Entretiens
2012 : C'est la consécration. L'entreprise obtient la plus haute reconnaissance décernée par Ayrshire Canada : le titre de Maître-éleveur. Véritable exploit, il représente des années de travail. La famille (Manon, Mario, Georges-Aimé, Céline, Marie-Pier et Mathieu) en est extrêmement fière.
Quand le premier ministre du Nouveau-Brunswick se déplace, c'est pour une bonne raison. L'obtention du titre de Maître-éleveur Ayrshire par l'un des résidants de sa province, Mario Lavoie, de Saint-Basile, en était une.
L'honorable David Alward aurait pu se contenter de lui transmettre officiellement ses félicitations par lettre ou au téléphone. Après tout, l'industrie laitière néo-brunswickoise, avec ses quelque 220 producteurs et à peine une poignée de laiteries, ne représente pas un grand pan de l'économie de la province, dominée notamment par l'industrie forestière et, dans le secteur agricole, par la pomme de terre. Mais cette reconnaissance est venu toucher chez cet homme une corde sensible. Alward est lui-même producteur agricole. Il possède un élevage de bovins de boucherie Hereford.

La visite du premier ministre, le 23 février dernier, a profondément touché Mario et sa conjointe, Manon. « Il a laissé de côté son habit de politicien pour enfiler celui de producteur, dit Mario. J'étais intimidé au début, mais il m'a rapidement mis à l'aise. Il a parlé production, tout simplement. En visitant notre ferme, il nous posait avec grand enthousiasme des tas de questions. Il était vraiment désireux d'en apprendre sur notre travail, le troupeau et le prix que nous avons décroché. »

Maître-éleveur, pas une mince tâche !
En matière d'élevage, ce titre est la plus haute distinction qu'un producteur puisse obtenir, mais aussi l'une des plus ardues à remporter. Dans la race Ayrshire, quatre d'entre eux seulement, dans tout le Canada, ont reçu la récompense en 2012. « Le titre est attribué aux éleveurs de race pure qui remplissent les exigences requises en matière de production et de conformation parmi sept catégories1, dit Jenny Henchoz, d'Ayrshire Canada. Il faut des années de succès en élevage pour y arriver. Le titre est décerné à vie, avec l'année d'obtention, et couvre 10 années d'élevage, après quoi l'éleveur doit de nouveau remplir les critères. » Dans le cas de Mario, le titre couvre les années d'élevage de 2001 à 2011. Il pourra resoumettre sa candidature en 2022. « Quand Jenny m'a téléphoné en février pour m'annoncer qu'on m'avait décerné le titre de Maître-éleveur, j'ai eu le feeling de remporter la coupe Stanley. Mais comme je n'avais dit à personne, même pas à mes proches, que j'avais soumis ma candidature, car je ne voulais pas susciter de faux espoirs, j'avais l'impression d'être seul sur la patinoire. »

D'un caractère plutôt réservé, Mario, que plusieurs qualifient de véritable gentleman, n'a jamais fait grand étalage de ses succès. Mais ce titre a une connotation toute spéciale et vient souligner le travail, la passion et la détermination qui l'ont toujours animé.

« Secrets » d'éleveur

« Dans l'élevage, j'estime avoir un peu de chance pour mes choix de taureaux, dit Mario avec modestie, car j'utilise dans 80 % des cas des sujets en voie d'épreuve. » Disons plutôt qu'il a l'œil pour repérer les beaux et bons sujets. L'expo­sition, qu'il a beaucoup pratiquée, n'a plus de secrets pour lui. Il connaît la race à fond.

On ne s'improvise pas Maître-éleveur. Les propriétaires de la ferme ont toujours misé sur leurs forces, soit la production et la conformation. Le troupeau compte 5 EX, 31 TB, 29 BP et 8 B.



La Ferme République, à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick.

Mario représente la quatrième génération à s'établir à la ferme située dans la république du Madawaska2, située dans le nord-ouest du comté de Madawaska, au Nouveau-Brunswick, d'où le nom de l'exploitation, la Ferme République, qui regroupe 125 splendides Ayrshire de race pure, dont 54 vaches en lactation. « Trois générations ont battu le chemin avant moi », dit-il.

