Entretiens
Le Coopérateur agricole s'est rendu en France pour visiter le Salon aux Champs, le grand rendez-vous des coopératives d'utilisation de machinerie agricole de l'ouest du pays. En voici quelques échos.
L'histoire des coopératives d'utilisation de machinerie agricole (CUMA) en France ne date pas d'hier. Elle débute dans les années 1930. L'agriculture française n'est à peu près pas mécanisée à cette époque, mais des habitudes d'entraide entre voisins existent depuis très longtemps, notamment pour certains travaux saisonniers. L'apparition de machines importantes (batteuses, machines à labourer à vapeur ou électriques avec treuils) invite à un début d'organisation plus structurée. La crise économique amorcée en 1929 fait découvrir aux agriculteurs l'intérêt de se grouper pour se défendre et s'organiser. Des syndicats de battage et des coopératives de culture mécanique voient le jour.

Avec la fin de la Deuxième Guerre, en 1945, commencent la reconstruction du pays, la réorganisation et la modernisation de l'agriculture. C'est alors qu'est créée la Fédération Nationale des Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole (FNCUMA). La formule se développe très rapidement dans le pays (8000 CUMA et coopératives de battage et services en 1949) et il s'organise de nombreuses démonstrations.

Depuis, le réseau français des CUMA ne cesse de se développer, de se diversifier et de toujours mieux s'organiser pour devenir un acteur de premier plan dans le paysage agricole et un vecteur de dynamisme rural.

Quelques chiffres
Aujourd'hui, les CUMA en France, c'est :
• 11 545 coopératives : Ces coopératives de proximité regroupent 40 % des exploitations agricoles françaises, et jusqu'à 75 % dans certaines régions. Si le nombre d'agriculteurs diminue avec les années, celui des membres des CUMA se maintient.

• + 7 % de chiffre d'affaires : Le chiffre d'affaires total des CUMA françaises a atteint 680 millions $ en 2011, soit une augmentation de 7 % par rapport à 2009, avec un chiffre d'affaires moyen par CUMA de 62 000 $.

• 6500 salariés : C'est le nombre de personnes travaillant pour les CUMA en 2013. Parmi ces salariés, 1500 sont des employés permanents. L'évolution des entreprises agricoles et des conditions de vie des agriculteurs poussent au développement du salariat.

• Une diversification des activités : Les traditionnelles activités de transport et épandage de fumier se maintiennent, et les activités innovantes se développent : désherbage mécanique (+ 15 % de 2009 à 2011), déchiquetage du bois (+ 6 %), compostage, distribution (+ 27 %), organisation de circuits courts (+ 41 %) et rotations en commun (+ 10 %).
À la recherche de bons employés
Il existe deux types principaux de CUMA en France. Ainsi, on distingue les CUMA destinées uniquement au partage de matériel entre entreprises agricoles de celles qui embauchent aussi des salariés pour faire fonctionner et entretenir la machinerie. On nomme ces dernières « CUMA intégrales ».

Le métier d'employé de CUMA est de plus en plus valorisé.
La FNCUMA tente de valoriser le métier de chauffeur-mécanicien, car tout comme au Québec, les bons employés de ferme ne sont pas faciles à recruter. Pour conserver leurs employés, bien des CUMA annualisent leur salaire. C'est-à-dire que les heures supplémentaires effectuées en périodes de pointe sont payées durant l'hiver, période où normalement les employés réclameraient de l'assurance chômage.

Pour pourvoir les emplois en élevage, il existe une formule distincte de la CUMA, celle des groupements d'employeurs. Elle ressemble étrangement à la CUMO québécoise (coopérative d'utilisation de main-d'œuvre), bien qu'elle ne soit pas constituée sous forme de coopérative. En France, pour les exploitations de petite taille, qui n'ont pas les moyens nécessaires ni un volume de travail suffisant pour embaucher quelqu'un de façon permanente, il est possible depuis 30 ans de recourir aux groupements d'employeurs. L'idée est simple : en se regroupant, ces entreprises peuvent obtenir les services d'un employé qu'elles se partagent en fonction de leurs besoins respectifs. Avec cette formule, les salariés acquièrent de l'expérience dans plusieurs entreprises et n'ont qu'un seul contrat de travail.

À la base, ce sont deux ou trois producteurs qui s'associent pour former un groupement et engager un salarié, mais il arrive aussi que l'embauche soit gérée à l'échelle du département.

