Entretiens
La CUMA de Leclercville, c'est avant tout une communauté où se vit au quotidien une culture d'entraide et de solidarité.
Après presque 20 ans d'existence, la CUMA de Leclercville compte 31 membres et 90 machines réparties dans 70 branches d'activité, dont la majorité n'a que deux ou trois membres. Le président de La Coop fédérée, Denis Richard, aussi président de la CUMA, fait partie des membres fondateurs.
Quiconque entre dans une réunion de la coopérative d'utilisation de machinerie agricole (CUMA) de Leclercville a l'impression d'assister à un rassemblement familial. Dans cette municipalité de 500 habitants aux rangs tissés serré, tout le monde se connaît. Et l'échange d'équipements entre voisins s'y pratiquait bien avant que l'idée des CUMA n'arrive au Québec. Le regroupement en coopérative n'a rendu ce partage que plus structuré et plus équitable.

René Auger et son voisin furent parmi les premiers adhérents en 1994. « Je possédais une fourragère et un souffleur à ensilage alors que mon voisin avait acheté les boîtes et nous partagions l'équipement ensemble », raconte le producteur de lait, aussi vice-président de la CUMA. « Sauf qu'avec le temps, nos superficies changeaient et la contribution de chacun devenait moins équi­table. Nous avons réglé le problème en adhérant à la CUMA. » En vendant leur machinerie à la coopérative et en payant selon les unités de travail réalisées, les deux contribuaient dorénavant à leur juste part des dépenses. C'est le principe de l'utilisateur-payeur.

Bon coup
L'assemblée générale constitue une bonne occasion pour rappeler les règles de la CUMA. Linda Bernier a trouvé un moyen de s'y prendre pour rendre le tout intéressant sans froisser quiconque. « Je prends des notes durant l'année et je rapporte les problèmes sous forme de jeu, par exemple le questionnaire "démasquez le menteur" sans nommer personne, explique la secrétaire-trésorière. Nous passons ainsi des messages en évoquant les règlements de régie interne. Ceux à qui le chapeau fait se reconnaissent. »

Mauvais coup
La branche de 24 membres comprenant deux débroussailleuses a failli être démantelée après de nombreux bris non réparés, ce qui générait des frustrations chez l'utilisateur suivant. Pour régler le problème, on a nommé un responsable pour chaque débroussailleuse, chez qui l'équipement doit être rapporté après utilisation pour une inspection. Chaque couteau manquant que le membre n'a pas remplacé lui est facturé pour un montant de 50 $. « Cette mesure, qui s'applique à tous, a permis de reprendre le contrôle de la situation », conclut l'un des responsables, Francis Laliberté.

C'est aussi dans cet esprit de solidarité que les administrateurs accueillent à bras ouverts les femmes et la relève. Ainsi, sur le conseil de six administrateurs siègent une femme et deux jeunes agriculteurs. D'ailleurs, le poste occupé par l'administratrice Chantal Lemay est réservé à une femme à la suite d'une demande de l'assemblée générale. « En plus, nous invitons un jeune de la relève à assister aux rencontres du CA », précise Francis Laliberté, administrateur depuis 12 ans. « Cette personne change chaque fois pour permettre à un maximum de jeunes de voir comment nous fonctionnons et de les intéresser à la coopération. »

Deux assemblées très courues
La coopérative tient deux assemblées par année : l'assemblée générale annuelle au printemps et l'assemblée de fin d'année en décembre. Cette dernière, qui a lieu tout juste avant Noël, constitue l'occasion de dresser le bilan de la saison dans une ambiance festive. « La rencontre commence par un brunch et dure toute la journée, dit Linda Bernier. Les responsables de branches revoient avec leurs membres les revenus et dépenses et dressent le budget de l'année à venir. »

Pour ce faire, le responsable doit réunir ses membres autour d'une même table pour discuter. Le tout s'apparente au jeu de la chaise musicale avec 70 branches dont on doit revoir les chiffres et évaluer le fonctionnement. Mais ça fait partie du plaisir de l'assemblée de changer constamment de table et de discuter entre confrères. Car les discussions ne tournent pas qu'autour de la CUMA. « Nous vivons tous les mêmes choses en tant qu'agriculteurs et c'est rassurant de se rappeler que nous sommes dans le même bateau », confie René Auger.


Sur la plupart des machines, une feuille pour inscrire l'utilisation au fur et à mesure. Le compteur peut être installé sur n'importe quelle partie de l'équipement (par exemple le pont de l'épandeur, le rouleau de la boîte à ensilage). Il s'agit ensuite de déterminer à combien d'unités du compteur correspond une unité de travail réalisée. Dans cet exemple, chaque voyage d'ensilage correspond à 2,1 km du compteur.
Lors de cette réunion de fermeture d'année, « c'est le temps de régler les bobos, ajoute le vice-président. Chacun vide son sac, mais il n'y a pas de chicane. Il s'agit de ne pas laisser traîner les problèmes d'une année à l'autre. » S'il y a une mésentente entre les utilisateurs, elle est le plus souvent réglée à l'intérieur de la branche même. Sinon, le responsable de branche en réfère au CA, qui pourra trancher en se rapportant au règlement de régie interne.

L'assemblée générale annuelle revêt elle aussi ce côté social qui incite les membres à parti­ciper. D'ailleurs, le taux de présence aux deux assemblées se situe toujours au-dessus de 80 %. En plus de la portion de présentation des états financiers de la coopérative, des conférenciers sont toujours invités à cette activité. Le Centre financier Desjardins, la Banque Nationale et Financement agricole Canada sont ainsi venus expliquer à l'assistance ce que leur organisation offrait aux agriculteurs et à la relève. Un responsable de la municipalité a aussi déjà entretenu le groupe sur les règlements municipaux, et un contrôleur routier a présenté les articles du Code de la sécurité routière concernant la machinerie agricole.

Souplesse et économies
La CUMA s'est adaptée au fil du temps pour répondre aux besoins des membres. Pendant 10 ans, elle a engagé des vachers pour faire du remplacement. Le besoin s'est cependant estompé avec l'arrivée de la relève en renfort et la pratique a été abandonnée puisque l'apport de main-d'œuvre extérieure est devenu superflu.

Ce n'est jamais le conseil d'administration qui prend l'initiative d'acquérir un équipement. « Ce sont les membres, eux, qui se regroupent, discutent et ensuite appellent la secrétaire-trésorière pour faire les calculs quand ils ont un besoin à combler, souligne René Auger. Jamais la CUMA ne va au-devant des besoins des membres en disant : "Nous achetons une nouvelle machinerie, embarquez-vous ?" »

L'agriculteur tient de ce fait à rappeler qu'une CUMA n'est pas une recette magique. « Il ne faut pas penser qu'en embarquant dans une branche avec trois autres personnes, que ça ne coûtera plus rien. En achetant du matériel, neuf et performant, le prix se rapproche du forfait. C'est quand la machinerie est payée et en bon état que la formule devient économiquement intéressante », insiste-t-il. Par exemple, un semoir Great Plains dont le coût d'utilisation était de 4,08 $ l'hectare (10,08 $ l'acre) avant la fin du prêt en 2011 a vu son taux horaire d'utilisation passer à 16 ¢ l'hectare (40 ¢ l'acre) depuis. Des bagatelles !
 
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