« C'est mon arrière-grand-père, Aimé Lavoie, qui a fondé la ferme, en 1880, et qui l'a "grintée" [enregistrée] auprès du greffier de la province, souligne Mario. Il pratiquait alors une agriculture de subsistance, avec une quinzaine de bêtes diverses. »

En 1940, son fils Edmond prend la relève. En 1963, ce dernier acquiert, dans la région de Montréal, 11 vaches Ayrshire de race pure. C'est le début de l'élevage sous contrôle laitier et de l'usage de l'insémination artificielle. En 1980, Georges-Aimé, fils d'Edmond et père de Mario, prend l'entreprise en main, après avoir travaillé une quinzaine d'années dans une fabrique de papier de l'État du Maine. L'année suivante, avec son épouse, Céline, il construit une étable moderne et hausse le troupeau à 70 têtes. L'alimentation de pointe et le suivi rigoureux de la reproduction du troupeau sont au cœur du programme d'élevage.

Muni d'une technique agricole et d'une formation d'inséminateur, Mario devient propriétaire de la ferme en 2009, en échange d'une rente mensuelle versée à ses parents. Depuis, il a acheté du quota, installé un nouveau système de traite avec retrait automatique et aménagé en stabulation libre la section du bâtiment réservée aux jeunes taures, ce qui lui a permis de loger plus d'animaux.

Les fourrages sont exclusivement servis en balles rondes. Les concentrés sont distribués à l'aide d'un système automatisé.
Les animaux sont alimentés de foin de graminùées et de luzerne, avec un taux de protéine de 15 à 16 %, et une bonne teneur en énergie. Un foin jeune, à fibre longue – ce qui facilite la rumination –, servi exclusivement en balles rondes et contenant, en moyenne, de 60 à 65 % de matière sèche. Quatre repas de fourrages et de moulées sont servis chaque jour, soit à 5 h, 10 h, 15 h et 19 h 30.

Lorsque la deuxième traite est terminée, c'est le retour à la maison pour le repas en famille. Puis, vers 19 h 30, Mario fait une dernière tournée de l'étable. « C'est le moment idéal pour observer tranquillement les vaches et détecter les chaleurs, tout en leur servant leur dernière ration de la journée, dit-il. Dans cette atmosphère de calme, je ne vois plus le temps passer, je peux parfois être à l'étable jusqu'à 10 h. Je suis un gars à vaches. Mon entreprise est "drette", j'assure la maintenance pour éviter les problèmes. Je ne "rushe" pas, le stress, ce n'est pas dans moi. »

De superbes Ayrshire de race pure qui font la fierté de leurs propriétaires.
Autre facteur de réussite : un bon programme de médecine préventive, notamment pour la reproduction du troupeau. « Ce suivi me permet d'intervenir rapidement en cas de problèmes », dit-il.

Conciliation travail-famille
« Avec l'outfit que j'ai, je pourrais élever 15 vaches de plus », poursuit l'éleveur, qui est debout dès 3 h 30 du matin. « Mais de là à doubler le troupeau, je ne le souhaite pas. Il me faudrait un employé de plus et je manquerais de temps pour m'occuper des vaches et de ma famille. »


L'alimentation du troupeau

Par Phillip Bernier,
T.P.
Directeur, secteur de l'approvisionnement
à la ferme La Coop Purdel

« Mario est un producteur et un éleveur hors pair. Il a l'œil, le souci du détail et le sentiment du devoir. »


Veaux
0-6 mois : Aliment Goliath Vo-19 Deccox 2,5 kg

6-24 mois : Aliment Synchro 6018, option 1, selon condition de chair, avec Minéral Bloc Synchro 10-10 et ensilage demi-sec en balle ronde

