Entretiens
Le conseil d'administration de la CUMA des Basses-Laurentides. À l'arrière, de gauche à droite : Jean-Pierre Éthier, Daniel Husereau et Normand Bourgon (secrétaire-trésorier). À l'avant : Jacques Bédard, Pascal Leduc et Christian Castonguay.
La CUMA des Basses-Laurentides mène sa barque depuis bientôt 15 ans, avec à son bord 63 membres passagers et un secrétaire-trésorier qui tient fermement la barre. L'histoire des coopératives d'utilisation de machinerie agricole (CUMA) au Québec a commencé dans les années 1990, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) encourageant cette formule de partage d'équipement. La CUMA des Basses-Laurentides est née dans cette mouvance en 1999. « C'est un conseiller du MAPAQ de Blainville qui l'a démarrée, raconte le secrétaire-trésorier, Normand Bourgon. La première branche d'activité fut créée pour l'achat d'un épandeur à fumier solide. »
Bon coup
La CUMA possède son organe d'information interne, l'Info CUMA, qui est publié deux fois par année et envoyé à tous les membres en même temps que les factures de janvier et de juin. Cette brève publication, rédigée par Normand Bourgon, permet de diffuser l'information d'intérêt général, comme la date de l'assemblée générale annuelle et les nouveautés dans la CUMA. Le secrétaire-trésorier en profite aussi pour faire des rappels quant à l'utilisation et à l'entretien de la machinerie.

Mauvais coup
Avant, l'utilisation des épandeurs à lisier était comptabilisée à la journée. Or, certains producteurs faisaient des journées de 16 heures, alors que d'autres épandaient pendant 8 ou 10 heures. Cette situation entraînait beaucoup d'injustice et d'insatisfaction. Les membres ont donc installé des compteurs kilométriques sur les épandeurs à fumier et à lisier pour plus d'équité et de précision dans la répartition des frais d'utilisation. « Ce sont mes stagiaires français qui m'ont parlé de cette option, puisqu'ils fonctionnaient de cette façon chez eux », dit l'administrateur Jacques Bédard.

Aujourd'hui, la CUMA des Basses-Laurentides compte 63 membres actifs, qui possèdent 39 machines réparties dans 26 branches d'activité. Pourtant, jusqu'à 2005, le nombre de membres de la coopérative stagnait autour de 35. « Le démarrage a été plutôt lent », se rappelle l'administrateur Jacques Bédard.

Beaucoup de fermes environnantes, de taille respectable, généraient un volume de travail suffisant pour posséder leur propre machinerie et montraient peu d'intérêt pour la CUMA. Cela, et le fait que le partage d'équipement entre voisins ne constituait pas une pratique si courante dans la région, a ralenti le développement de la coopérative. Le temps et le bouche-à-oreille ont cependant fait leur œuvre, et le scepticisme s'est estompé. D'autres agriculteurs ont ainsi décidé de se joindre au groupe dans les années suivantes.

Plus ou mieux ?
Dans le passé, la CUMA des Basses-Laurentides acceptait le plus de membres possible dans ses branches d'activité. « Le but était de diminuer au maximum les frais d'utilisation », explique le secrétaire, Normand Bourgon. Or, cette belle ouverture aux nouvelles adhésions n'a pas amené que des avantages financiers.

Quelques producteurs, à l'esprit plus ou moins coopératif, ont créé de la mésentente au sein des branches en n'entretenant pas les machines ou en ayant du mal à fonctionner avec les principes du partage. « Certains prenaient la CUMA pour une entreprise de location de machinerie », affirme l'administrateur Pascal Leduc. Ces membres n'ont tout simplement pas été réintégrés au groupe lors du renouvellement de l'équipement des branches dont ils faisaient partie.

Ce qui fait dire au président, Christian  Castonguay, qu'être membre d'une CUMA est un apprentissage. « Le partage entre agriculteurs oblige à mieux s'organiser, explique-t-il. Chacun doit se responsabiliser pour la planification des travaux. Un membre ne peut pas décider à la dernière minute qu'il a besoin d'une machine et espérer que celle-ci soit toujours disponible. »

Le regroupement en CUMA permet aux producteurs agricoles d'acquérir des machines performantes et à la fine pointe de la technologie qu'ils n'auraient pu s'offrir individuellement. La coopérative a acheté 240 000 $ deux citernes à lisier de 4400 et 5300 gallons avec réservoir en aluminium, un matériau trois fois plus léger que l'acier.
Le partage de ce tracteur de 225 chevaux permet à trois membres d'utiliser des machines de la CUMA auxquelles ils n'auraient pas accès autrement.
En outre, la difficulté de gérer des branches à plusieurs machines comprenant jusqu'à 24 adhérents a poussé le conseil d'administration à revoir la taille des branches. Depuis deux ans, il a renversé la tendance en favorisant la création de groupes d'environ quatre à six producteurs, en tenant compte de la proximité géographique entre ceux-ci. Par exemple, il a été décidé récemment d'acheter un quatrième rouleau Brillion et de diviser la branche de 24 agriculteurs en quatre branches plus petites comprenant chacune six membres. « Et nous avons aussi décidé de ne pas louer nos machines à l'extérieur de la CUMA, ajoute l'administrateur Daniel Husereau. Nous voulons éviter leur surutilisation. »

Une neutralité appréciée
Le conseil d'administration est heureux de pouvoir compter sur un secrétaire-trésorier externe à la CUMA. « Normand est une personne neutre », souligne Jacques Bédard. N'ayant pas de lien de parenté ou de voisinage, il peut intervenir plus facilement en cas de mésentente ou d'un autre problème. « Et comme il n'utilise pas lui-même les machines, il n'est pas non plus en conflit d'intérêts », précise Christian Castonguay.

Normand Bourgon travaillait au MAPAQ à l'époque du démarrage de la CUMA des Basses-Laurentides. Il a remplacé son collègue au secrétariat de la coopérative lorsque celui-ci est parti en 2000 et il gère également la trésorerie de la coopérative depuis 2011. Il admet cependant que son mandat couvre un éventail de tâches beaucoup plus large.

« Par exemple, lorsque des producteurs veulent ouvrir une nouvelle branche ou remplacer une machine, j'établis les scénarios de coûts d'utilisation et je rencontre les membres concernés, dit-il. Je fais ensuite un rapport au conseil d'administration, qui prend une décision quant à l'achat de la machine. »

À trois reprises durant l'année, Normand Bourgon envoie les factures aux producteurs membres. En janvier et en juin, chaque membre doit verser des avances correspondant respectivement à 40 % et 45 % de la somme totale payée l'année précédente. La facture finale est transmise en décembre, après que le secrétaire-trésorier a compilé les unités d'utilisation réelles et calculé le coût de chaque unité pour l'année. « Avec trois rentrées d'argent dans l'année, la CUMA a un bon fonds de roulement et n'a pas besoin de marge de crédit », confie-t-il.

Un carnet accompagne chaque machine afin qu'on note les unités d'utilisation, l'état de la machine à l'arrivée et au départ ainsi que les entretiens et réparations effectués sur celle-ci, s'il y a lieu.

 
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