Entretiens
Toujours à la recherche de moyens pour augmenter leur rentabilité, les producteurs de maïs auraient tout intérêt à utiliser un type d'engrais à diffusion lente, surtout si les caprices de Dame Nature s'accentuent.
En direction de quelques champs de maïs à photographier, Steve Rochefort regarde d'un air averti les champs qui défilent le long de la route. « Ceux là ont manqué d'azote », fait-il observer en pointant des plants de maïs à la mine pâle, le long du fossé. La grandeur irrégulière des plants laisse croire qu'ils n'ont pas tous bénéficié du même apport en engrais. « Cette année, on peut facilement voir les champs qui ont manqué d'azote. Ils ont été lessivés par les fortes pluies du début de saison », fait remarquer le producteur de grandes cultures.

Steve Rochefort n'en est pas à ses premières armes dans la culture du maïs. Ayant grandi dans la ferme familiale, il travaille au champ depuis son plus jeune âge et se consacre uniquement à la grande culture depuis 2009. Sa ferme, située à Howick, près de la frontière américaine, possède des terres composées d'argile Sainte-Rosalie. La Coop fédérée y loue depuis plusieurs années des parcelles pour expérimenter des variétés de soya et de maïs. C'est en voyant La Coop tester un nouveau type d'engrais azoté à libération lente – l'azote FRN – que l'intérêt de M. Rochefort a été éveillé. Offert au Québec depuis 2007, cet engrais a la particularité d'être encapsulé. Il se dissout au contact de l'humidité, selon les besoins de la plante et en fonction de la température. Autre avantage : il est épandu directement lors du semis, ce qui évite de repasser dans les champs avec tous les inconvénients que cela comporte, que ce soit au chapitre des dépenses ou du temps. Mais le plus important, c'est que le rendement de la culture ainsi fertilisée peut être supérieur ou égal à d'autres types d'engrais. L'azote FRN représente d'ailleurs l'engrais le plus utilisé dans les cultures de maïs aux États-Unis, devant l'azote liquide.

Des résultats concluants
Converti à l'azote FRN, Clément Leblanc ne reviendrait pas en arrière.
« L'azote FRN est une coche au-dessus de l'urée normale, résume-t-il. Il y a moins de lessivage dans les champs, et donc moins de pertes. »
François Labrie, conseiller spécialisé en maïs et soya à La Coop fédérée :
« Le produit était parfaitement adapté aux conditions météorologiques de l'été 2013. Alors que les autres types d'azote ont été lessivés par les fortes averses, le FRN est resté dans le sol, toujours disponible. »
Noura Ziadi, chercheure à Agriculture et Agroalimentaire Canada, s'est aussi intéressée au produit à la suite d'un « colloque azote » organisé par le CRAAQ en 2007, à Drummondville. Elle y présentait une conférence sur d'autres types d'engrais minéraux lorsqu'un des agronomes participants lui a demandé si elle avait étudié les engrais à libération lente. Sa curiosité piquée, Mme Ziadi a contacté Agrium, le fabricant, pour mener des recherches sur le produit. « L'utilisation de l'engrais azoté comporte deux sortes de défis, économiques et environnementaux, en raison des pertes qui peuvent avoir lieu dans l'environnement et des coûts élevés », indique la chercheure pour expliquer son intérêt.

Après trois années d'études menées de 2008 à 2010 sur le maïs et la pomme de terre, les résultats sont concluants. « Au cours d'une année normale à pluvieuse, le rendement avec l'azote encapsulé s'avère intéressant puisqu'il est supérieur ou équivalent aux autres types d'engrais azotés. Son avantage repose sur le fait qu'il y a synchronisation des besoins de la plante et de la diffusion de l'azote », indique Mme Ziadi. En général, lors des étés humides, les rendements et les prélèvements en azote ont été supérieurs à ceux d'autres types d'engrais azotés. En moyenne, des rendements de 0,8 à 1,6 t/ha de plus que l'urée ont été obtenus dans la culture de maïs sur un essai réalisé dans la région de Québec.

Adapté aux besoins des producteurs
François Labrie, conseiller spécialisé en maïs et soya à La Coop fédérée, assiste depuis les débuts en 2007 aux performances de l'azote à libération lente. « Le FRN est 100 % biodégradable dans les 18 mois suivant l'épandage », dit-il. Le produit est toutefois plus cher que l'urée – de 25 $ à 50 $ de plus l'hectare.

Clément Leblanc, producteur de grandes cultures à Saint-Célestin, près de Nicolet, s'est converti à l'azote FRN. « Je ne reviendrais pas en arrière », affirme-t-il. Ses avantages l'ont convaincu, lui qui utilise le produit depuis trois ans. « Avec l'azote liquide, il faut repasser dans le champ, ce qui implique d'écraser des plants, d'embaucher quelqu'un, soit toutes sortes de dépenses et de tracas dont on peut se passer ». Avec 300 ha (750 acres) de terres cultivées, dont le tiers en maïs, le temps est souvent compté. Les travaux d'épandage et de pulvérisation sont d'ailleurs confiés à la coopérative depuis les débuts de son utilisation de l'azote FRN. Celui-ci est épandu à l'aide d'un épandeur pneumatique .

Au cours de ses trois années d'utilisation, M. Leblanc n'a connu aucun problème, même si le temps très sec de 2012 lui a fait craindre le pire. Mais le maïs a repris de la vigueur avec le retour de la pluie. Au final, il n'a observé aucune différence au moment des récoltes. Et comme les années se suivent et ne se ressemblent pas, le temps pluvieux et frais de cette année a joué en sa faveur. « L'azote FRN est une coche au-dessus de l'urée normale, résume M. Leblanc. Il y a moins de lessivage dans les champs, et donc moins de pertes. »

Steve Rochefort s'est pour sa part décidé à essayer l'azote FRN en 2012. Son capteur de rendement a relevé des écarts importants lors de la récolte, qui ont rapidement été attribués à des problèmes d'épandage. Mais les résultats étaient bons dans l'ensemble. Dans certains champs, le rendement s'élevait à 16 tonnes à l'hectare, avec une moyenne globale de 12,5 tonnes malgré l'été sec de 2012. M. Rochefort aurait bien aimé constater le rendement dans d'autres conditions météo, c'est pourquoi il songe à le réutiliser dans le futur. « C'est un produit intéressant. Il permet de tout faire en même temps dans les champs. Il suit la courbe de croissance du maïs et il lui fournit l'azote selon ses besoins. »

François Labrie confirme que le produit était parfai­tement adapté aux conditions météo­rolo­giques de l'été 2013. Alors que les autres types d'azote ont été lessivés par les fortes averses, le FRN est resté dans le sol, toujours disponible quand le moment serait venu. « Pour illustrer comment le produit s'est comporté, c'est comme si les producteurs s'étaient procuré une assu­rance auto­mobile contre le vol, dit-il. Le FRN a agi comme une assurance contre le lessivage. » L'expert rappelle qu'avec les changements clima­tiques, les conditions risquent de devenir extrêmes, avec des coups d'eau de plusieurs millilitres déversés en peu de temps. De son côté, Noura Ziadi poursuit ses études de l'azote à libération lente. Les prochaines années seront consacrées à des expériences dans des parcelles situées dans différents coins du Québec, notamment plus au nord de la province. En plus de la culture de la pomme de terre et du maïs, Mme Ziadi aimerait bien tester l'engrais sur les cultures pérennes, comme les fourrages, afin d'en observer l'impact à la fois environnemental et agronomique. Mais pour elle, les conclusions sont claires : « C'est un produit avantageux qui a un avenir intéressant. »
 
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