Entretiens
C'est dans le garage de leur maison de Champlain que la famille Massicotte lance, au milieu des années 1980, sa petite entre­prise de transformation de choux. Elle voit le jour après qu'un agronome du MAPAQ leur eut fait part d'une étude de marché qui concluait que la demande pour la salade de chou (la coleslaw, comme on l'appelait à l'époque) était en forte hausse. « Il y a une demande, on va en faire », avait lancé la fonceuse et sémillante Lise Hamelin, mère de Benoit et conjointe de Paul Massicotte, illustre président de La Coop fédérée qui dirigea cette entreprise d'une main habile et novatrice pendant une décennie, de 1993 à 2003.

« Nous étions quatre frères – Louis, Roger, André et moi – à travailler dans l'exploitation laitière familiale », fait savoir Benoit, administrateur de La Coop fédérée depuis 2012. « Nos parents souhaitaient que l'on s'y intègre tous. Il fallait soit grossir dans le lait, alors la principale activité de la ferme, ou développer un autre secteur. La conjoncture de l'époque étant favorable à une diversification dans le maraîcher, on s'est lancé… tête baissée. »

Se lancer… dans le réseau
L'engagement de Benoit au sein du réseau La Coop remonte à 2004, année où il se joint à la coopérative CoopPlus (aujourd'hui La Coop Univert) à titre d'administrateur. Il prend la place de son père qui terminait alors son mandat au conseil de CoopPlus. Il y accède sans opposition. L'accès au conseil de La Coop fédérée sera plus ardu. Après une tentative en 2009, il devra patienter jusqu'en 2012 pour se présenter de nouveau et être élu comme représentant du territoire 13 et administrateur de La Coop fédérée. « Mon père s'est engagé dans le réseau La Coop pendant plus de 30 ans, dit-il. Les valeurs coopératives sont ancrées en nous. Faire affaire avec La Coop, c'est faire affaire chez nous. C'est un mode de vie. Voilà ce en quoi je voulais m'engager : contribuer au développement et à la promotion de la coopération et, bien sûr, administrer au meilleur de mes connaissances le réseau La Coop et La Coop fédérée. »

A-t-il ressenti de la pression à être le fils d'un des présidents les plus marquants de La Coop fédérée ? « J'ai de grandes ressemblances physiques avec lui. À mon arrivée, plusieurs m'ont dit : « Toi, t'es l'gars de Paul Massicotte ». Être aussi bon que lui ? Je suis très fier de ce que mon père a accompli à La Coop fédérée et je m'efforcerai de faire ma propre marque, bien sûr. Mon père avait son style et moi, j'ai le mien, même si on dit que la pomme ne tombe jamais très loin du pommier… »

« Ma contribution au conseil, je la vois par mon appartenance à une entreprise agricole diversifiée, poursuit-il. J'ai de l'expérience en productions animales et végétales, ainsi qu'en transformation alimentaire et en mise en marché. Quand j'entre dans une usine d'Olymel, j'ai les yeux ouverts, ça me parle, je suis bien au fait des enjeux auxquels l'entreprise doit faire face. »

« Benoit a une vue panoramique de l'agriculture », souligne Sébastien Léveillé, vice-président du développement des affaires et des communications à La Coop fédérée. « Son entreprise est un bel exemple d'une filière, sans mise en marché organisée, qui s'étend du producteur jusqu'au consommateur. »

Prendre des risques
C'est le propre des entrepreneurs. Les Massicotte en sont la preuve tangible. Habitués à ce que leur lait soit vendu d'avance, et à ne se concentrer que sur le volet production, sans la moindre concurrence, ils plongent, en diversifiant leur entreprise, dans un monde où ils interviennent à tous les maillons de la chaîne. Et où l'on se dispute âprement les parts de marchés, cette fois, sans la moindre garantie. « Il fallait véritablement la vendre, notre salade », dit Benoit, sourire en coin.

Benoit trouve son bonheur dans les choses toutes simples. Chanter en jouant de la guitare autour d'un feu avec des amis en est une.
Le secteur agricole de la Ferme Paul Massi­cotte et fils, que dirige Benoit, appuyé de sa conjointe, Linda Frigon, compte six employés, 120 kg de quota et 235 têtes, dont 115 vaches de haut statut génétique. Les fourrages, les semences de blé de consommation humaine, le maïs, le soya, les choux et les fraises s'étendent sur quelque 365 ha. « On achète du quota chaque mois. L'objectif, c'est d'optimiser les installations de la ferme laitière. »

Du côté de la transformation maraîchère, Massibec connaît une croissance ininterrompue. Plus de 40 employés, une automatisation poussée des processus, des équipes aux achats et au contrôle de la qualité, des ventes partout au Québec, une incursion en Ontario et une gamme de produits dont les consommateurs ne se lassent pas : salades de choux, salades de macaroni, salades de pommes de terre, tartes au sucre à la crème et aux multiples fruits. « L'entreprise est à un tournant, dit-il. On accepte de gros contrats et on est en train d'en négocier d'autres, encore plus gros. » Pour des raisons évidentes de concurrence, Le Coopérateur n'a pu en savoir plus…

Le secteur agricole représente le quart du chiffre d'affaires de l'entreprise. Celui de la transformation, que gèrent ses deux frères, André et Louis, en occupe les trois quarts. Il y a quelques années, Roger a décidé de faire cavalier seul en mettant sur pied, avec son fils, leur propre exploitation laitière.

