Entretiens



Le point


sur les hernies ombilicales

Lors du dernier rendez-vous de l'Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC), en novembre dernier, ma présentation sur la gestion des hernies ombilicales a suscité passablement d'intérêt parmi les producteurs de porcs. Les organisateurs de la rencontre avaient vu juste quant à la pertinence du sujet à traiter. Qu'en est-il, aujourd'hui, de cette préoccupation ?
Dre Brigitte Boucher,
Médecin vétérinaire.

Responsable santé en production porcine
La Coop fédérée
brigitteboucher@videotron.ca
Malheureusement, elle demeure d'actualité. Pour différentes raisons, dont la principale est la difficulté de faire transporter ses porcs vers les abattoirs.

Récemment, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a resserré l'application de ses normes en matière de transport des animaux fragilisés. Si on se penche sur les spécifications de transport pour les animaux herniés, afin qu'ils puissent être transportés, les conditions suivantes doivent être respectées :

Hernie de la grosseur d'un pamplemousse et moins : à ne pas éliminer au transfert en engraissement.
Hernie décrochée qui gêne le mouvement de l'animal, donc non transportable.
1. La hernie ne doit pas gêner le mouvement.
2. Elle ne doit pas être douloureuse à la pal­pation.
3. Elle ne doit pas atteindre le sol lorsque l'animal est debout dans sa posture habituelle.
4. Elle ne doit pas présenter une plaie à vif, un ulcère ou une infection apparente.

Cette situation conduit à bien des interprétations de la part des producteurs, des transporteurs et des experts-conseils et, conséquemment, cause bien des désagréments.

Que savons-nous de la prévention et du contrôle de ces hernies ombilicales ?
1. Lors d'une étude réalisée sur plus de 13 350 porcs, évalués à six semaines postsevrage et à la première semaine suivant leur entrée en engraissement, 1,69 % des animaux présentaient une hernie. Mais pour 68 % d'entre eux, il s'agissait en fait d'abcès du nombril, conséquence d'une inflammation (omphalite) et non pas d'une hernie réelle.
2. Si on se concentre sur la prévention de ces omphalites, on diminue des deux tiers les risques de voir apparaître une hernie en période de croissance. Dans le cas de l'étude citée, il faut comprendre que 0,55 % des porcelets avaient donc une hernie réelle, ce qui demeure dans la normalité de la population porcine.

Comment prévenir les omphalites ?
1. En injectant dans les 15 premières heures de vie un antibiotique à dégradation rapide pour limiter les risques d'infection du cordon ombilical. Votre vétérinaire vous conseillera le produit qui convient le mieux à votre ferme. Par exemple, le Borgal ou son équivalent est un antibiotique correspondant à cette catégorie. Il se peut qu'au fil des mois vous deviez penser à varier le produit utilisé afin de lui conserver toute son efficacité. Encore une fois, votre vétérinaire vous donnera les conseils appropriés.
2. En vous assurant que toute l'hygiène nécessaire est en place lors de la mise bas de vos truies.
3. En vous assurant que, si vous devez fouiller une truie, vous limitez la traction sur le cordon ombilical.
4. En vous assurant que votre protocole de lavage et de désinfection des cages de mise bas est toujours optimal.
5. En vous assurant de bien assécher la cage de mise bas. Les porcelets qui glissent et qui marchent sur les cordons des autres entraînent une pression inutile sur l'ombilic.

Plaie vive qui mérite d'être traitée…
Début de traitement au Zincoderm
12 jours plus tard
Lorsque toutes ces mesures sont bien contrôlées, certaines étapes de la production doivent aussi être validées. L'une d'entre elles, qui donne rapidement des résultats, consiste à limiter l'entassement des porcelets en site 2, en site 3 et lors du transport de ces derniers. L'entassement crée passablement de pression abdominale, et les éleveurs qui réussissent à ne pas entasser leurs porcelets voient rapidement une diminution des cas de hernies.

Malheureusement, on observe une faible tolérance des intervenants (éleveurs et techniciens d'élevage) envers les animaux herniés. Certains ont la condamnation facile. Dès qu'un animal présente une petite bosse sous le ventre, la recommandation de l'éliminer tombe vite. Mais est-ce bien justifié d'euthanasier si rapidement ces animaux ?

De 83 à 90 % de sujets observés à six semaines postsevrage avec une bosse sous le ventre de la taille d'un pamplemousse ou moins ont été abattus au bon poids lors de l'étude citée en novembre dernier. Voilà beaucoup d'animaux sauvés !

Comment gérer ces animaux ?
1. En les isolant dès leur entrée en engrais­sement.
2. En augmentant la surface qui leur est allouée afin de limiter le risque de piétinement en cours d'élevage.
3. En s'assurant de traiter les plaies vives qui apparaissent. Injection d'antibiotique et onguent à base de zinc donnent de très bons résultats.
4. En procédant à la réduction de la hernie s'il s'agit d'une femelle. Il faut simplement poser un élastique à la base de la hernie après s'être assuré que tous les tissus herniés ont retrouvé leur place physiologique. Cette intervention peut se faire à l'aide d'un calmant (Stresnil) et d'une simple contention le temps que dure la manipulation.
5. En s'assurant qu'en fin d'élevage les porcs herniés que vous voulez faire transporter satisfont les critères énumérés au début de cet article. De cette façon, le transporteur qui a suivi la formation sur le transport des animaux fragilisés sera à l'aise de les véhiculer jusqu'à l'abattoir, sans discussion animée lors du chargement.

Si vous jugez que, dans votre ferme, le nombre de cas de hernie dépasse le pourcentage tolérable généralement reconnu (moins de 2 %) ou votre propre seuil de tolérance – qui peut être plus bas –, il existe des outils vous permettant de voir plus clair dans votre situation.

Le réseau La Coop a élaboré deux outils pour vous :
1. La liste de vérification des facteurs de risques associés aux hernies. Cette fiche révise tous les points d'élevage qui ont un rôle dans l'apparition des hernies, de la naissance à l'engraissement. Elle est très complète. Tous les écrits le signalent : l'apparition des hernies est multifactorielle. Cette liste vous aidera à mieux détecter les risques propres à votre élevage.
2. La fiche d'évaluation de la prévalence des hernies en élevage. La mesure empirique demeure à éviter. Il vaut toujours mieux quantifier nos observations afin de savoir où nous devons concentrer notre énergie et d'évaluer les progrès occasionnés par nos changements de pratique.

N'hésitez pas à faire appel à nos services. La prévention est ce qui rapporte le plus. Car un nombre plus élevé de kilos de viande génère plus de revenus pour le même travail.
 
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