Les agriculteurs adhèrent alors à un groupement départemental, qui est en mesure d'offrir des services supplémentaires (administratifs, juridiques, etc.). Il y a également des groupements d'employeurs à vocation de remplacement, qui interviennent dans des cas particuliers pour prendre la relève à la ferme : maladie, accident, congé, formation, et ainsi de suite. On compte en France 3564 groupements d'employeurs en agriculture, qui fournissent du travail à 18 275 salariés.


La coopération inter-CUMA
Le partage de machinerie et de services entre CUMA se répand de plus en plus, puisqu'il constitue un excellent moyen de valoriser un équipement coûteux tout en réduisant les frais d'utilisation. Cette pratique risque de se populariser encore davantage avec le temps, car si les CUMA cultivent toujours les mêmes superficies, le prix du matériel augmente sans cesse, ce qui entraîne une hausse des frais d'utilisation.

La coopération inter-CUMA s'effectue surtout pour le pressage, l'ensilage et la récolte de grains. Elle s'avère possible grâce aux écarts entre les dates des travaux aux champs dans les départements situés à différentes latitudes. Par exemple, la CUMA d'un département situé au sud, qui termine normalement sa récolte une semaine avant que débute celle d'une CUMA d'un département voisin qui se trouve au nord, peut ensuite lui louer sa moissonneuse-batteuse.

Le département du Morbihan, en Bretagne, fourmillait de totems de paille comme celui-ci pour souligner cette édition du Salon aux Champs.
Plusieurs CUMA avaient amené de l'équipement sur place, et leurs membres étaient présents pour discuter avec les visiteurs.
Les échanges de matériel et de services inter-CUMA gagnent en popularité, le Salon aux Champs constituant l'endroit idéal pour établir de nouveaux partenariats.
Puisque la distance à franchir avec le matériel dépasse le plus souvent les 100 km, les CUMA partenaires investissent souvent dans une remorque de transport, dont le coût est ajouté aux frais d'utilisation de l'équipement. En plus de réduire les frais d'utilisation des membres de la coopérative « prêteuse », la coopération permet à une autre CUMA, qui n'aurait pas le volume suffisant pour acquérir une machinerie coûteuse, d'y avoir accès à un tarif intéressant.

Un atout pour la relève
Au cours d'un forum tenu dans le cadre du Salon aux Champs, des jeunes de la relève agricole ont témoigné de la pertinence des CUMA pour ceux qui se lancent en agriculture. Louis-Xavier Gannay a d'abord adhéré à la CUMA locale plutôt par intérêt social. « Derrière la CUMA, il y a une communauté d'hommes et de femmes. Entre membres, nous avons tout à gagner à nous entraider », insiste-t-il. De plus, puisqu'il n'a eu qu'un minimum de machinerie à acquérir, il a pu démarrer son entreprise avec peu d'investissement.

Ludovic Le Potier s'est associé à sa sortie de l'école avec un agriculteur qui faisait déjà partie d'une CUMA intégrale (avec chauffeur-mécanicien employé). Il avoue que conduire le tracteur lui manque parfois, mais qu'il a ainsi plus de temps à consacrer à l'élevage, qui est la principale source de revenus de son entreprise. Bien que les administrateurs en place l'aient vite intégré à la CUMA en lui proposant le poste de trésorier, le jeune producteur mentionne l'existence de quelques frictions entre les jeunes et les plus anciens. « Plus les gens approchent de la retraite, moins ils se sentent concernés par le renouvellement du matériel, déplore-t-il. Il faut parfois se battre pour faire passer des changements. »

Deux agriculteurs à la retraite sont aussi venus faire part de leur expérience. Selon eux, le transfert de leur ferme aurait été beaucoup plus difficile s'ils n'avaient pas été membres d'une CUMA. Le prix d'achat de l'entreprise aurait été gonflé par le matériel. L'un d'entre eux a aussi souligné l'intérêt pour les « débutants » de profiter des conseils des autres membres de la CUMA. « Les réunions permettent de partager nos expertises, dit Gurval Rolland. L'avis du groupe peut aider à sécuriser les jeunes qui n'ont pas beaucoup d'expérience. » Selon lui, la CUMA facilite leur intégration dans le milieu. « Il est faux de croire que tout posséder en individuel permet de faire les travaux plus vite, car les autres responsabilités demeurent. La CUMA intégrale améliore la qualité de vie de l'agriculteur, car elle le libère et lui permet d'avoir un horaire plus régulier. »

Un intervenant du public a aussi expliqué que la présence des CUMA joue un rôle de régulation dans le prix des travaux à forfait. Dans les secteurs où se trouvent des CUMA, le prix de ces travaux se rapproche des frais d'utilisation des CUMA. S'il n'y a pas de CUMA aux alentours, les prix demandés par les entrepreneurs à forfait sont généralement plus élevés.
 
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