Entretiens
Pas facile d'être producteur porcin par les temps qui courent, mais cette famille de Saint-Barnabé-Sud a su tirer son épingle du jeu et, par la même occasion, assurer sa relève.
Hausse du prix des intrants, dollar canadien robuste, maladie : les malheurs semblent s'abattre les uns après les autres dans le secteur porcin au Québec. Certains producteurs ont réussi à tenir le coup, d'autres pas. Beaucoup ont jeté l'éponge dans les dernières années : de 4111 producteurs en 2007, ils étaient passés à 3496 en 2012, selon les données de la Fédération des producteurs de porcs du Québec.

La Coop fédérée a décidé il y a quelques années de prendre le taureau par les cornes en y allant de sa solution : regrouper des producteurs indépendants dans un modèle de production de viande standardisé, afin de répondre aux besoins d'acheteurs de plus en plus exigeants. La propo­sition avait le mérite de préserver l'indépendance des producteurs, tout en ciblant un potentiel de marché plus lucratif et en offrant différents services, tels que l'expertise en matière de gestion d'élevage, en recherche, en génétique et en alimen­tation. À cela s'ajoutait l'expérience d'Olymel dans les secteurs de l'abattage, de la transformation et de la mise en marché du porc à l'échelle mondiale.

La nouvelle Filière porcine de La Coop prit officiellement son envol le 21 avril 2011, lors d'une assemblée à Drummondville. Le mot d'ordre : « combiner les forces du modèle d'affaires intégré avec les valeurs entrepreneuriales des producteurs indépendants québécois […] pour développer une chaîne de valeur coordonnée capable de rivaliser sur la scène mondiale ». Aujourd'hui, la Filière compte plus de 200 membres répartis partout au Québec dans des productions de type naisseur, finisseur, naisseur-finisseur, pouponnière et pouponnière-finisseur.

Une solution d'avenir pour le secteur et la relève
Jeanne et Jean-Luc Leblanc étaient présents lors de l'assemblée de fondation de la Filière coopé­rative. Pour Jean-Luc, la nouvelle structure représentait l'espoir d'un avenir meilleur pour le secteur, en l'aidant à mieux traverser les crises et en donnant ainsi une chance à la relève. Deux ans plus tard, on semble dire mission accomplie chez les Leblanc. Ils y ont cru dès le départ et maintenant, à l'approche de la retraite, ils envisagent l'avenir avec plus d'optimisme pour la prochaine génération.

C'est leur fils Alexandre, 27 ans, qui a pris la relève de la ferme familiale, un rêve qu'il caressait depuis toujours. Il est la quatrième génération de Leblanc à s'établir sur cette terre. Sa sœur Véronique exploite elle aussi une ferme porcine, à Saint-Simon.

Propriétaire de 20 % des actions depuis trois ans, Alexandre s'acquitte presque entièrement de la gestion de la ferme porcine de type naisseur-finisseur. Il s'occupe entre autres du suivi du programme alimentaire coop, de la fabrication des moulées, de l'achat des intrants et du contrôle de qualité. Sa mère, Jeanne, lui donne un coup de main de temps à autre. Les Leblanc possèdent 245 truies et mettent en marché en moyenne 5000 porcs par année.

Installés à Saint-Barnabé-Sud, près de Saint-Hyacinthe, les Leblanc ont envisagé la possibilité de produire du porc La Coop. Faisant affaire à l'époque avec une autre entreprise et produisant du porc « conventionnel », les parents du jeune homme avouent qu'ils étaient réticents à changer de fournisseur. Ils bénéficiaient d'un service adéquat pour leurs besoins, mais cherchaient un moyen de maximiser encore plus le potentiel de leur entreprise. « J'étais intéressé par la perfor­mance de la semence des Duroc et par leur bonne génétique. On s'est dit qu'on ne perdait rien à l'essayer », explique Alexandre. Après plusieurs mois de réflexion, ils décident de se lancer. Ils ont été parmi les premiers à signer le cahier des charges, en février 2009.

La suite s'est enchaînée tout naturellement : les prix des intrants étaient avantageux et, en adhérant à la Filière porcine coopérative, les Leblanc bénéficiaient d'une remise potentielle supplémentaire pour les porcs livrés à l'abattoir dans les strates de poids recherchées. « Puisque tout allait bien, on a décidé de faire le saut », raconte Jean-Luc Leblanc. La transition s'est faite progressivement, sans problème sanitaire majeur. Les truies ont été changées de manière graduelle selon le taux de remplacement naturel des sujets. « Il n'est pas question ici de dépeupler une porcherie, on suit le renouvellement normal d'un troupeau en production », indique Gérald Paquin, expert-conseil réseau à La Coop fédérée. La famille Leblanc a de plus été rassurée par le fait que l'engagement à produire du porc La Coop n'incluait aucune durée dans le temps. « L'entente offre une flexibilité totale : les producteurs ne sont pas tenus de signer pour une période définie de 12 mois, 18 mois, etc. Sur simple avis écrit, l'entente peut-être résiliée », déclare Gérald Paquin.

