Entretiens
Une bonne gestion de l'alternariose permettra de réduire vos pertes au minimum et de maximiser votre rendement.
Déjà novembre, une autre saison de culture vient de se terminer. Durant l'été, comme par les années passées, j'ai eu le privilège de visiter des champs de pommes de terre de vos fermes dans les diverses régions du Québec. Il est facile de constater tous les efforts que vous déployez pour obtenir de belles cultures. Malgré tout ce travail, une maladie finit toujours par passer à travers les mailles du filet. L'alternariose, aussi connue sous le nom de brûlure hâtive ou brûlure alternarienne, refuse obstinément de capituler.

Causée par le champignon Alternaria solani, la brûlure hâtive s'attaque principalement au feuillage des pommes de terre et aux plantes de la même famille, comme les tomates. Parfois négligé, ce pathogène mérite certainement toute notre attention. En causant la mort d'une partie du feuillage, la maladie réduit la capacité de la plante à donner du rendement. Il faut garder en tête que notre plant de pommes de terre est un capteur solaire. Plus grande est sa surface pour capter le soleil, plus il produira de sucres et meilleur sera le remplissage des tubercules. Si les pertes peuvent demeurer inférieures à 5 % lorsqu'on maîtrise la situation, elles peuvent dépasser les 50 % lors d'infestations graves.

Les symptômes
Taches brunes concentriques
Lésions rejoignant les nervures de la feuille
Infection avancée
Les tubercules aussi peuvent être affectés par l'alternariose.
Les premiers symptômes apparaissent sous la forme de petites taches brunes de 1 ou 2 mm sur les feuilles du bas (photo 1 à la page 56). Au fur et à mesure qu'elles se développent, ces lésions rejoignent les nervures des feuilles pour ainsi prendre une forme angulaire et une taille allant jusqu'à 1 cm (photo 2). Les taches se composent d'anneaux foncés concentriques, comme une cible, une caractéristique très particulière. Avec le temps, la maladie se déplace vers le haut du plant et peut conduire à son dépérissement (photo 3). Notons que les dommages seront plus importants quand l'infection survient lors de la période de floraison. Les tubercules aussi peuvent être affectés par l'alternariose. Ces derniers peuvent contracter la maladie lorsqu'ils entrent en contact avec des fanes contaminées au moment de l'arrachage. On observera alors des lésions de forme circulaire à irrégulière, qui forment de légères dépressions dans la peau du tubercule (photo 4). On retrouvera des tissus brunâtres sous les lésions. Ces dernières peuvent prendre de l'expansion sur le tubercule durant l'entreposage, mais ne peuvent se répandre aux autres tubercules.

Certaines conditions atmosphériques favorisent le développement de la maladie sur le feuillage. Les spores du champignon survivent dans les débris au sol. Elles peuvent provenir du même champ ou être transportées par le vent à partir d'un champ voisin. Pour infecter les feuilles, les spores ont besoin d'humidité sur le feuillage et d'une température oscillant entre 20 et 30 ºC. Des nuits fraîches avec une rosée favoriseront la maladie. Une fois le champignon installé sur une feuille, il produira de nouvelles spores qui iront coloniser le haut du plant. Les lésions apparaissent de deux à trois jours après l'infection.

La maîtrise de ce champignon
Différentes actions doivent être prises pour garder la maîtrise sur ce champignon. Tout d'abord, comme pour plusieurs autres maladies, la rotation de culture est un incontournable qui réduira le niveau d'inoculum dans le champ. Dans un monde idéal, un saut de deux ou trois ans aura le plus d'impact. Un deuxième facteur est la gestion de l'irrigation. Un feuillage qui a le temps de sécher avant la nuit sera moins à risque. L'incorporation des résidus de culture peut aussi réduire le niveau d'inoculum. Ce sont les spores en surface qui contaminent la culture. La génétique a aussi son mot à dire. Bien qu'aucune variété ne soit résistante, certaines sont plus sensibles que d'autres. Par exemple, la Russet Burbank l'est moins que la Hilite Russet.

Par la suite, il faut maintenir le plant vigoureux et en bonne santé jusqu'au défanage. Des plants stressés et amorphes sont beaucoup plus sensibles à l'infection. En regardant le métabolisme de la plante, on constate que jusqu'à la floraison, le développement du feuillage est la priorité. Par la suite, le plant de pommes de terre va se concentrer sur le développement des tubercules, le feuillage n'est alors plus une priorité. C'est souvent à ce moment que les symptômes d'alternariose commencent à apparaître. Ainsi, il faut réduire les stress sur la culture au minimum, particulièrement en ce qui a trait à l'azote. Un feuillage carencé en azote après la floraison sera moins résistant à la maladie. Alors qu'au contraire, un feuillage vigoureux retardera l'apparition des symptômes de la maladie. Historiquement, l'urée technique a souvent été utilisée pour soutenir le feuillage en cours de saison. Depuis 2013, l'azote liquide à dégagement lent est la nouvelle façon de faire en fertilisation foliaire. Avec une meilleure absorption par la feuille et un effet qui s'échelonne pendant deux semaines, le Folium 26-0-0+0,5 B ADL contribue à garder le feuillage en bonne santé.

Finalement, un programme de phytoprotection adapté est indispensable. Le rôle des fongicides est d'empêcher les champignons de pénétrer dans les feuilles et de s'y développer. Il est important de noter qu'ils ne peuvent malheureusement pas guérir des plants malades. Il faut agir en mode prévention. Rappelons que les fongicides peuvent se séparer en deux classes. La première est composée des fongicides de contact, comme le BravoZn ou le DithaneDG Rainshield, qui resteront sur la surface des feuilles et y créeront une barrière protectrice. La deuxième, celle des fongicides pénétrants qui se répandront dans les tissus végétaux; ce faisant, ils résistent mieux au lessivage et offrent une protection supérieure.

Depuis quelques années, plusieurs nouveaux produits visant spécifiquement l'alternariose sont arrivés sur le marché. Mentionnons le QuadrisTOP, le Vertisan, ou le Cantus. Leur action pénétrante permet de traverser rapidement la feuille et de la protéger des deux côtés. Une pulvérisation à la verticale peut difficilement en faire autant. Même si le feuillage est agité lors du passage du pulvérisateur, les gouttelettes atteignent moins bien le dessous des feuilles. Ces produits ont aussi la capacité de bloquer temporairement la croissance du champignon dans la feuille, même s'il a réussi à entrer. Parmi ces fongicides, le QuadrisTOP, du groupe 3, a en plus la capacité de migrer vers les points de croissance pour protéger les nouvelles pousses. Aussi, il est important d'alterner entre les groupes de fongicide pour prévenir le développement de résistance chez ce champignon pathogène.

En conclusion, une bonne gestion de l'alternariose permet de réduire les pertes au minimum et de maximiser le rendement. Comparativement à d'autres maladies, celle-ci a été bien étudiée durant les dernières décennies et nous avons une vaste gamme d'outils pour la maîtriser. De plus, la recherche se poursuit en phytoprotection, dans la mise au point de fongicides supérieurs, et en génétique, dans la sélection de variétés moins sensibles. Dans une approche d'amélioration du rendement à long terme, il faut garder l'alternariose à l'œil.

Points-clés contre l'alternariose :
Rotation de culture
Incorporation des résidus
Maintien de plants vigoureux et en bonne santé jusqu'au défanage
Programme de phytoprotection adapté

 
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