Tarissement
Minéral Transilac VT 7-3 en cubes

Aliment Transilac LP

Vaches en lactation
Groupe 1
Ensilage de foin, balle ronde 14-15 % PB, à volonté 11 kg d'aliment Synchro 6018, 1 à 2 kg de Supplément couverture Synchro 3213V

Groupes 2 et 3
Ensilage de foin, balle ronde 14-15 % PB, à volonté 6 à 10 kg d'aliment Synchro 6018





Maître chasseur

Mario chasse comme il élève son troupeau. Avec minutie et détails. Il va jusqu'à imprégner ses vêtements d'urine de buck, prélevée l'année précédente et minutieusement conservée, pour attirer les mâles. Au bois, il observe et ne fait rien de façon précipitée. « La chasse, c'est l'art d'attendre », dit-il.

« Mes grands-parents maternels chassaient pour survivre. Ils nourrissaient leurs enfants du fruit de la chasse et de la pêche. J'ai ça dans le sang. Sur le territoire, il y a de l'orignal en abondance, de l'ours, de la perdrix, mais peu de chevreuil, en raison des hivers rigoureux. Mon arme de prédilection est une 308 Browning, qui allie puissance et précision. Je chasse pour la fierté du "trophée". »



L'avenir
« Une chance que ça ne coûte rien de rêver, car je serais pauvre, dit Mario, sourire aux lèvres. Il y a 20 ans, j'étais un gros producteur. Aujourd'hui, avec 125 têtes, je suis petit. Je suis le seul producteur laitier du village et le seul producteur agricole du coin à vivre à 100 % de l'agriculture. Ce n'est pas toujours facile, il faut parfois se "tighter" la ceinture. »

Mario souhaite un jour diversifier ses activités. Des projets sont dans l'air. Comme celui de donner de l'essor au petit élevage de bovins de boucherie qu'il possède déjà (25 têtes), afin de créer une chaîne de valeur locale. Ou encore de mettre un jour sur pied une petite fromagerie à la ferme avec l'aide de ses enfants (Marie-Pier, 12 ans, et Mathieu, 9 ans). « Ils sont vaillants et s'impliquent déjà à la ferme », dit Mario.

Les énergies renouvelables font aussi partie de ses centres d'intérêt. Le solaire, notamment. Son camp de chasse est équipé de panneaux photovoltaïques. Il aimerait même recouvrir la fosse à fumier d'un toit sur lequel il pourrait en installer. Et puis, si le ministère de l'Environnement l'autorise un jour, disposer une turbine dans le ruisseau qui traverse sa terre pour produire de l'électricité.


Une visite inattendue, celle du premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward, accompagné d'un député de la région. Lui-même producteur agricole, il est venu féliciter personnellement Mario et sa famille.


Des dates, des évènements et des prix

La Ferme République a participé à maintes reprises à diverses expositions agricoles : Fredericton, Charlottetown, Rimouski, Québec, Saint-Hyacinthe, Toronto et Madison.

1982 et 1995 : Les propriétaires de l'exploitation sont nommés Famille terrienne lors de l'Exposition régionale du Madawaska, à laquelle ils ont participé pendant près de 50 ans.

1985 : L'exploitation obtient la meilleure moyenne de production de tous les troupeaux – toutes races confondues – inscrits au Programme d'analyse des troupeaux laitiers du Nouveau-Brunswick.

Dans la catégorie 30-49 relevés de production, elle décroche également le prix décerné au troupeau s'étant le plus amélioré au Nouveau-Brunswick et celui attribué au troupeau dont la MCR combinée est la plus élevée.

1988 : La ferme atteint la meilleure production moyenne nationale dans la race Ayrshire : 8059 kg de lait par vache (MCR combinée de 228).

Lors de l'assemblée annuelle des producteurs de lait du Nouveau-Brunswick, comme 38 autres exploitations laitières de la province, la Ferme République reçoit un prix pour la qualité du lait.

1 http://www.ayrshire-canada.com/files/File/master_breeder_maitre_eleveur_2011.pdf
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Madawaska
http://tourismedmundston.com/fr/informations.php?cat=Republic+of+Madawaska+Flag
 
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