D'abord formé en mécanique automobile, puis diplômé de l'école d'agriculture de Sainte-Croix-de-Lotbinière en 1983, Benoit a toujours adoré l'école… pour « le social » plus que pour les études, dit-il en riant. Pensionnaire à Sainte-Croix, il s'implique dans plusieurs organisations. Il fait partie du conseil étudiant et joue au hockey.

Très jeunes, Benoit et ses frères se voient confier des responsabilités à la ferme. « Avec un père souvent à l'extérieur, on a rapidement pris l'entreprise en main », dit celui qui sera bientôt grand-père à 49 ans. Son fils Alexandre, 25 ans, et sa conjointe, Catherine, attendent un enfant. Détenteur d'un DEP de l'école d'agriculture de Nicolet, Alexandre deviendra aussi, sous peu, copropriétaire de l'entreprise. Les deux filles de Benoit et Linda ont développé d'autres intérêts. Josianne, 23 ans, est dessinatrice de bâtiments et de mécanique industriels dans une entreprise de Trois-Rivières. Quant à Laurie, 20 ans, elle étudie à l'UQTR en administration.

« On ne se tanne jamais de regarder le fleuve. »


Des responsabilités et des engagements, Benoit n'hésitera jamais à en assumer. Il a été actif au sein de l'UPA et de la société d'agriculture de sa région. Il est animateur d'Agropur, membre du Club optimiste, conseiller municipal et pompier volontaire. Benoit a déjà eu à pénétrer dans une résidence en flammes pour venir au secours de quelqu'un qui, heureusement, ne s'y trouvait pas. Et dans un bâtiment de ferme, lorsqu'il a sauvé des vaches de la proie des flammes. Malgré le signal de son appareil respiratoire lui indiquant qu'il était sur le point de manquer d'oxygène, il a persisté pour faire évacuer la dernière bête. « On est jamais seul, tient-il à préciser, un autre pompier nous accompagne toujours. Pour venir en aide, on n'hésite pas à affronter les flammes. En fait, on ne se pose même pas la question. On intervient, avec des risques calculés. Mon fils est aussi pompier volontaire. Aujourd'hui, à titre d'assistant-chef, je suis davantage conducteur du camion et opérateur des pompes. »

« Un musicien parmi tant d'autres »
À ses heures, Benoit chante et joue du piano et de la guitare. C'est à l'oreille – et avec désinvolture – qu'il exprime ce talent qui enchante famille et amis. Patrick Normand est son idole et il a un faible pour les bonnes vieilles « tounes » québécoises. Cette oreille est aussi attentive et sensible. Au conseil de La Coop fédérée, Benoit ne se démarque pas par ses coups d'éclat ou ses coups de gueule. Il écoute, réfléchit, analyse.

Au conseil municipal de Champlain, où il siège depuis novembre 2005, Benoit a la main tendue vers sa collectivité. La municipalité, qui célèbrera son 350e anniversaire en 2014, fait partie de l'Association des plus beaux villages du Québec. Très prisée par le milieu urbain, notamment de Trois-Rivières, qui en fait une destination villégiature, Champlain devient un lieu de vie où la cohabitation ville-campagne se corse. « Benoit milite pour la tolérance de part et d'autre, et pour que l'on reconnaisse à sa juste valeur la place des producteurs », indique Raymond Beaudry, maire de Champlain.

Épicurien dans l'âme, Benoit saisit la vie à pleins bras, et le moment présent. « Beaucoup de producteurs ne font que travailler, dit-il. Je comprends que ça peut parfois être nécessaire, mais il y a une limite. Il faut savoir s'arrêter. Le recul permet de prendre de meilleures décisions. »

Chasse, pêche, sorties et vacances entre amis trouvent toujours place dans l'emploi du temps de Benoit et Linda. Daniel Provencher et Guylaine Blais, des amis de longue date, les accompagnent dans presque toutes leurs activités. De véritables amis auxquels ils n'hésitent pas à se confier.

Benoit trouve son bonheur dans les choses toutes simples. Savourer, au bord d'un lac, une truite fraîchement pêchée, chanter en jouant de la guitare autour d'un feu avec des amis, contempler le fleuve après une longue journée de travail. « On ne se tanne jamais de regarder le fleuve », dit-il. C'est pourquoi il s'est lui-même construit une maison, il y a quatre ans, sur les rives du Saint-Laurent. « Quand je me retrouve ici, je décroche », dit-il. Son bonheur, il ne fait pas que le savourer, il le crée.
 
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