Entretiens
Pour son 38e Rallye provincial, le club 4-H de Sawyerville, en collaboration avec la permanence provinciale de Quebec 4-H, avait pour mandat d'organiser le traditionnel Rallye de la jeunesse rurale anglophone du Québec. Une centaine de participants étaient présents à cette activité, qui s'est tenue sur le terrain de l'Exposition agricole de Cookshire du 18 au 21 juillet.
Mathieu Rouleau, qui préside l'organisation provinciale des 4-H, arbore fièrement les couleurs du Howick 4-H Club et participe aux activités en faisant parader, avec ses frères et sa sœur, des sujets de la ferme familiale.
Cette année, le Rallye provincial avait pour thème « Célébrons nos racines : 100 ans de 4-H au Canada ». Visiblement, les organisateurs voulaient marquer le coup, d'autant que le rallye est l'activité la plus courue parmi celles des 4-H, qui compte 439 membres au Québec. Pour souligner les 100 ans, les équipes étaient invitées à agencer leurs pièces exposées aux couleurs de diverses décennies. Les clubs d'Ormstown (années 1920), Sawyerville (années 1930) et Hatley (années 1950) ont ainsi été récompensés pour l'originalité, la beauté et la richesse des informations affichées dans leurs granges respectives. Dans un autre pavillon de l'expo, on incitait les clubs (notamment Lachute, Richmond et Sawyerville) à étaler leurs archives bien garnies. Dans le montage d'archives du club de Richmond, on pouvait notamment lire un article du journal sherbrookois The Record relatant le premier rallye des 4-H.

De fait, en juillet 1976, le club 4-H de Richmond a eu l'idée d'inviter la jeunesse agricole à une activité baptisée Calf Rally, un rassemblement de jeunes mordus de génétique laitière. La première édition avait alors permis de rallier 70 participants. Devant un tel succès, la Quebec Young Farmers demandait au Richmond 4-H Club d'utiliser une telle activité au niveau provincial comme évènement phare. Aujourd'hui, chaque région accueille à tour de rôle le rallye, qui n'est plus seulement laitier, mais inclut d'autres classes, comme les bovins de boucherie, les chèvres, les moutons, les chevaux et, depuis peu, les lapins et les volailles. Dans son mandat de développement social des jeunes, de culture du leadership et d'engagement dans la collectivité, Quebec 4-H mise aussi sur des activités d'horticulture, d'artisanat, de photographie, de dessin, de collimage, de cuisine et d'ébénisterie, regroupées sous le vocable « habilités fondamentales » – peut-être parce que dans le mot « agriculture » il y a le mot « culture »?

Fébrilité avant d'entrer dans l'arène pour concrétiser tant d'efforts déployés à dresser et préparer ses animaux.
« Mais les 4-H, c'est plus que de participer à des jugements d'animaux, des concours d'artisanat ou d'art oratoire, soutient Mathieu Rouleau, président de Quebec 4-H et étudiant en agriculture. C'est aussi le travail d'équipe, la reconnaissance du travail d'autrui et l'entraide. » Avec sa sœur, Jessica, et son frère, Jacob, qui, à 13 ans, avait tout juste l'âge limite pour participer au Rallye (12 ans), Mathieu s'activait à mettre la touche finale aux animaux de la ferme familiale de Saint-Chrysostome avant l'attendu concours des génisses. Un coup de rasoir par-ci, un coup de peigne par-là, du fixatif noir en abondance, et voilà l'animal prêt pour le grand tour dans l'arène. Il faut dire que ce concours peut servir de qualification à d'autres expositions agricoles, en vue de la convoitée Royale, à Toronto.

Montrer aux plus jeunes comment prendre soin des animaux d'élevage de la meilleure façon possible et leur « apprendre à le faire en le faisant » (learn to do by doing), c'est la devise des 4-H. Rencontré sur place, le petit Caleb Herring, six mois, de Sawyerville, n'aurait pas pu discourir de conformation chez les bovins de boucherie, mais son immersion dans les concours lui permettra peut-être d'avoir l'élevage dans le sang.


Des rubans à profusion autant de menus objets pour rehausser la confiance et valoriser les savoirs traditionnels des agriculteurs en devenir que sont les jeunes membres des 4-H.


Une compétition d'expertise relevée

Dans huit classes, les 96 participants à la compétition d'expertise avaient à juger de la qualité des produits ou des bêtes ou de l'utilité des choses. Pour quatre de ces classes, les jeunes avaient même à donner des raisons orales (vaches Jersey et canola) et écrites (chèvres Boer et chaussettes tricotées). Pour les quatre autres classes, les concurrents avaient à distinguer à l'œil la qualité de miels en pot, à reconnaître de l'équipement et des outils anciens, à juger de la qualité bouchère de quatre porcs d'une race du patrimoine (Large Black) et à donner les anniversaires de fondation de différents organismes canadiens (classe mystère), dont celui des 4-H (1913).


La compétition d'expertise regroupait 96 participants venus se mesurer dans huit classes, dont, ici, le canola. Savez-vous jauger la proportion de grains immatures ou germés et d'impuretés dans un échantillon?


Pour souligner le 100e anniversaire de la jeunesse rurale, on avait invité les clubs à étaler les archives de leurs activités et exploits au fil des décennies.
Le Rallye provincial est plus qu'un concours d'animaux : on juge aussi les performances humaines dans l'arène. Il faut montrer qu'on a bien dressé l'animal, qu'on sait mettre sa conformation en valeur, que l'on connaît la routine de présentation, qu'on respecte le code vestimentaire. Des juges pourront même demander qu'on change d'animal pour mieux montrer son savoir-faire. Autre épreuve où l'on juge assurément les talents humains : le concours oratoire, qui a réuni huit participants de 12 à 21 ans, dans deux classes. Au menu, discourir pendant cinq à sept minutes d'un sujet au choix : comment va la ferme familiale, de quoi aura l'air l'agriculture en 2050 ou quelles sont les trois technologies les plus importantes pour les agriculteurs.

Tout au long des deux jours et demi de concours, on sentait les jeunes animés par un mélange de rivalité et d'esprit de camaraderie : il y a des honneurs individuels à aller chercher dans les différentes classes, mais aussi des honneurs collectifs pour les clubs, au combiné des points. Mais à la fin, le traditionnel banquet réunit toutes les équipes et clôture avec faste cette occasion annuelle de socialisation, ce rassemblement des anglophones ruraux du Québec.


Exécuter une routine pour évaluer un animal et le mettre en valeur – ici, des lapins – est le savoir-faire jugé dans ces classes d'art de présenter (showmanship, en anglais).
 
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés