mais elle peut aussi mettre les autres membres d'une branche d'activité en position précaire lorsqu'ils doivent assumer les frais d'utilisation supplémentaires ou liquider la branche en vendant l'équipement à perte. Bien que la CUMA n'empêche pas la création de branches de deux producteurs pour le partage d'un outil, elle conseille un minimum de trois membres pour diminuer ce genre de risques.

La souplesse des membres se voit aussi dans la formation des branches d'activité. Ainsi, le nombre de membres par branche peut aller de 2 à 10, et certaines peuvent compter plusieurs instruments. C'est le cas des branches destinées à l'épandage des fumiers (pompe, mélangeur, citerne) et à la récolte des fourrages (râteau, faneur, presse, autochargeuse, enrobeuse).

Au-delà de leur flexibilité quant à la composition des branches, les membres se montrent souples sur la possibilité pour un agriculteur d'intégrer une branche en cours de route. La secrétaire-trésorière, Odette M. Caron, explique : « Si la branche accepte et que la capacité de l'équipement le permet, le nouvel adhérent est intégré en mettant sa part des 20 % ayant servi de droits d'utilisation [mise de fonds] lors de l'achat de la machine. Je réajuste aussi les frais d'utilisation de l'équipement afin de tenir compte du nouveau volume de travail à fournir en raison de l'arrivée du nouveau membre. » Des branches acceptent parfois de louer l'équipement à des non-membres ou de travailler à forfait pour eux. Les revenus de ces activités viennent diminuer les dépenses liées à cet équipement ou servent de versement en capital lors du renouvellement annuel du prêt.

Les membres de la CUMA des Aulnaies se partagent également plusieurs employés. En 2013, deux conducteurs ont été engagés durant la saison, auxquels se sont ajoutées deux personnes à la période des récoltes. La secrétaire facture aux fermes les heures utilisées et prépare la paye des employés.

Une administration hors pair
Forte de ses 17 années d'existence, la CUMA a mis en œuvre des pratiques administratives lui assurant une excellente santé financière. Une fois par année, Odette Caron expédie à chaque membre l'information qui le concerne : liste des machines et des responsables des branches, liste des membres, information liée à chaque branche dont il fait partie et détail du calcul des frais d'utilisation. Elle fait aussi le décompte des utilisations réelles en fin de saison.

Chacun des appareils porte le logo de la CUMA et son propre code, ce qui permet de différencier facilement plusieurs instruments identiques.
Bien que nécessitant un suivi plus serré qu'une facturation annuelle ou bisannuelle, le paiement des frais d'utilisation s'effectue par mensualités. « Cela évite aux membres d'avoir à débourser une seule grosse somme d'un coup », explique la secrétaire. Une rectification annuelle a lieu par la suite en fonction des utilisations réellement effectuées. Cette méthode allège la pression sur les finances de la coopérative, dont les remboursements de prêts se font aussi par versements mensuels.

Selon Mme Caron, le développement des CUMA passe davantage par la création de branches dans les CUMA existantes que par l'ouverture de nouvelles coopératives. « Surtout à cause des démarches et des coûts qu'engendre le démarrage. Tandis que la création d'une nouvelle branche est facile, puisque la structure pour la soutenir existe déjà. »

Qu'est-ce qu'une branche d'activité ?

Le conseil d'administration de la CUMA peut créer une branche d'activité pour les membres intéressés par un même matériel (ex. : la branche « Semoir »). Celle-ci correspond donc à la mise en commun et à l'utili­sation d'un type d'équipement et regroupe les producteurs qui se sont engagés à l'utiliser. Sa taille doit tenir compte de la capacité de l'équipement.

(Source : Cadre de référence pour la mise en place et le développement des CUMA et des CUMO, MAPAQ)

 
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