Une décision positive
Aujourd'hui, ces producteurs de Saint-Barnabé-Sud ne retourneraient pas en arrière. « Les truies sont plus prolifiques et plus résistantes », fait remarquer Alexandre, qui utilise la génétique Sogéporc (truies et semence). Le jeune homme ne voit que des avantages dans la formule de la Filière porcine coopérative, laquelle correspond à son modèle d'affaires. Il demeure indépendant et gère sa ferme comme il l'entend, tout en ayant l'appui d'une organisation d'envergure comme La Coop fédérée. « C'est un modèle qui soutient davantage la relève et le modèle des fermes familiales », ajoute-t-il. « En intégration, il n'y a pas nécessairement de problème et ça correspond à un besoin certain, mais ce n'est pas le même type d'engagement, souligne pour sa part M. Leblanc. Tu te retrouves à travailler pour un autre, ce n'est plus le même métier. »

Les propriétaires de la ferme et leur expert-conseil, Gérald Paquin. « Avec la filière, on avance plus qu'on recule », disent les Leblanc.
Jean-Luc Leblanc estime que cette filière est aussi un plus pour l'industrie. « Plus il y a de producteurs, mieux c'est. S'il reste seulement des intégrateurs et un peu de producteurs, on ne pèsera pas lourd dans la balance. Pour faire changer les choses, il faut qu'on puisse avoir notre mot à dire ». La Filière compte en effet un conseil d'administration comprenant des représentants des producteurs, des coopératives et de La Coop fédérée. Son mandat est clair : formuler directement des recommandations au conseil d'administration de La Coop fédérée et être partie prenante de l'orientation à donner à la filière porcine coopé­rative, fait remarquer M. Paquin.

Si tout se déroule comme prévu, Alexandre devrait avoir achevé dans une dizaine d'années le transfert de la ferme, qui comprend 140 hectares de terres cultivées en maïs-grain et en soya, ce qui permet aux Leblanc d'être autosuffisants à 70 % pour la fabrication d'aliments sur place. La ferme porcine de type naisseur-finisseur a été construite en 1977 et rebâtie à neuf en 1999, avec l'ajout d'un autre bâtiment la même année. Titulaire de deux DEP de l'école professionnelle de Saint-Hyacinthe (Grandes cultures et Production porcine), Alexandre continue de se perfectionner grâce à des formations offertes par La Coop deux fois par année. Les membres reçoivent aussi une infolettre leur transmettant diverses nouvelles sur la filière porcine et des informations techniques ponctuelles leur permettant de prendre les meilleures décisions afin de maximiser leurs performances de production.

Ristourne et mondialisation
En 2012, La Coop fédérée a remis une ristourne aux producteurs de porcs membres de la Filière porcine coopérative. Elle a versé 8 250 000 $ à même ses excédents, dont la répartition était de 10 $ par porc et de 7 $ par dose de semence. Cette année, la ristourne s'est élevée à 5 400 000 $, pour une répartition de 3,75 $ par dose de semence et de 5,03 $ par porc. La Coop fédérée a expliqué que ce transfert de bénéfices était une décision stratégique qui reflétait sa volonté « d'être solidaire aux producteurs de porcs dans cette période de grande turbulence ».

Le secteur de la production porcine risque de connaître encore bien des soubresauts. Le contexte devient toujours plus difficile pour les pays producteurs et exportateurs de porcs, en raison de la féroce concurrence mondiale. Devant des modèles de production complètement intégrés, par exemple aux États-Unis, et des demandes de plus en plus pointues de la part des acheteurs, la Coop se devait de revoir son offre. La mise en place du porc La Coop, qui peut répondre aussi bien aux critères particuliers des clients à l'étranger qu'aux exigences changeantes des marchés, en est le principal objectif.

Quant à la famille Leblanc, elle n'a jamais baissé les bras, malgré les années difficiles. Les producteurs de Saint-Barnabé-Sud sont fiers de leur choix et ont le sentiment d'être appuyés et sécurisés en étant membres de la Filière porcine coopérative. Et, point important, leur ferme est rentable ! Jean-Luc ajoute qu'ils n'ont pas pris la décision à reculons, au contraire, ils ont voulu aller de l'avant. « On a l'impression maintenant qu'on avance plus qu'on recule. »
 
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